Stratégie ambiguë chez Belfius

Les agents poussés à vendre des produits de placements rentables... pour la banque.

Patrick Dath-Delcambe
Stratégie ambiguë chez Belfius
©Belga

Les banques aiment à se retrancher derrière la réglementation Mifid pour assurer qu'elles ne vendent plus n'importe quoi à n'importe qui. Mifid, en effet, impose aux institutions financières de proposer des produits financiers adaptés au profil de chaque client. Du moins en théorie.

Dans la pratique, c'est une autre histoire. La FSMA - l'autorité des services et marchés financiers, soit l'organisme qui tient les banques à l'œil - a constaté via une enquête de terrain de très et trop nombreuses infractions aux règles de conseil en matière d'investissements, dont des conseils inadaptés aux besoins réels des clients.

Cela n'étonne pas vraiment. "La banque nous impose une stratégie ambiguë", explique ainsi un agent indépendant du réseau Belfius.

Certes, la banque a mis en place, comme d'autres, toute une panoplie d'instruments pour réellement aider le client à effectuer le bon choix. "Mais, dans le même temps, Belfius Banque met la pression sur ses agents commerciaux indépendants afin qu'ils vendent un maximum de produits de placements rentables pour la banque", assure-t-il

Ce sont, par exemple, des fonds d'investissements, qui génèrent des frais d'entrée qui tombent dans la poche de la banque… et des agents commerciaux. En effet, la banque pousse dans les faits ses agents à vendre des produits de placements tels les sicav, produits structurés ou encore des produits d'assurance de branche 21, 33 ou 22.

Comment ? Tout simplement en proposant une commission plus intéressante sur la vente de tels produits que sur les bons de caisse ou obligations à taux fixe. C'est 0,08 % de commission pour l'agence sur le montant de la transaction si le client opte pour un bon de caisse, mais 0,20 % si ce même agent vend un fonds de placement.

Bref, l'agent a donc tout intérêt à pousser la vente des produits les plus rémunérateurs pour lui-même, mais aussi pour la banque.

"Tant qu'il n'y aura pas un système de commissionnement neutre par rapport aux différents produits, les agents de Belfius influenceront les clients afin que les questionnaires Mifid et autres profils d'investisseurs soient complétés dans un sens qui permette la vente de ces placements rentables", épingle encore cet agent indépendant du réseau Belfius.

"C'est aussi, parfois, à la demande même du client que l'on adapte son profil Mifid afin qu'il puisse acheter un produit bien précis", nuance un directeur d'agence de BNP Paribas Fortis. "Le client vient par exemple pour acheter un produit bien précis. Vérification faite, il ne peut pas y souscrire car ce produit ne correspond pas à son profil Mifid. A sa demande, on le modifie avec lui pour qu'il puisse acheter le produit désiré", poursuit-il.

Carcan à revoir

Le carcan est tel qu'un investisseur ayant de longue date un produit d'investissement en portefeuille ne peut parfois y souscrire tout simplement parce que son profil ne lui permet pas.

C'est dire si le Mifid, qui empêche par exemple depuis 2007 de vendre des fonds d'actions en dollar américain à des personnes âgées ayant un profil des plus défensifs, n'a pas totalement résolu la question des conseils peu ou pas adaptés aux clients, même si ce n'est plus la jungle d'antan.

L'enquête de la FSMA constate en fait que toutes les banques ont, peu ou prou, fauté dans leurs obligations. Il y a encore du travail…

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