Quelle est la place la plus sûre dans un avion en cas d'accident ? "Un réflexe peut être décisif"
Habituellement les plus populaires dans un avion, les places "côté fenêtre" sont-elles les plus sûres dans un avion ? L'historique des accidents aériens donne quelques indices.

- Publié le 05-02-2024 à 08h17
- Mis à jour le 06-02-2024 à 11h18

Un trou béant à la place d'une porte et des passagers, masques sur le nez, qui s'accrochent à leurs sièges pour ne pas faire le grand saut dans le vide. Les images de l'incroyable incident arrivé début janvier dernier sur un avion d'Alaska Airlines, au-dessus de la ville de Portland aux États-Unis, ont marqué les esprits de plus d'un voyageur. Et il n'aura échappé à personne que les places situées juste à côté de cette porte "bouchon" envolée, fort heureusement inoccupées ce jour-là, n'étaient pas celles à choisir le 5 janvier dernier. Surtout celle à côté du hublot.
Les places hublots populaires, surtout chez les jeunes
Cet incident, qui fera date dans l'histoire aérienne, va-t-il changer les habitudes de choix des passagers ? Les sièges côté hublot sont en général les plus populaires dans un avion. Il y a quelques années, la compagnie britannique Easyjet avait mené une vaste enquête auprès de 10 000 passagers sur cette question du choix de place. Résultat ? 59 % des répondants disaient préférer le siège côté hublot, contre 38 % pour le siège côté couloir et seulement 3 % pour celui du milieu. Les passagers expliquaient que cette place hublot leur permet de poser leur tête et de dormir, faire des photos ou observer les nuages.

Il existe aussi des désavantages, dont celui de devoir enjamber les autres passagers pour se rendre aux toilettes. Certains experts mettent en outre en garde contre une exposition trop longue à certains rayons ultraviolets, les UVA, qui passent à travers la lucarne des avions à haute altitude. Les pilotes et membres d'équipage auraient ainsi deux fois plus de risques que le reste de la population d'avoir un mélanome. Selon l'enquête d'Easyjet, la popularité des sièges côté hublot atteint des sommets chez les jeunes, les voyageurs portugais ou tchèques, là où les personnes plus âgées, les Néerlandais ou les Allemands, ont tendance à préférer les places dans l'allée.
Ces données ont-elles changé depuis le 5 janvier dernier ? Certains journaux anglo-saxons ont bien trouvé les témoignages de passagers, habituellement grand fans des sièges hublot, jurant qu'ils ne retourneraient plus jamais près de la vitre depuis l'incident de Portland. Mais aucune tendance réelle ne semble se dégager en Belgique. "Nous n'avons rien remarqué de spécial", explique-t-on du côté de la compagnie belge Tui Fly. "Les sièges les plus demandés restent ceux près des hublots et ceux près des sorties de secours ou tout devant, qui permettent d'avoir davantage de places pour les jambes". Même constat chez Brussels Airlines, où l'on n'a rien remarqué de significatif sur le sujet. "Les sièges avec le plus de place sont souvent payants ou inclus en fonction du billet acheté. Il n'est donc pas possible d'en tirer des conclusions", explique la compagnie belge.
Si vous pouvez me dire comment un avion va se crasher, je vous dirais où vous asseoir dans un avion."
La question hante pourtant certains passagers : existe-t-il une place plus sûre dans un avion ? Différentes études ayant analysé l'historique des grands accidents aériens arrivent à une conclusion assez semblable. Elle n'est pas catégorique, mais une tendance se dessine toutefois : les chances de survie sont légèrement plus importantes pour les passagers se trouvant à l'arrière de l'avion. Sur 20 accidents survenus depuis 1971 (avec des morts et des survivants), les autorités américaines ont ainsi constaté que les passagers assis à l'arrière de l'avion avaient eu 69 % de chances de rester en vie, tandis que ce chiffre descendait à 49 % pour ceux assis à l'avant de l'appareil. Ce pourcentage remontait (59 %) également pour les voyageurs placés autour de l'aile de l'aéronef. Autre constat : les places les moins populaires, à savoir celles du milieu, sont aussi les plus sûres, selon cette enquête : en cas d'accident, les passagers seraient "protégés" par les personnes assises de chaque côté.
Mais tout cela reste très aléatoire. "Si vous pouvez me dire comment un avion va se crasher, je vous dirais où vous asseoir dans un avion", expliquait récemment l'expert Anthony Brickhouse au Wall Street Journal. Selon lui, les places à l'arrière ont prouvé être plus sûres ainsi que celles près de l'aile de l'avion. "Les solides composants structurels des ailes font que cette partie de l'avion est plus à même à résister à un crash", explique-t-il. Les places près des sorties de secours, en plus du plus grand espace qu'elles offrent aux jambes, sont aussi à privilégier selon M. Brickhouse.
"La plupart des passagers n'écoutent pas les consignes de sécurité"
Pouvoir sortir très vite d'un aéronef, une fois au sol, peut être déterminant en cas d'accident ou de feu à bord. Or souvent les passagers ne savent pas où se trouvent ces portes de sorties de secours. "La plupart des passagers n'écoutent pas les consignes données par le personnel de bord avant le décollage. La tendance humaine est toujours de sortir par où on est rentré. Dans certains accidents, on a ainsi vu des passagers se diriger vers l'avant de l'avion, alors que les sorties de secours étaient un rang derrière eux".
Un autre réflexe peut aussi être décisif, selon Graham Braithwaite de l'université de Cranfield en Grande-Bretagne : celui de compter le nombre de rangées séparant votre siège à celui de la sortie de secours la plus proche. Juste après l'Incendie du Boeing 737 de British Airtours à l'aéroport de Manchester en 1985, l'un des survivants a ainsi expliqué qu'il effectuait toujours ce calcul avant de s'asseoir dans un avion. Ce qui lui a permis de trouver cette sortie de secours et de s'échapper en quelques secondes malgré l'intense fumée qui avait envahi l'avion. Lorsque M. Braithwaite voyage, il choisit ainsi toujours le siège couloir le plus proche de la sortie de secours. Conseil d'expert.
Kayak permet de filtrer les Boeing 737-Max
Le comparateur de vols Kayak permet désormais aux voyageurs anxieux d'exclure, lors de leur recherche de billets d'avion, les vols en Boeing 737 Max, dont l'un des modèles, le Max-9, a perdu une porte en plein vol au-dessus de Portland le 5 janvier dernier. Ayant constaté une multiplication par 15 du nombre d'usagers filtrant les vols 737 Max, Kayak a déplacé ce filtre en haut de la page afin qu'"il soit plus visible pour les voyageurs lorsqu'ils recherchent un vol". Kayak a également ajouté la possibilité de filtrer spécifiquement par modèles d'avions 737 Max-8 et Max-9. Si les avions de la version Max-9 sont encore immobilisés au sol pour être inspectés, les avions Max-8 sont, eux, toujours en vol. "Bien qu'il ne s'agisse généralement pas du filtre le plus utilisé, la société a constaté une différence notable dans l'utilisation de son filtre 737 Max après l'incident", a confirmé aussi Kayak France auprès de nos confrères du Parisien, "ce qui indique que le type d'avion est, en fait, au cœur des préoccupations des voyageurs à l'heure actuelle".