Un collaborateur doit-il attendre que son patron se soucie de son bonheur ?

- Publié le 26-05-2019 à 12h33
- Mis à jour le 26-05-2019 à 15h00

Chacun doit être acteur de son épanouissement professionnel. Notamment en cherchant à se connaître et en osant agir.Un collaborateur doit-il attendre que son patron se soucie de son bonheur ? "Non, il doit prendre en main les rênes de son épanouissement professionnel", ont démontré, lors d'une conférence-atelier, Antoine Pollet et Fabienne Loix (1). Formateur et coach en entreprise depuis 2012, Antoine Pollet a développé une approche pour permettre à chacun de devenir acteur autonome de son travail indépendamment de l'attitude de son management. Fabienne Loix, son épouse, est en charge de projets de transformation et coach interne dans une institution financière. Elle a connu un burn-out en 2008 et a compris qu'il était essentiel d'identifier sa raison d'être au travail, de se centrer sur ses forces et de développer ses capacités relationnelles.
"Au fur et à mesure de la thérapie que j'ai suivie pour sortir du burn-out, j'ai compris que j'avais un rôle à jouer", raconte Fabienne Loix. "Je suis convaincu que l'entreprise, quand elle est le lieu des talents, des rencontres de désirs des projets collectifs, peut être un espace formidable pour tous ceux qui y travaillent, ainsi que pour les clients ou même les actionnaires", explique Antoine Pollet. "Dans les formations que je donne, les managers me disent souvent soit : 'C'est bien ce que vous dites, mais il faudrait en parler à ceux qui sont au-dessous de nous', soit : 'Oui mais ceux qui sont en dessous de nous ne l'appliquent pas'. Pourquoi ne bougeons-nous pas nous-mêmes ? On attend trop souvent que les autres bougent. Il faut prendre en main notre plaisir au travail et le joindre au projet collectif. Nous sommes des êtres autonomes et responsables." "Il faut réfléchir à ce qui nous procure de la joie au travail", note Fabienne Loix. "Si l'on fait l'exercice à plusieurs, on se rend compte que pour chacun, c'est différent. Cela veut bien dire qu'il est impossible pour un patron de définir un bonheur au travail."
Si on n'a jamais autant parlé de bonheur au travail, d'entreprise libérée et de nouveaux modes de leadership centrés sur l'humain, on constate aussi que les cas de mal-être et de burn-out se multiplient. "C'est assez paradoxal. Les collaborateurs veulent être autonomes et responsables et puis attendent que l'autre prenne en charge leur bonheur, leur épanouissement." Les deux coaches évoquent deux principes clés : la responsabilité et l'autonomie. "L'idée de responsabilité peut paraître lourde, car elle est souvent associée à la culpabilité", constate Antoine Pollet, qui préfère l'approche de Viktor Frankl. "Ce juif autrichien, qui a développé l'idée de la logothérapie (psychothérapie destinée à sensibiliser l'individu sur le sens de sa vie, NdlR), a été dans un camp de concentration. Il s'est dit que quoi qu'il lui arrivait, il lui restait une dernière liberté : la façon dont la situation pouvait l'affecter. Nous avons tous des préoccupations au travail. Nous n'avons pas de prise sur certaines. Je ne peux pas, par exemple, rendre mon patron plus sympa. Mais je peux changer mon attitude. Et en changeant cela, je vais avoir un impact sur mon patron."
Antoine Pollet et Fabienne Loix proposent 4 leviers pour un épanouissement professionnel. Il faut d'abord se révéler à soi-même. "Qu'est-ce qui fait sens au travail pour moi ? Pour faire un travail sur le sens, il faut partir à la recherche de soi-même. C'est parfois un chemin sinueux, fait d'allers et retours", constate Antoine Pollet.

Deuxième levier : la capacité à explorer les possibilités. "On voit souvent les problèmes et non les opportunités. Pour les hommes préhistoriques, un danger non perçu était souvent synonyme de mort. Ce réflexe est resté dans notre cerveau : on se concentre sur ce qui ne va pas. Nous sommes aussi formatés par notre vécu, nos expériences. Nous regardons le monde avec des lunettes", poursuit le coach. "Parfois discuter avec des collègues permet d'avoir une autre vue du problème. Derrière chaque problème, il y a des opportunités. Il faut les trouver", précise Fabienne Loix.
Nourrir la relation est un 3e levier. "On remarque que plus les relations avec les collègues sont riches, plus on s'approche du bonheur", souligne Antoine Pollet, qui constate qu'on a tous besoin de reconnaissance. Ce feedback peut être conditionnel - on est dans le "faire" - positif (par exemple : "Tu as bien fait ton travail") ou négatif ("ton travail est bien mais contient certaines erreurs"). Ou il peut être inconditionnel - on est dans l'"être" - positif ("J'ai beaucoup de plaisir à travailler avec toi") ou négatif ("Tu es nul"). "Les trois premiers nous donnent confiance, nous aident à nous construire. Le 4e détruit, est inutile et balaye tout le positif qu'on a reçu", raconte Antoine Pollet qui dévoile les cinq règles du bonheur : donner de la reconnaissance, recevoir un compliment et prendre le temps de le savourer, demander de la reconnaissance si on n'en reçoit pas, refuser les inconditionnels négatifs et se donner de la reconnaissance.
Enfin, le dernier levier est "oser agir". " Il faut se jeter à l'eau. Ce n'est pas facile. Mais faut-il nécessairement escalader la plus haute montagne à mains nues ?", demande Antoine Pollet, qui reprend le modèle des 3 P : Protection + Permission = Puissance. "Si l'on prend l'exemple de l'enfant qui apprend à marcher, on constate qu'avant d'y arriver, il tombe 500 fois et recommence. Si nous nous étions tous arrêtés après 2 fois, nous serions tous en train de ramper ! L'enfant réessaye, mais il le fait dans un espace protégé avec ses parents et pas au milieu d'un carrefour. En même temps, ses parents lui donnent la permission de tomber et de recommencer. Il faut pouvoir se donner des permissions et se dire qu'on n'est pas parfait. Quand on cumule la protection et la permission, on est dans la puissance. Mais il faut faire de petits pas, des babystep s. Un tout petit élément peut déjà faire augmenter son épanouissement au travail. Il ne faut pas venir avec des choses impossibles."
(1) Pour ceux qui désirent approfondir la thématique, Antoine Pollet et Fabienne Loix organisent un atelier de trois jours les 4, 5 et 26 octobre. Deux jours de suite pour nourrir la réflexion et une journée trois semaines plus tard, le temps de laisser la réflexion décanter.