Les Bruxellois découvrent les nombreux atouts des vélos-cargos électriques
Monkey Donkey, Cambio et Urbike : ces trois acteurs offrent déjà des solutions aux particuliers et aux entreprises.

- Publié le 15-07-2022 à 18h59
- Mis à jour le 15-07-2022 à 19h20

Après le vélo et la trottinette électriques, un nouvel engin a fait son apparition, ces derniers mois, dans les rues de Bruxelles : le vélo-cargo ou "longtail" (allongé) à assistance électrique. Si on ne dispose pas de chiffres précis sur cette catégorie spécifique du marché du vélo, il suffit de se promener dans certains quartiers de la capitale pour constater la multiplication de ces drôles de machines dotées de deux ou trois roues et équipées - le plus souvent à l'avant du guidon - d'un espace pouvant accueillir des marchandises (jusqu'à 180 kg) ou des personnes (2 à 3 jeunes enfants).
Longtemps perçu comme un vélo de loisirs pour jeunes parents actifs, urbains et adeptes d'une mobilité écoresponsable, le vélo-cargo a pris, aujourd'hui, une toute autre dimension. Des études, brandies par les supporters de ce moyen de transport (très en vogue dans des pays tels que le Danemark, les Pays-Bas, l'Allemagne ou la Suisse), démontrent que le vélo-cargo serait adapté pour 75 % des déplacements privés et familiaux en ville. Ils pourraient aussi remplacer environ 50 % des trajets motorisés impliquant le transport de marchandises en ville. Ses atouts sont multiples : non-polluant, peu encombrant, économique (il est nettement moins cher, à l'achat et à l'usage, qu'un véhicule), efficace, silencieux…
Trois initiatives privées, soutenues par les pouvoirs publics bruxellois et des financements européens, témoignent du changement de statut du vélo-cargo.
Une question de prix et de sécurité
L'une des plus récentes est Monkey Donkey. Depuis un an, cette jeune pousse fondée par Benjamin François propose le tout premier service de vélos-cargos électriques partagés. "J'avais fait l'acquisition, à titre personnel, d'un vélo-cargo. Du jour au lendemain, je n'ai plus eu besoin de ma voiture pour tous les trajets dans Bruxelles. Un vélo-cargo change vraiment la vie et… la ville !", explique ce jeune papa. En mai 2021, Benjamin François, s'inspirant d'une expérience menée en Suisse (réseau de partage carvelo2go), mettait dix vélos-cargos électriques à la disposition du public. "Pour inciter les particuliers et les professionnels à utiliser un vélo-cargo, deux freins doivent être levés : celui du prix et celui de la sécurité. C'est ce que nous avons fait avec Monkey Donkey".
Le prix de vente d'un vélo-cargo électrique de bonne qualité se situe entre 5 000 et 8 000 euros. Ce n'est donc pas à la portée de n'importe quelle bourse. La mise en location - où l'on paie en fonction de la durée d'utilisation (à partir de 1,75 euro la demi-heure) - réduit nettement la barrière à l'entrée. Par ailleurs, sachant que tout le monde n'a pas la place chez soi pour mettre un vélo-cargo en sécurité, Monkey Donkey a créé un réseau de partenaires où les vélos sont stationnés. Cela va du magasin bio de quartier à un supermarché Colruyt, en passant par la société AG Real Estate. "Nous avons actuellement une dizaine de partenaires sur Bruxelles et une flotte de 16 vélos-cargos électriques. À un horizon de deux ans, on aimerait atteindre entre 30 et 50 vélos", dit M. François.
L'entrepreneur a pu compter sur un double coup de pouce financier de Bruxelles Mobilité et BeCircular pour démarrer. "Nous préparons une levée de fonds de 300 000 euros afin de pérenniser le projet et d'atteindre l'équilibre". Ces fonds permettront de doubler la flotte et de recruter deux personnes.
"Faire sauter les verrous un par un"
Monkey Donkey doit composer, depuis la fin juin, avec un premier concurrent : Cambio. L'entité bruxelloise de la société de carsharing a ouvert deux stations, à Jette et à Etterbeek, équipées chacune de trois vélos-cargos électriques. "Nous ouvrirons bientôt deux autres stations à Brouckère et Bourse. On disposera alors d'une flotte de 14 vélos-cargos électriques", indique Yves Rigole, conseiller mobilité chez Cambio Bruxelles.
Tout comme Cambio, le projet Urbike, dont La Libre a déjà parlé à plusieurs reprises, s'inscrit dans le cadre de l'initiative CAIRgo Bike cofinancée par la Région bruxelloise et la Commission européenne. Ce projet, piloté par Bruxelles Mobilité, rassemble des partenaires privés, publics, associatifs et académiques (Pro Vélo, Urbike, Cambio, BePark, VUB…). L'objectif ? Améliorer la qualité de l'air à Bruxelles en encourageant l'utilisation du vélo-cargo pour le transport de marchandises et de personnes. "Des entreprises comme Proximus, Sibelga et Vivaqua ont déjà testé nos vélos. Les retours ont été très bons", se félicite Philippe Lovens, cofondateur et CEO de la coopérative Urbike. "Il faut faire sauter les verrous un par un, ajoute-t-il. Même s'il reste encore beaucoup de choses à faire, il y a aujourd'hui une réelle écoute à Bruxelles. Il y a par ailleurs une compréhension des responsables de la logistique des entreprises par rapport aux atouts du vélo-cargo".
