Le cauchemar continue pour la production du Boeing 737 Max
Le modèle qui devait être l'avion phare du constructeur américain connaît, à nouveau, des problèmes dans sa production.

- Publié le 01-09-2023 à 07h11
- Mis à jour le 01-09-2023 à 10h58

Cela devait être le modèle phare de Boeing. Douze ans après le lancement du projet, le parcours du 737 Max ressemble à un long chemin de croix, entre accidents mortels, scandales, immobilisations au sol, arrêts de production et annulations de commandes. Dernier épisode en date ? L'avionneur américain vient d'annoncer une malfaçon de la part de l'un de ses principaux sous-traitants, Spirit Aerosystem, sur la cloison de pressurisation de certains de ses Max. Si Boeing assure que cela "ne pose pas de problème de sécurité", ce défaut va encore une fois perturber les livraisons des appareils aux compagnies aériennes de plus en plus impatientes.
L'aéronef est 15 à 20 % plus efficace au niveau de la consommation du carburant que tous ses concurrents. Un argument qui fait mouche auprès des compagnies aériennes, à la recherche d'économie.
L'histoire du lièvre et de la tortue
Le 737 Max est-il maudit ? Les déboires du dernier-né de Boeing reflètent avant tout des erreurs stratégiques commises par le constructeur américain il y a une dizaine d'années. En fait, l'histoire du 737 Max, c'est un peu celle du lièvre et de la tortue, avec un constructeur américain parti trop tard pour rattraper son grand rival, l'européen Airbus. Revenons donc en décembre 2010. Airbus lance sa famille A320 Neo, la version remotorisée de son avion moyen-courrier. Dès l'annonce de son lancement, le succès est au rendez-vous. L'aéronef est 15 à 20 % plus efficace au niveau de la consommation du carburant que tous ses concurrents. Un argument qui fait mouche auprès des compagnies aériennes, à la recherche d'économie et qui doivent faire face à des exigences écologiques de plus en plus strictes.
Des moteurs plus lourds et mal placés
Du côté de Boeing, c'est la panique. Les ingénieurs américains n'ont pas prévu d'avion de ce type dans leur caisse en carton de projets. L'avionneur d'Arlington en Virginie risque de se voir chiper un marché gigantesque par son éternel concurrent européen, celui des avions moyen-courrier qui représente 70 % des commandes d'aéronefs à travers le monde. Coup de massue pour Boeing : American Airlines, l'un de ses clients historiques, s'intéresse à l'A320 Neo dès le début du projet. Boeing est face au mur : à la hâte, les dirigeants décident de "copier" Airbus en remotorisant également leur modèle le plus vendu, le Boeing 737. L'idée est là aussi d'en faire un avion plus économe en carburant. Mais pour y arriver, Boeing doit placer des moteurs beaucoup plus imposants que ceux placés sur le 737 classique. Il faut aller vite. Là où les Européens ont pris le temps de redessiner leur A320, Les ingénieurs de Boeing décident de garder la même structure, tout en plaçant ces nouveaux moteurs plus lourds à l'avant des ailes de l'avion. Ce sera une erreur fatale.
Désormais devancé par Airbus
Ces moteurs placés plus en avant créent ainsi une portance supplémentaire lorsque le nez de l'avion est vers le haut. Le risque de décrochage est donc plus important. Les ingénieurs américains pensent avoir trouvé la parade en munissant le cockpit du Max d'un logiciel, le MCAS, pour contrer ces effets indésirables. Il s'avérera que ce logiciel antidécrochage sera la cause des deux crashs mortels du nouvel avion de Boeing en Indonésie (octobre 2018) et en Éthiopie (mars 2019) ayant fait 356 morts. Quatre ans plus tard, entre procès, amendes records et scandales, liés à la certification de l'avion, Boeing ne semble toujours pas sorti de ce cauchemar nommé Max. Lueur dans la grisaille : le constructeur américain va pouvoir reprendre ses livraisons vers la Chine, qui avait été la première à interdire ses avions après les accidents mortels. Mais cette catastrophe industrielle a fait très mal à Boeing. Devancés désormais par Airbus en termes de commandes d'avions, les Américains doivent se battre pour garder leur crédibilité et… leurs grands clients, comme Ryanair.
