L’innovation, sans le faire exprès

La start-up ukrainienne Ecoisme d’Ivan Pasichnyk analyse la consommation énergétique et réagit.

ecoisme
©capture écran Twitter
Sébastien Gobert

Je me rappelle avoir passé un long moment dans une "marchroutka", un de ces bus privés jaunes, très inconfortables, très lents. Pour passer le temps avec mon ami Nazar, nous avons échafaudé le concept d’Ecoisme." Ivan Pasichnyk revenait tout juste du Hackaton du "Tesla Camp" près de Kiev, en août 2013. Il était alors un jeune ingénieur mécanique déjanté et insouciant. Aujourd’hui, sa start-up Ecoisme est estimée à 800 000 dollars. Et lui vient d’être sacré l’un des 30 meilleurs entrepreneurs au monde de moins de 30 ans par le magazine américain "Forbes".

Déjanté, il le reste néanmoins plus que jamais. "Ecoisme, c’est ça", pointe-t-il du doigt en désignant un petit boîtier blanc perdu sur une table, entre tasses de cafés et assemblages de câbles. Dans une ancienne usine teintée de décadence post-soviétique, en banlieue de Kiev, le Hackerspace de la start-up ressemble à une caverne d’Ali Baba du "nerd". Ivan Pasychnik insiste pour montrer d’un air joueur ses imprimantes 3D faites maison, son découpeur laser, un drone de son invention.

"Mais revenons sur Ecoisme", insiste Oleksandr Diatlov. Les cheveux bien rangés du jeune programmeur changent des coupes très hipster de la dizaine de membres de l’équipe. C’est lui qui prend le temps d’expliquer pourquoi Ecoisme va "révolutionner la consommation d’électricité domestique" : "Une fois connecté au réseau électrique d’une maison, le boîtier identifie "l’empreinte" de chaque appareil en service. Le programme établit un diagnostic de la consommation, des dépenses occasionnées par rapport à un budget donné, et suggère des économies d’énergie".

Grâce à une application sur smartphone, Ecoisme envoie des notifications à un utilisateur si un appareil consomme anormalement trop, comme par exemple un réfrigérateur resté ouvert ou un fer à repasser branché. "Vous allez aussi recevoir une notification si vos enfants jouent trop longtemps aux jeux vidéo, ce qui vous aidera à les contrôler !", renchérit Ivan Pasychnik, qui insiste pour ne pas donner un ton trop sérieux à la conversation : le succès de son invention parle de lui-même.

Après des mois d’expérimentations, Ecoisme n’en finit plus d’être distinguée à des salons high-tech, de Las Vegas à Helsinki. Dès 2014, le géant européen Deutsche Telekom avait investi 100 000 dollars dans le développement du projet, promettant ainsi l’accès à de juteux marchés. Afin de faciliter la commercialisation du boîtier, la start-up est enregistrée à Cracovie, en Pologne. Une campagne de crowdfunding sur "Indiegogo" a permis d’attirer de nombreux autres investisseurs, principalement aux Etats-Unis et en Europe de l’ouest.

"Nous allons devenir très importants, très rapidement", lance Ivan Pasychnik avec un sérieux inattendu, et une pointe d’ambition à peine dissimulée. Le printemps sera décisif pour Ecoisme, dédié à d’ultimes réglages et améliorations. La production de masse est prévue pour juin, d’ores et déjà attendue par d’importants groupes de distributeurs occidentaux, y compris au Benelux.

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