Lagarde au front sur le FMI

Elle se sent "très bien" à son poste et a "zéro" ambition politique en France: dans un entretien exclusif à l'AFP, la patronne du FMI, Christine Lagarde, prend la défense d'une institution associée à l'austérité en Europe.

Lagarde au front sur le FMI
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Dans une poignée de jours, l'ancienne ministre de l'Economie soufflera sa deuxième bougie à la tête du Fonds monétaire international où, depuis le 5 juillet 2011, elle a été aux avants-postes de la crise européenne et aux quatre coins d'une planète sonnée par la tempête financière de 2008.

Politique monétaire aux Etats-Unis, risque de surchauffe en Chine... de nouveaux défis attendent la dirigeante de 57 ans qui doit aussi surveiller d'un oeil l'affaire Tapie-Crédit Lyonnais dans laquelle elle est témoin assisté.

Elle n'en dira toutefois rien. "Je suis complètement ancrée dans ma mission dans ce je dois faire à la tête du FMI", se contente-t-elle de dire, installée dans son spacieux bureau washingtonien.

Sans surprise, la Grèce figure encore très haut dans son agenda. A l'issue d'une nouvelle crise politique, le pays a remanié son gouvernement lundi et doit encore mener à bien les réformes exigées par les créanciers de la troïka (FMI, Commission européenne, Banque centrale européenne).
"La majorité au Parlement est plus étroite. J'espère qu'elle tiendra bon", dit Mme Lagarde qui ne compte plus les nuits blanches à négocier avec Bruxelles sur le sort d'Athènes.

Coupes dans les salaires, hausse des impôts, austérité: le programme grec a cristallisé les critiques qui s'abattent sur le FMI à Athènes, mais aussi à Lisbonne. Mme Lagarde reconnaît que les remèdes du FMI sont "douloureux" mais appelle à la patience en convoquant le précédent asiatique où l'institution est intervenue à la fin des années 90.

"En Asie, les pays qui avaient une aigreur vis-à-vis du FMI nous sont aujourd'hui reconnaissants d'avoir poussé des réformes. J'espère que l'action du FMI en Europe sera reconnue" de la même manière, ajoute-t-elle.

Mais le cas grec a aussi creusé des dissensions entre l'institution de Washington et l'Union européenne. Après avoir fréquenté les réunions bruxelloises en tant que ministre, Mme Lagarde voit les choses d'un autre oeil depuis qu'elle est à la tête du Fonds.

"Je me rends mieux compte de la difficulté de communiquer parce que j'ai participé à cette communication à 17 voix (les 17 pays de la zone euro, ndlr) voire 18 avec la Commission et 19 avec la Banque centrale européenne", détaille-t-telle."Quand un même message est transmis par 19 personnes différentes, il y a des distorsions, il y a de la perte de substance et ça je le vois beaucoup mieux parce que je suis désormais à l'autre bout de la chaîne", ajoute-t-elle.

Affaiblie par les distorsions internes, la troïka formée par le FMI et les Européens a-t-elle encore un avenir? Certains en doutent mais Mme Lagarde défend sa chapelle."Je crois qu'il n'y a pas un seul responsable européen qui dise aujourd'hui que dans les programmes actuels et dans l'immédiat, le FMI n'est pas nécessaire", clame-t-elle.

Braquant son regard vers un autre pays en proie à l'instabilité politique, Mme Lagarde assure également que le "long voyage" du FMI avec l'Egypte, pays au coeur du printemps arabe, n'est pas "achevé".
Fin 2012, l'institution était tombé d'accord avec les autorités sur un plan d'aide de 4,8 milliards de dollars, mais l'instabilité politique a tout fait voler en éclats. Et les nouveaux affrontements entre partisans et détracteurs du président Morsi ne sont pas de bon augure.

"Le soutien financier du FMI ne sera pas suffisant", prévient-elle, appelant la communauté internationale à se mobiliser. En outre, selon elle, le Fonds a besoin "du soutien politique" des autorités du Caire et de la population qui doivent s'approprier le programme de réformes économiques.
Après le récent sommet du G8 en Irlande du Nord, la dirigeante met par ailleurs à l'index les multinationales qui utilisent les paradis fiscaux pour réduire leurs impôts, un sujet sur lequel le FMI est d'ordinaire assez discret.
"C'est très mauvais pour les Etats parce que ça les prive d'un revenu utile pour combler leurs déficits, et ce n'est pas du tout juste par rapport aux petites et moyennes entreprises qui n'ont pas le moyen de pratiquer une optimisation fiscale", a-t-elle détaillé.
Et la France? Traditionnellement, le chef du FMI ne s'exprime jamais sur son pays d'origine. Mme Lagarde ne déroge pas à la règle mais est elle loin d'avoir rompu les amarres avec l'Hexagone

"Il ne passe pas de jour où je n'ai pas un lien avec la France. C'est quand on est à l'étranger qu'on aime le plus notre pays, qu'on est à la fois le plus critique et le plus positif", glisse-t-elle avec malice.
Alors qu'une rumeur la donnait présidentiable en 2017, Mme Lagarde se montre sans appel: elle dit avoir "zéro" ambition politique en France.

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