"Un ciel unique plutôt qu'une taxe pour réduire les émissions de CO2"
Après la France, l'Allemagne annonce une taxe sur les billets aériens, avant la Commission ? Pour les patrons des compagnies, cet argent prélevé ne va pas "là où il devrait aller". La compensation carbone des passagers ne rencontre pas le succès escompté.
- Publié le 19-11-2019 à 19h12
- Mis à jour le 20-11-2019 à 18h08

Après la France, l'Allemagne annonce une taxe sur les billets aériens, avant la Commission ? Pour les patrons des compagnies, cet argent prélevé ne va pas "là où il devrait aller". La compensation carbone des passagers ne rencontre pas le succès escompté.
Qui aurait cru que la capitale verte allemande allait être un jour une "source d'inspiration" pour les patrons des grandes compagnies aériennes européennes, réunis jusqu'à ce mercredi au coeur de la "ville des Ours" ? "S'il y a bien une ville qui connaît le changement, c'est Berlin, qui vient de fêter le 30e anniversaire de la chute du mur", annonce d'entrée Carsten Spohr, le patron de Lufthansa, premier groupe aérien d'Europe et également président de l'Iata, l'association internationale du transport aérien.
Car de changements, il en actuellement beaucoup question au sein du secteur aérien, de plus en plus critiqué pour son empreinte écologique, jugée trop croissante. "Nous ne représentons que 2,8 % de l'ensemble des émissions de carbone et nous sommes sans doute l'industrie qui fait le plus d'efforts pour réduire cette empreinte, mais tout le monde nous tombe dessus, peste M. Spohr. Depuis 1990, les compagnies ont divisé l'empreinte carbone par passager par deux. Que font les autres avec leurs 97 % d'émissions de carbone ? Il ne faut pas se tromper : nous sommes les bons gars (sic) de la mondialisation car nous permettons les échanges entre les peuples".
Taxes en Allemagne, France, mais pas en Belgique
Pourquoi le secteur est-il en ligne de mire des autorités ? Les compagnies paient très peu de taxes, l'aérien connaît une croissance très forte (le nombre de passagers va doubler au niveau mondial d'ici vingt ans) et les avions émettent d'autres gaz nocifs.
Que ce soit en France, au Royaume-Uni ou en Allemagne : un peu partout en Europe (mais pas en Belgique), les autorités ont décidé de taxer désormais les billets des avions. En Allemagne, une loi vient de passer pour doubler la taxe existante et permettre de récolter deux milliards d'euros par an. "Taxer est une méthode grossière et inefficace pour couvrir les coûts environnementaux", dénonce Alexandre de Juniac, le directeur général de l'Iata. On choisit le mauvais ennemi qui est, in fine, le carbone et pas le fait de voler.. L'objectif ne doit pas être de rendre le vol inabordable, ni de désavantager des secteurs clés comme le tourisme".
La Commission en embuscade
Pour M. de Juniac, l'argent récolté par ces taxes ne va également pas "là où il devrait aller" : à savoir pour le financement de nouvelles technologies moins polluantes. On parle aussi de plus en plus d'une taxe européenne d'ici peu. "La Commission n'en est pas encore là ; même si elle va s'exprimer très rapidement sur toutes une série de mesures dans le cadre du Green Deal, explique Filip Cornelis, le directeur de l'aviation de la DG Mobilité et Transport. Différentes options sont sur la table, mais l'objectif est d'avoir une économie neutre sur le climat d'ici à 2050. Le secteur aérien doit prendre ses responsabilités".
Selon Carsten Spohr, "les gens ne veulent pas attendre jusqu'en 2050". "On doit s'y mettre dès maintenant, mais il faut être honnête : dans les dix ans à venir, il n'y aura pas de nouvel avion révolutionnaire en service et le nombre de passagers va continuer à croîtr"e. Le patron allemand en appelle donc au monde politique. "Il y a une manière simple de réduire de 10 % les émissions de carbone de l'aérien : il suffit de créer enfin ce ciel unique européen. On a des frontières dans le ciel que nous n'avons plus à terre (NDLR : chaque pays dispose de sa souveraineté dans la gestion de son espace aérien). Cela fait des années que nous le demandons, mais quand c'était pour faire des économies ou aller plus vite, tout le monde s'en foutait. Maintenant qu'il y a une urgence écologique, les avis changent". M. Spohr rappelle que chaque voyageur peut compenser financièrement l'empreinte carbone de son vol. "Cela ne représente qu'un pour cent des passagers de Lufthansa et je m'attendais vraiment à mieux. Mais de plus en plus d'entreprises y sont attentives et cela peut changer la donne."
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