Après Facebook, YouTube interdit deux médias russes : "On répond à la propagande par le silence"
Les réseaux sociaux, par leur puissance de feu, jouent un rôle déterminant dans le filtrage de l'information.
- Publié le 01-03-2022 à 18h52
- Mis à jour le 01-03-2022 à 21h05

Comme il y a un peu plus d'un an, s'agissant alors des tweets ou propos de l'ex-président américain Donald Trump, les réseaux sociaux, par leur puissance de feu, jouent un rôle déterminant dans le filtrage de l'information. Mais alors qu'au lendemain de l'assaut du Capitole à Washington, la décision avait été prise par les dirigeants de Twitter et de Facebook, celles prises lundi par Facebook et mardi par Youtube, filiale de Google, à l'encontre de médias russes, l'ont été à la demande des autorités européennes.
Ces annonces, rappelle l'AFP, "font suite à celle de l'interdiction des deux médias, dimanche, par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen. Selon elle, ils sont coupables de colporter des 'mensonges pour justifier la guerre de Vladimir Poutine' en Ukraine". Les médias en question sont RT (Today) et Sputnik, RT disposant pourtant d'une chaîne d'information et d'une centaine de journalistes en France. On peut imaginer que cette interdiction va susciter une vague de recours en raison du flou qui entoure sa base légale.
Un autre chantier pour l'Europe
"On répond ici à la propagande par le silence", explique Frédéric Donck, juriste, observateur de la technologie et de la société. "Mais, veut-on d'une Pravda bis, ou d'une réponse médiatique faite defact checking, de mise au point, de remise en contexte ? Bien sûr, il y a de la propagande distribuée sur les réseaux sociaux, et bien sûr, rien ne justifie cette guerre. Mais le contexte force l'Europe à réfléchir à remettre de l'ordre dans le Far West de l'information sur les réseaux sociaux. Et on en revient dans ce cadre à redonner de la crédibilité à la presse où des codes, une déontologie professionnelle et de la rigueur, permettent de se fier à l'information. Ce qui doit déplaire aux complotistes..."
Pour un autre observateur de l'économie numérique qui préfère la discrétion, "la situation présente pourrait être perçue, avec le recul, comme la première grande cyberguerre informationnelle du XXIe siècle. La volonté de contrôle du narratif par le prisme de l'information en ligne est féroce. Si les blocages de certains médias peuvent être massifs, ils restent néanmoins relatifs, en raison de l'existence de plateformes alternatives, comme Odyssee concurrente de Youtube qui a refusé de censurer RT, et de réseaux privés virtuels (VPN) qui permettent de contourner ces blocages". Ce dernier relève que dans cette guerre cyberinformationnelle, "il importe pour le citoyen de relever son niveau d'exigence et de considérer avec le plus grand scepticisme les informations auxquelles il est exposé". Frédéric Donck ponctue: "L'intelligence doit se situer au bout des réseaux, dans la tête des gens".