Le CEO de Ford tire la sonnette d'alarme et vise Donald Trump sans le citer : "Nous avons dû fermer des usines"
Jim Farley n'est pas du genre à multiplier les sorties médiatiques. Mais cette fois, le patron de Ford a tenu à s'exprimer sur ce qu'il pense être une crise industrielle, en tentant de ne froisser personne.

- Publié le 19-06-2025 à 17h41
- Mis à jour le 19-06-2025 à 18h21

C'est une phrase qui résume toute la tension du moment : "La situation est précaire. Nous avons dû fermer des usines." Pas de surenchère, mais une grosse inquiétude. Celle de Jim Farley, CEO de Ford, contraint de briser sa discrétion habituelle au micro de Bloomberg, face à ce qu'il estime être une crise industrielle.
Dans les usines du Midwest des Etats-Unis, les chaînes de montage tournent au ralenti. Certaines sont même complètement à l'arrêt, selon le patron de la marque américaine. Le problème ? Pas une grève, ni une baisse de la demande mais bien un manque de pièces, comme le relaie Presse-Citron. Ou plus exactement, un manque de matériaux stratégiques dont les fameuses "terres rares". Des métaux, comme le néodyme, invisibles pour le consommateur, mais présents dans les moteurs électriques, les haut-parleurs, les capteurs et autres dispositifs électroniques.
Au jour le jour
La raison de cette pénurie est à chercher bien loin des ateliers de Detroit, où le constructeur a son siège social. C'est à la relation commerciale sino-américaine que la situation se joue. Depuis que Donald Trump a décidé d'imposer des droits de douane géants (allant jusqu'à 145%, à 30% à l'heure actuelle NdlR.) sur les importations venues de Chine, la chaîne logistique s'est enrayée. Et le gouvernement chinois, en guise de représailles, a resserré l'étau avec des restrictions d'exportation, des procédures plus lourdes et des autorisations au compte-goutte.
Pour l'industrie automobile, c'est un cauchemar. Ford en particulier, dépendant à 90 % des terres rares chinoises, utilisées dans des dizaines de composants essentiels. La marque se retrouve donc prise au piège, sans marge de manœuvre. "On vit au jour le jour", résume Jim Farley. Le tout dans un contexte où acier et aluminium, essentiels pour l'industrie automobile, sont également ciblés par des taxes supplémentaires.
Pas de plan B
Le paradoxe est de taille pour la marque américaine. Ford est encore le premier producteur automobile national (notamment grâce au succès du Ford F-150, la voiture la plus vendues aux Etats-Unis depuis plus de 50 ans), et l'un des grands exportateurs de véhicules fabriqués aux États-Unis. Mais cette puissance cache malgré tout une faiblesse structurelle. Le groupe ne dispose pas de capacités de production excédentaires et n'a donc pas de plan B.
Le moindre blocage en amont provoque donc un embouteillage en aval. Et les premiers à en faire les frais seraient les travailleurs américains. Ceux dont les emplois dépendent de la fluidité d'une chaîne d'approvisionnement qui, elle, est aujourd'hui grippée.
Dans ce contexte, le CEO de Ford a enfilé son costume de diplomate, aussi bien du côté américain que chinois. Lui qui a l'habitude d'éviter les projecteurs depuis son arrivée à la tête du groupe, se retrouve à négocier directement avec le ministère chinois du Commerce, pour faire passer ses dossiers, "un par un".
En tout cas, même s'il ne mentionne pas directement Donald Trump, son argument est clair : ce conflit douanier menace des milliers d'emplois aux États-Unis. Et notamment dans les États du Midwest, ces mêmes territoires industriels que les candidats à la présidentielle s'arrachent à chaque élection.
