Quand Elon Musk se bat contre les robots : une bonne stratégie pour ramener de l'argent dans les caisses ?
Le patron de Twitter veut limiter le pillage des données de son réseau par des entreprises développant des outils d'intelligence artificielle.
- Publié le 04-07-2023 à 15h49

Cela fait 8 mois que l'entrepreneur américain Elon Musk a pris le contrôle du réseau de microblogging Twitter. Une acquisition effectuée au prix fort, non rentable et surtout, secouée par différents problèmes. Musk agit dès lors comme il a l'habitude de le faire : il calcule, décide, ajuste, sans prendre de gants. Au cours du week-end écoulé, il a notamment pris des mesures d'urgence en annonçant la limitation des lectures par des comptes non vérifiés (gratuits) à 600 messages par jour, et les nouveaux comptes à 300 messages par jour. En revanche, les comptes payants pouvaient lire jusqu'à 6 000 messages par jour. Après réflexion, et quelques changements, il a fini par accepter la limite de 10 000 messages par jour pour les comptes vérifiés, 1 000 pour les comptes non vérifiés et 500 pour les nouveaux comptes.
Limiter le nombre de vues pour une entreprise qui compte gagner de l'argent avec la publicité numérique revient pourtant en théorie à se tirer une balle dans le pied… Mais l'équation est plus complexe que cela. En fait, ce qui chiffonne Musk, c'est que des entreprises actives dans le développement d'outils basés sur des moteurs d'intelligence artificielle, aspirent littéralement les données publiées sur Twitter pour alimenter leurs outils d'apprentissage. Ce qui ne rapporte rien à Twitter et force l'entreprise à mobiliser un grand nombre de serveurs complémentaires pour faire face à l'afflux de requêtes.
Musk lui-même a évoqué les actions de plusieurs centaines d'organisations et leurs robots. Or, depuis son arrivée, chez Twitter, il n'a de cesse de traquer les coûts. Quels coûts ? La visibilité sur ces postes est moins visible désormais puisque la société n'est plus cotée en Bourse. Mais on a vu récemment Twitter restreindre l'utilisation de son interface de programmation d'application (API) qui permet à des tiers de créer des outils liés au service Twitter, en augmentant le prix de l'accès. Et, même l'application Tweetdeck deviendra payante via l'abonnement Twitter Blue (8 dollars/mois). Twitter arriverait là à faire le ménage parmi ses utilisateurs, et à faire rentrer de l'argent dans ses caisses.
Limitations et concurrence
Le souci avec la mise en place hâtive de ces mesures limitatives, c'est que beaucoup d'utilisateurs se sont vus refuser l'accès au réseau pour avoir dépassé les nouvelles limites imposées. Ce n'est pas le seul souci lié à l'exploitation outrancière des données du réseau. Il y a aussi les risques nés de la publication d'informations par ces mêmes robots en vue de fausser le regard des utilisateurs sur des thématiques suivies. Et puis, surtout, la faiblesse de l'opérateur de Twitter représente une opportunité pour la concurrence, et l'on sait que dans le secteur des réseaux sociaux ou de communication, on ne se fait pas de cadeaux.
En l'occurrence, l'ex-patron de Twitter, Jack Dorsey a lancé au printemps un réseau concurrent, BlueSky sur un modèle de gestion décentralisée. Plus redoutable, Meta, la maison-mère de Facebook, Instagram ou encore Messenger et Whatsapp, lance cette semaine une application concurrente appelée "threads" comme les fils de discussion sur les réseaux. Cette application, annoncée au moment du lancement de BlueSky par Jack Dorsey, devrait être similaire à cette dernière, mais apporter en plus la possibilité de publier des liens envoyant les lecteurs vers d'autres réseaux sociaux. Meta liera ce réseau aux comptes Instagram utilisés déjà par 2,5 milliards de membres. C'est assez dire que Twitter risque de perdre encore en popularité.
