L'énergie nucléaire en Belgique, possible jusqu'en 2100 ? "En théorie, oui"
Pascale Absil, nouvelle directrice de l'AFCN, le gendarme nucléaire belge, revient sur les points d'attention après la déclaration de politique générale de l'Arizona. Elle est l'Invitée du Mag Eco sur LN24. Retrouvez l'interview complète ci-dessus.

- Publié le 21-02-2025 à 13h03
- Mis à jour le 21-02-2025 à 13h37

Le nouveau gouvernement fédéral est clair : le nucléaire n'est plus persona non grata en Belgique. Le pays pourrait revoir la loi de 2003 de sortie du nucléaire et envisage même de construire des nouvelles centrales. Comment ? C'est la grande question. Néanmoins, cela ne doit pas se faire en faisant fi des règles de sûreté.
Pascale Absil, directrice de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) depuis 2024, tient à le rappeler à l'Arizona. Prudente, elle fait néanmoins comprendre que l'Agence dépend des réacteurs nucléaires belges, et donc d'Engie, pour son financement et pour mener à bien ses autres missions.
Va-t-on vers une prolongation des réacteurs nucléaires existants ? D'entrée de jeu, elle renvoie la responsabilité au gouvernement De Wever. "C'est le gouvernement qui doit prendre les initiatives. La loi de 2003 est toujours d'application, ce qui implique un processus d'arrêt, indépendamment de l'accord du gouvernement", commence-t-elle. Mais "effectivement, ils ouvrent la voie. Mais même si la loi change, cela ne signifie pas qu'il y aura d'autres réacteurs du jour au lendemain", prévient-elle.
"Si les normes sont toujours respectées, il n'y a pas de problème de sûreté pour les centrales actuelles."
En ce qui concerne la sortie récente de la CEO d'Engie (maison-mère d'Engie Electrabel) qui laisse entrevoir des possibilités pour l'énergie nucléaire dans les pays qui le désirent ('Tout est dit ! La clé de la compétitivité de nos entreprises, c'est l'accès à une énergie abondante & bon marché. Si on veut faire baisser le prix de l'énergie en Europe, il va falloir la produire nous-mêmes avec énergies renouvelables + nucléaire pour ceux qui en font le choix'), Pascale Absil affirme avoir été étonnée, sans pouvoir en dire plus.
Quoi qu'il en soit, le réacteur Doel 1 a été arrêté en Belgique le 14 février dernier, après Tihange 2 en 2023, dont le processus de décontamination chimique a commencé en novembre 2024. Les préparations pour la phase post-opérationnelle de Doel 1 ont donc commencé ce mois de février, en préparation au futur démantèlement.
"Nous devons aussi surveiller tout le processus de mise à l'arrêt des centrales."
Si l'État belge a prolongé deux réacteurs jusqu'en 2035 (Doel 4 et Tihange 3), l'AFCN doit-elle craindre de disparaître au-delà de cette date ? "L'Agence doit continuer à exister, car nous ne travaillons pas uniquement pour les centrales nucléaires. Nous devons aussi surveiller tout le processus de mise à l'arrêt des centrales, de la préparation au démantèlement, qui va durer de longues années. Mais ce n'est pas notre seule compétence. Il y a également le domaine médical, où l'on utilise les radio-isotopes, ainsi que la surveillance du territoire, qui doit être assurée", tient-elle à rappeler.
Des besoins qui explosent
Face aux besoins d'énergie qui explosent dans le monde, dont ceux de l'Intelligence Artificielle (IA) fortement consommatrice, certains pays renforcent la diversification des sources d'énergie, jusqu'à rouvrir une centrale nucléaire, celle de Three Mile Island, aux États-Unis par exemple. "Est-ce une énergie d'avenir ? Seul cet avenir nous le dira. Mais c'est une énergie décarbonée, il n'y a pas de débat là-dessus", répond Pascale Absil sur cette problématique.
"On pensait que l'élément qui allait limiter la durée de vie d'une centrale était le vieillissement du réacteur. Or, nous avons démontré aujourd'hui que le réacteur ne vieillissait pas aussi vite qu'on le pensait au départ."
Et contrairement à une idée répandue, selon Pascale Absil, il n'y a pas "d'âge limite" pour les réacteurs nucléaires, à l'instar des denrées alimentaires. C'est plus flexible que cela. "À l'origine, il n'y avait pas d'âge limite. On pensait que l'élément qui allait limiter la durée de vie d'une centrale était le vieillissement du réacteur. Or nous avons démontré aujourd'hui, par la pratique, que le réacteur ne vieillissait pas aussi vite qu'on le pensait au départ. C'est pourquoi, lors de la construction des centrales, on parlait de 40 ans, mais ce n'était pas un âge limite en tant que tel. Dès le début, il était prévu de réaliser une inspection décennale, soit des révisions tous les dix ans pour évaluer l'état de sûreté des centrales et déterminer si elles pouvaient être exploitées dix ans de plus. Ce processus existait avant la loi de 2003 et, si cette loi devait être abrogée comme mentionné dans l'accord du gouvernement, l'inspection décennale resterait en place pour garantir la sûreté d'une centrale sur le long terme. Si les normes sont toujours respectées, il n'y a pas de problème de sûreté pour les centrales actuelles", explique-t-elle.
Rappelons que l'Arizona affiche la volonté de maintenir 4 000 mégawatts (MW) de puissance nucléaire en fonctionnement. Or il n'y aura plus que 2 000 MW disponibles à la fin de l'année 2025, après les arrêts de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1. Enfin, quid du rôle d'Engie, dont le nucléaire ne fait plus partie de la stratégie ? "L'augmentation de la production d'électricité d'origine nucléaire est possible à condition qu'un investisseur et un opérateur soient prêts à entreprendre la démarche. À ce moment-là, l'Agence entre dans son rôle : assurer la protection de la population et accompagner un tel projet. Quel que soit l'acteur, Engie ou un autre, notre rôle est d'accompagner pour garantir la sûreté", avance-t-elle. Enfin, est-ce que l'énergie nucléaire peut être viable d'ici à 2100 en Belgique ? "En théorie, oui", sourit-elle.
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