Starlink : l'outil télécom d'Elon Musk devenu l'ennemi de la Russie et de la Chine
Utilisée par l'armée ukrainienne, Starlink est désormais la cible spatiale des Russes, mais aussi de la Chine.

- Publié le 17-04-2025 à 13h08

Lancé en 2018 pour "connecter le monde à Internet", le réseau Starlink d'Elon Musk est massivement utilisé en Ukraine depuis février 2022. Quand la Russie a envahi le pays, l'une des premières stratégies de l'armée de Vladimir Poutine était de détruire les moyens de communication ukrainiens. C'est à ce moment-là que Starlink est entré en scène, devenant rapidement une bouée de sauvetage technologique pour Kiev, tant pour les civils que pour l'armée. Grâce aux quelque 42 000 satellites fournis, les forces ukrainiennes ont pu coordonner leurs opérations, piloter des drones, ou encore transférer des données sensibles.
Sauf que depuis mai 2024, les soldats ukrainiens font face à une réalité : Starlink n'est plus invulnérable. Selon un rapport de la Secure World Foundation (SWF), la Russie, déterminée à reprendre le dessus, a déployé une véritable guerre électronique avec l'aide de ses deux systèmes : Tobol et Kalinka.
La riposte russe
Inconnus du grand public, ces deux systèmes sont pourtant un sacré atout pour la Russie. Et ce bien qu'ils s'écartent de leur mission initiale. Le système Tobol par exemple, d'abord conçu pour protéger les satellites russes contre les interférences électroniques, aurait changé de rôle. Répartis sur au moins sept sites en Russie, certains de ces outils sont désormais orientés vers le brouillage actif des signaux Starlink, en particulier au-dessus des zones de conflit à l'est de l'Ukraine. Les documents militaires américains évoquent même l'usage d'au moins trois de ces installations juste pour interférer avec les communications du réseau de SpaceX.
Plus discret, mais potentiellement plus redoutable, le système Kalinka semble s'attaquer directement aux signaux échangés par les terminaux Starshield, la version militaire de Starlink utilisé par la Défense et les services de renseignement, mais aussi pour l'armée ukrainienne. Pourquoi est-il plus dangereux que Tobol ? Parce qu'il ne se contente pas de brouiller : il détecte, localise, cible. Drones, navires, équipements connectés… tout ce qui transite par Starlink peut, en théorie, devenir visible et donc vulnérable.
La Chine joue aussi ses cartes
Mais la Russie n'est pas seule à lorgner le ciel. La Chine suit cette militarisation de l'espace de très près selon le rapport. Le pays investirait massivement dans des systèmes capables, eux aussi, de perturber ou neutraliser les constellations occidentales. Dans les conflits armés, la Chine a l'habitude de frapper fort et vite. Dans le cas du conflit Russie-Ukraine, cela inclurait donc des attaques coordonnées contre les satellites de communication, avec Starlink en première ligne.
L'arsenal envisagé par la Force de soutien stratégique de l'Armée Populaire de Libération (l'armée chinoise) laisserait également peu de place au doute. Des systèmes de brouillage sophistiqués, des lasers embarqués sur des sous-marins, des armes à énergie dirigée capables de neutraliser des satellites depuis la surface terrestre ou directement depuis l'orbite. Un attirail complet. Et les ingénieurs chinois planchent déjà sur des prototypes de lasers miniaturisés et de micro-ondes haute puissance, embarquables à bord de satellites. De quoi laisser penser que la guerre des étoiles semble de plus en plus devenir réalité.
Dans tous les cas, les menaces russe et chinoise ne semblent pas décourager Elon Musk à fournir ses outils à l'Ukraine. "Sans Starlink, les lignes ukrainiennes s'effondreraient car les Russes peuvent brouiller toutes les autres communications ! Nous ne ferions jamais ça ni n'utiliserions cela comme monnaie d'échange", avait-il affirmé en mars dernier sur son réseau social X.
