La BCE devrait surveiller les courbes de taux
Une chronique de Ken Fisher, fondateur de Fisher Investments.
- Publié le 08-09-2026 à 09h03

Relever les taux ou non, telle est la question. Après la hausse des taux opérée par la Banque centrale européenne (BCE) en juin et face à la flambée des prix pétroliers, cette question tourmente Christine Lagarde et les banquiers centraux du monde entier. Mon conseil à leur intention ? Arrêtez ! Même si une ou deux hausses ne seraient pas dramatiques pour les actions ou le PIB de la zone euro, cela serait inutile, voire contre-productif.
Partout dans le monde, les responsables continuent de mener la guerre précédente. Ils craignent une reprise de l'inflation galopante de 2022, estimant que la flambée des prix pétroliers due à la guerre pourrait se répercuter sur tous les prix.
Contrebalancer les "pressions inflationnistes" ?
Selon eux, il faut relever les taux pour contrebalancer les "pressions inflationnistes". Ils se trompent, mais les marchés à terme estiment à 95 % la probabilité d'une hausse prochaine des taux de la BCE et à 72 % celle d'une hausse de la part de la Fed (Réserve fédérale américaine) d'ici la fin de l'année.
La hausse des prix pétroliers ne peut jamais à elle seule alimenter une véritable inflation.
Tout cela est inutile. Comme je l'écrivais en juin, la hausse des prix pétroliers ne peut jamais à elle seule alimenter une véritable inflation. Elle pousse à la substitution, ce qui fait baisser les prix de la plupart des produits de luxe. Les données le montrent. Si les IPC de la zone euro et de la Belgique sont passés respectivement de 1,7 % et 1,4 % en glissement annuel en janvier à 3,2 et 4,2 % au printemps, ils ont depuis ralenti à 2,9 et 3,6 %.
La BCE n'y est pour rien. Ces fluctuations sont dues au pétrole. Hors énergie, l'inflation de la zone euro s'est maintenue entre 2,2 et 2,4 % tout au long de l'année, proche de l'objectif de la BCE. En Belgique, ce taux était de 2,5 % en janvier. Et en juillet ? 2,7 %. La hausse des prix pétroliers est restée contenue.
Certes, la guerre en Iran attise les craintes, ce qui explique en partie la remontée du pétrole à environ 85 dollars le baril. Mais ce chiffre est bien inférieur au pic de 138 dollars enregistré en avril. Comme je l'avais prédit dans ma chronique d'avril, les prix ont rapidement abandonné ce sommet pour retomber aux niveaux d'avant-guerre. La légère remontée estivale ne devrait pas non plus durer.
Une ou deux petites hausses…
Christine Lagarde et son équipe devraient cesser de s'inquiéter des fluctuations des cours pétroliers et plutôt se remettre en question.
L'inflation galopante de 2022 n'était pas due à l'énergie, mais au fait que les banques centrales ont augmenté la masse monétaire à l'échelle mondiale pendant les confinements.
L'inflation galopante de 2022 n'était pas due à l'énergie, mais au fait que les banques centrales ont augmenté la masse monétaire à l'échelle mondiale pendant les confinements. Comme l'expliquait le prix Nobel Milton Friedman il y a 60 ans, l'inflation correspond toujours à trop d'argent pour trop peu de biens et services. En juin, la masse monétaire M3 de la zone euro n'a augmenté que de 3,3 % en glissement annuel, loin du pic de 12,5 % de 2021.
Les hausses de taux ne sont pas nécessairement négatives. Elles influent sur les prêts en modifiant la courbe des taux, à savoir l'écart entre taux courts et longs.
Fort heureusement, une ou deux petites hausses n'ont rien de dramatique. Les hausses de taux ne sont pas nécessairement négatives. Elles influent sur les prêts en modifiant la courbe des taux, à savoir l'écart entre taux courts et longs. Les banques empruntent à court terme pour financer les prêts à long terme. Lorsque les taux longs sont supérieurs aux taux courts, les nouveaux prêts sont rentables. Une courbe des taux pentue favorise l'octroi de crédits et la croissance, en particulier pour les PME européennes. Lorsque les taux courts dépassent les taux longs, la courbe est inversée. L'octroi de prêts n'est plus rentable, ce qui constitue un signal classique de récession.
En Belgique, le rendement à 10 ans dépasse désormais celui à 3 mois de 1,27 point de pourcentage (pp).
En Belgique, le rendement à 10 ans dépasse désormais celui à 3 mois de 1,27 point de pourcentage (pp). L'écart est plus marqué en France, à 1,59 pp, et plus faible en Allemagne à 0,90 pp.
Aux États-Unis, où il n'y a pas eu de hausse au moment où j'écris ces lignes, fin août, l'écart, qui s'établissait à 0,54 pp début 2026, est passé à 0,86 pp. Le crédit circulant à l'échelle mondiale, la BCE dispose donc d'une marge de manœuvre.
La BCE doit tirer les leçons de ses erreurs et surveiller de près les courbes avant d'aller trop loin dans ses hausses de taux.
Modeste, cependant. Et les écarts se sont récemment creusés sous l'effet des craintes liées à la dette mondiale, qui devraient toutefois très vite s'estomper. La BCE doit tirer les leçons de ses erreurs et surveiller de près les courbes avant d'aller trop loin dans ses hausses de taux.

