"Les voitures sont devenues tellement chères que les gens achètent une Dacia"
Rencontre avec Denis Le Vot, directeur d'une marque au sommet des ventes aux particuliers

- Publié le 15-01-2025 à 18h28
- Mis à jour le 15-01-2025 à 21h16

La bonne nouvelle sera officiellement annoncée ce jeudi mais ne fait guère de doute pour le directeur général de la marque, Denis le Vot, présent au Salon de l'auto : la Sandero sera la voiture la plus vendue en 2024, "sauf un désastre". "Je crois aussi que nous serons sur le podium des ventes du retail sans doute en 2e ou 3e position. C'est l'indicateur que l'on suit, car nous ne vendons que 20 % de nos véhicules aux flottes". Et d'ajouter que Dacia, "c'est le sens de l'histoire, les particuliers achètent des voitures à des prix raisonnables". Rencontre.
Le prix raisonnable, c'est bien entendu la marque de fabrique de Dacia. La Spring peut encore rivaliser avec les nouveaux venus dans le créneau des voitures électriques abordables, avec un prix "salon" à partir de 16 690 euros. "Bien sûr, c'est une petite voiture à quatre places et non une familiale. C'est une voiture pour aller au travail, à l'école".
Ses ventes ont été lourdement pénalisées en France avec l'arrêt du bonus aux voitures électriques fabriquées en Chine. "Ça commence à reprendre".

La prime du gouvernement flamand a, quant à elle, soutenu les ventes de la Spring chez nous, avec plus de 2 000 commandes en quelques mois. En cumulant ce bonus et autres avantages, le prix d'achat pouvait être de 10 590 euros. Imbattable. Elles doivent encore être immatriculées, alors que Dacia a terminé 2024 à la 5e place (+ 16,46 %). "Nous avons une part de marché de 12 % chez les particuliers. C'est énorme. Les Belges aiment bien les voitures. Il y a beaucoup de voitures fleet, qui sont chères, et de voitures familiales. Mais en même temps, il y a beaucoup de gens extrêmement pragmatiques", à savoir, vous l'aurez compris, les clients de Dacia.
Bigster, une bonne pioche ?
La marque roumaine du groupe Renault pense également faire une bonne pioche avec le Bigster, un SUV familial dont le prix de départ est de 23 990 euros. Il intègre un segment qui pèse environ 2,2 millions de véhicules par an en Europe. "Le prix d'un SUV est d'environ 35/36 000 euros, quelle que soit la marque. Un tel véhicule coûtait moins de 30 000 euros en 2019. Les personnes qui vont renouveler leur voiture chez leur revendeur de l'époque vont avoir un choc. Le but pour nous est de capter au moins une petite partie de ces clients qui vont aller voir chez Dacia. Le Bigster hybride est même en dessous de 30 000 euros".

Dacia, pourtant, n'est pas immunisée contre les hausses. Lors de son lancement, la Sandero était à 9 990 euros. Elle est à 12 890 euros aujourd'hui. "C'est l'inflation, c'est le prix des matières premières. C'est vrai pour tout le monde, sauf que chez nous, la hausse a été moins importante. Nous restons donc les moins chers, même si c'est plus cher". Pour contrer cette hausse des prix, Dacia planche sur un projet de voiture moins chère que la Sandero. "On regarde quel concept nous pourrions adopter pour avoir une telle voiture". À moins de 10 000 euros ? Denis Le Vot se contente d'un sourire.
Le client se fait plaisir
Le profil du client a, en tout cas, fortement évolué. "Sur une très longue période, nous avions beaucoup d'acheteurs de la voiture la moins équipée. Il y a vingt ans, la Logan était le premier véhicule neuf de nos clients. Aujourd'hui, avec Duster, on a des classes moyennes, voire supérieures. Ce sont des personnes qui ne veulent pas acheter une hybride avec 250 machins mais achètent plutôt une Dacia, ce qui leur permet de refaire en même temps la cuisine". L'acheteur peut aussi se faire plaisir, en optant pour le modèle le mieux équipé. "C'est le cas de 80 % des acheteurs d'un Duster".
Dacia, en tout cas, attire. "Sur 100 voitures vendues aujourd'hui, 60 le sont à des non-clients. Nous avons un taux de conquête gigantesque. Ces clients viennent des grandes marques. Les voitures sont tellement chères que les gens achètent Dacia". La règle d'or pour pouvoir proposer des prix serrés, c'est de mettre dans la voiture uniquement ce qui est nécessaire, sans fioriture. Le Bigster est pourtant doté d'un hayon électrique, une première chez le constructeur roumain. "Si ce n'était pas le cas, on n'en vendrait pas un seul en Allemagne".
L'avantage Renault
C'est aussi faire du neuf avec du vieux. L'adossement à Renault est en tout cas essentiel. "C'est un bel avantage", affirme le directeur général de Dacia. La Sandero s'est inspirée de la Clio. Elle a ensuite été démultipliée pour donner d'autres modèles. "Une voiture en plus, si elle est bien faite, ce n'est pas beaucoup d'argent. Quand vous prenez une Sandero et lui tirez sur les fesses pour en faire un Jogger, cela coûte très peu d'argent. Cela nous donne un véhicule 7 places qui ne fait aucune concurrence à la Sandero. Elles n'ont rien à voir, et pourtant vous n'avez payé que le quart du prix du développement d'une nouvelle voiture".
Parmi les chantiers à venir, le remplacement de la Sandero, qui doit renaître en 2027. "Elle aura une version électrique". Il y aura, aussi, un second SUV. Et aussi toutes ses lettres de noblesse à Dacia. "Si vous dites que vous avez acheté un Duster, ça passe bien, mais une Dacia…" C'est pourquoi le nom Dacia est sur le coffre arrière et non celui du modèle pour améliorer l'image d'un constructeur qui n'a pas fini de surprendre.