"La non-réalisation de la Boucle du Hainaut entraînerait des conséquences importantes"
La Creg, le régulateur fédéral du secteur de l'Énergie, estime qu'il faut avancer sur le projet de la Boucle du Hainaut.
- Publié le 02-09-2026 à 17h37
- Mis à jour le 02-09-2026 à 17h50

La Creg, le régulateur fédéral du secteur de l'énergie, a publié son avis sur le projet de plan fédéral de développement du réseau électrique haute tension pour la période 2028-2038. C'est Elia, l'entreprise qui gère le réseau électrique haute tension, qui a rédigé ce plan, dont l'adoption finale n'est pas attendue avant l'année prochaine. Un aval du ministre de l'Énergie, Mathieu Bihet (MR), est d'ailleurs requis.
Ce plan fédéral 2028-2038 contient de nombreux investissements dans le réseau haute tension, via le renforcement des lignes en Belgique, la création de nouvelles interconnexions avec l'étranger, ou la connexion de nouvelles éoliennes en mer du Nord avec le réseau terrestre.
Impact sur la facture
Les investissements réalisés par Elia sont financés par la facture d'électricité des ménages et des entreprises.
Si le plan fédéral de développement porte sur la période 2028-2038, les prochains tarifs facturés par Elia, quant à eux, seront fixés pour la période 2028-2031.
Dans son avis, la Creg a constaté que, sur la base des estimations budgétaires communiquées par Elia, les tarifs "augmenteront fortement à l'avenir si la politique reste inchangée".
Cette augmentation tarifaire n'est pas surprenante. Pour rappel, l'électrification de la société (voitures électriques, pompes à chaleur…) augmente les besoins de renforcement des réseaux électriques. Ce qui a logiquement un impact sur les tarifs d'Elia, qui investit lourdement dans le réseau haute tension.
Les tarifs de la période 2024-2027 se sont d'ailleurs déjà inscrits en hausse de 77 %, en moyenne, par rapport à la période 2020-2023. Et on va donc assister à une nouvelle hausse au cours de la prochaine période tarifaire (2028-2031), de l'ordre de 50 % à 60 %.
Ceci dit, il ne faut pas exagérer l'impact des tarifs facturés par Elia sur la facture d'électricité. Alors qu'un ménage payait, en moyenne, 40 euros (HTVA) par an pour financer Elia, la note est passée à environ 80 euros par an (HTVA) lors de la dernière augmentation des tarifs. Si les tarifs augmentaient encore de 60 %, le surcoût annuel pour un ménage serait de 48 euros (HTVA).
Cet ordre de grandeur n'a donc rien à voir avec les mouvements observés sur les marchés européens du gaz naturel, depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Si les prix du gaz devaient se maintenir au niveau actuel (70 euros par MWh) pendant un an, un ménage paierait un surcoût annuel moyen de… 680 euros.
Néanmoins, pour un consommateur industriel belge, cette hausse des tarifs facturés par Elia peut représenter un problème de compétitivité. La hausse des prix du gaz concerne l'Europe et l'Asie, tandis que les tarifs facturés par Elia ne concernent que la Belgique.
Actuellement, Elia est rémunéré en fonction du niveau de ses investissements, peu importe qu'ils soient utiles ou pas aux utilisateurs du réseau.
La Creg souhaite d'ailleurs renforcer son contrôle sur les investissements d'Elia, notamment en ce qui concerne les interconnexions avec l'étranger. "La Creg considère qu'il convient de prioriser les projets d'interconnexion dont l'analyse coûts/bénéfices est la plus positive et qui sont les plus susceptibles d'apporter des bénéfices à court terme", explique ainsi le régulateur.
Le régulateur a d'ailleurs récemment procédé à une modification réglementaire qui devrait inciter Elia à prioriser ses investissements en fonction de l'intérêt des consommateurs d'électricité (ménages et entreprises). "Actuellement, Elia est rémunéré en fonction du niveau de ses investissements, peu importe qu'ils soient utiles ou pas aux utilisateurs du réseau, nous explique la Creg. Avec ce changement réglementaire, Elia recevra un bonus si son investissement produit des effets positifs mesurables, comme une réduction des congestions sur le réseau. Il faudra mettre la barre suffisamment haut pour que l'objectif ne soit pas trop facile à atteindre".
Alerte en cas de flambée des coûts
La Creg préconise aussi la mise en place d'un système d'alerte "en cas de dépassement significatif des coûts ou des délais d'un projet" porté par Elia. Ce mécanisme aurait pu être utile lors de l'explosion des coûts de l'île énergétique.
Enfin, la Creg a souligné qu'il était important de faire avancer le projet de la Boucle du Hainaut, qui fait l'objet d'une forte opposition de la part des riverains. "La non-réalisation de la Boucle du Hainaut entraînerait des conséquences importantes", note ainsi la Creg. Cela pourrait créer des problèmes de congestion sur le réseau électrique, empêcher des entreprises de recevoir une connexion électrique, ou encore limiter la possibilité de connecter de nouvelles éoliennes en mer avec le réseau terrestre, alerte le régulateur.
François Desquesnes (Les Engagés), en tant que ministre wallon du Territoire, doit prochainement prendre une décision (non définitive) dans ce dossier.
Selon une source proche du dossier, le ministre wallon voudrait réclamer à Elia un million d'euros d'indemnités par km, au bénéfice des communes dont le paysage est impacté par le tracé.
À ce sujet, la Creg précise qu'Elia ne peut octroyer des indemnités pour un montant supérieur à 3 % de ses investissements annuels. Sans quoi, Elia ne pourra pas incorporer ce coût dans ses tarifs.
