Voici comment l'Union européenne entend devenir "the place to be" pour les start-up technologiques
La Commission européenne présente, ce mercredi, une stratégie pour les start-up et les scale-up. L'ambition est double : stimuler la création et l'expansion d'entreprises innovantes, et s'assurer qu'elles ne migreront pas aux États-Unis ou en Asie.

- Publié le 28-05-2025 à 08h02

"Il est dans l'intérêt de l'Europe d'aider ses start-up à réussir et à prendre leur envol", avait lancé Ursula von der Leyen, fin janvier, lorsque la présidente de la Commission avait présenté sa feuille de route pour redonner un coup de fouet, en matière de compétitivité et d'innovation technologique, aux Vingt-Sept et combler son retard vis-à-vis des États-Unis et de la Chine.
Quatre mois plus tard, Ursula von der Leyen et Stéphane Séjourné, commissaire en charge de la Prospérité et à la Stratégie industrielle, dévoileront, ce mercredi, une nouvelle stratégie en faveur des start-up et des scale-up européennes. Ce n'est pas la première fois que l'Union européenne (UE) prend une telle initiative. Ce fut le cas en 2016 (avec un plan visant à supprimer les obstacles qui empêchent les start-up de passer à l'échelle dans le marché unique) et en 2018 (avec le lancement, par le Conseil européen de l'innovation, d'un programme pour développer des technologies de rupture).
Un retard à combler
Mais ces initiatives n'ont manifestement pas eu l'impact escompté. Pour des raisons réglementaires ou commerciales, de nombreuses start-up et scale-up européennes continuent à se tourner vers les États-Unis ou l'Asie quand elles doivent se financer en capital-risque ou saisir des opportunités d'expansion. Le constat est sans appel : au niveau mondial, environ 60 % des scale-up sont basées en Amérique du Nord, contre seulement 8 % dans l'UE !
"La valeur ajoutée des start-up et des scale-up européennes se reflète dans la création de 3 millions d'emplois au cours de la dernière décennie."
Pour autant, le Vieux Continent n'a rien d'un désert dépourvu de jeunes pousses et d'entreprises innovantes en expansion. L'UE compte plus de 35 000 entreprises en phase de démarrage (start-up) et 3 400 entreprises technologiques en phase de croissance (scale-up). Leur valeur ajoutée se reflète dans la création de 3 millions d'emplois au cours de la dernière décennie, avec un effectif total atteignant 3,5 millions en 2024, peut-on lire dans la dernière version du document "The EU Startup and Scaleup Strategy. Choose Europe to start and scale" consultée par La Libre.
Des obstacles à lever
Malgré des bases solides, "des efforts supplémentaires sont nécessaires", souligne la Commission européenne. Ainsi, l'UE peine toujours à transformer la recherche en produits ou services commercialisables en raison d'un marché unique incomplet, de charges administratives et d'obstacles réglementaires persistants, d'une utilisation insuffisante des marchés publics, d'une trop faible appétence au risque des investisseurs ou encore d'une pénurie de talents (débauchés par des sociétés non européennes).
La nouvelle stratégie européenne vise, précisément, à lever ces différents obstacles afin de "faire de l'UE le meilleur endroit au monde pour créer et développer des entreprises technologiques à vocation mondiale" et "aider les innovateurs, fondateurs et investisseurs à choisir l'Europe".
Des mesures concrètes à mettre en œuvre
La stratégie pour les start-up et les scale-up est structurée autour de cinq grands besoins auxquels les start-up et les scale-up innovantes font face : une réglementation simple et harmonisée ; davantage de financement, une expansion rapide sur le marché, un soutien aux meilleurs talents, l'accès aux infrastructures, aux réseaux et aux services.
Parmi les actions concrètes proposées par la Commission européenne aux États membres, voici les plus marquantes :
- Création d'un 28e régime européen : il fournira un ensemble unique de règles relatives à la création et à l'exploitation d'une entreprise dans le marché unique, dont celles concernant le droit des sociétés, l'insolvabilité, le droit du travail et le droit fiscal (comme l'imposition des options d'achat d'actions accordées aux salariés).
- Instauration d'un cadre européen pour encourager les bacs à sable réglementaires ("regulatory sandboxes") afin de permettre aux innovateurs de développer et de tester de nouvelles idées.
- Création d'un fonds Scaleup Europe, avec la Banque européenne d'investissement (BEI) et des investisseurs privés, afin de combler le déficit de financement des scale-up de la deeptech.
- Lancement de nouveaux instruments pour investir dans les start-up et les scale-up européennes de haute technologie dans le domaine de la défense.
"La promotion des écosystèmes autour des universités pourrait créer plus de 110 000 spin-off et start-up fondées par des (anciens) étudiants et générer 4,3 millions d'emplois au cours des dix prochaines années."
- Lancement d'une initiative "Du laboratoire à la licorne" pour accélérer la commercialisation des résultats de la recherche universitaire. La promotion des écosystèmes autour des universités, avance la Commission, pourrait créer plus de 110 000 spin-off et start-up fondées par des (anciens) étudiants et générer 4,3 millions d'emplois au cours des dix prochaines années.
- Simplification des procédures de passation des marchés publics afin de faciliter l'accès des start-up et des scale-up.
- Initiative "Tapis bleu" pour attirer et retenir les talents hautement qualifiés de l'UE et des pays tiers. Cette initiative prévoit, entre autres mesures, de renforcer "de manière significative" l'éducation à l'esprit d'entreprise grâce à Erasmus + ; d'harmoniser certains aspects de la taxation des stock-options pour les salariés des start-up ; d'adopter une stratégie européenne en matière de visas (afin de soutenir les procédures permettant aux étudiants, chercheurs, entrepreneurs et travailleurs qualifiés des pays tiers de venir dans l'UE).
- Soutien financier pour faciliter l'accès des start-up aux infrastructures de calcul d'IA.
- Lancement d'une plateforme d'innovation de l'UE donnant accès à un large éventail de possibilités de financement et de services.
"Placer les politiques relatives aux start-up et aux scale-up au centre de l'agenda de l'UE en matière de compétitivité est crucial en cette période charnière", conclut la Commission, qui invite le Parlement et le Conseil européens à approuver sa stratégie. "Une mise en œuvre efficace et rapide est essentielle".
