"Le gouvernement De Wever va chercher 3 milliards d'euros en hausse d'impôts alors que cette fraude à la TVA a pignon sur rue. C'est injuste"
Le gouvernement De Wever devrait revoir les différents taux de TVA. Une mesure qui pourrait faire rentrer de l'argent dans les caisses de l'État, mais aussi impacter le pouvoir d'achat.

- Publié le 20-10-2025 à 09h58
- Mis à jour le 20-10-2025 à 14h51

La Belgique a besoin d'argent. C'est peu dire. Et face à cela, le gouvernement De Wever prévoit de réduire les dépenses, mais aussi de revoir la fiscalité.
Parmi les mesures sur la table actuellement – qui doivent en théorie être présentée ce 21 octobre, mais les négociations de ces derniers jours bloquent toujours -, l'une d'entre elles suscite quelques craintes : celle du passage du taux réduit de TVA de 6 % à 9 %. Pour l'avocat fiscaliste Sébastien Nothomb, invité sur le plateau des Pros de l'Eco sur LN24, cette réforme risque d'alourdir la facture pour la majorité des ménages, tout en laissant, par ailleurs, une fraude colossale à la TVA toujours intacte.
"La TVA est cet impôt que tout le monde paie sans s'en rendre compte", rappelle-t-il d'emblée. "C'est une invention française (établie dans les années 1950, NdlR) qui a eu un succès fou puisqu'elle est appliquée dans le monde entier, ou presque. En Belgique, le taux normal est fixé à 21 %."
Mais tous les produits ne sont pas logés à la même enseigne. "Il existe un taux réduit de 6 % qui concerne les denrées alimentaires de base non transformées, les fruits, les légumes, les médicaments, la livraison d'énergie comme le gaz et l'électricité, ou encore les travaux de rénovation", explique Sébastien Nothomb. "Et puis, il y a le taux de 12 %, qui n'est quasiment pas appliqué, sauf pour la margarine et les restaurants. "
La mesure actuellement discutée viserait à "harmoniser ces taux à un seul taux réduit de 9 % ". Et donc majoritairement, étant donné le faible recours du taux à 12 %, une hausse globale de la taxation. Une décision qui aurait un impact direct sur le pouvoir d'achat des citoyens.
"Derrière cette harmonisation des taux réduits, ce sont surtout la grande majorité des biens et services du quotidien qui devraient augmenter", confirme-t-il.
"La large réforme fiscale prévue par Vincent Van Peteghem (lorsqu'il était ministre des Finances – étiqueté CD & V – sous la précédente législature, mais elle n'a pas été appliquée. NdlR) proposait déjà ce taux harmonisé, mais avec un petit geste : un taux à 0 % pour les denrées de première nécessité", rappelle l'avocat fiscaliste. "La question est maintenant de savoir si De Wever (et son ministre des Finance actuel Jan Jambon, N-VA, NdlR) fera aussi ce geste. C'est en discussion. Mais on sait que le gouvernement cherche de l'argent…", prévient-il.
Le risque d'un effet pervers
Cette hausse pourrait également nuire à la compétitivité belge, selon Sébastien Nothomb. "C'est évident que si on augmente la TVA alors que nos magasins sont déjà chers par rapport aux pays voisins, le risque est que l'on fasse encore plus nos courses en France, très concrètement", avertit-il.
Et pendant que, selon lui, les citoyens s'attendent à passer à la caisse, une autre réalité dérangeante persiste : la fraude à la TVA, notamment à l'importation.
"C'est un secret de polichinelle : la fraude à la TVA à l'importation a pignon sur rue", dénonce l'avocat. "Toutes les importations, tous les colis achetés en e-commerce et qui passent par Anvers ou, surtout, par l'aéroport de Liège, sont concernés… Il y a une fraude immense, qui a été dénoncée par Le Monde le mois passé. Seuls 0,005 % des colis sont effectivement traqués", insiste-t-il. Précisons que leur nombre a explosé avec le succès des plateformes en ligne, comme l'américaine Amazon et les chinoises Ali baba, Temu et Shein.
"On va chercher 3 milliards d'euros dans les poches de tout le monde alors qu'il y a un 'VAT Gap' ("un écart TVA", NdlR), soit la différence entre la TVA qui devrait être payée et celle qui l'est effectivement, qui est estimé à 4,4 milliards d'euros en Belgique, selon l'Union européenne, sur base des chiffres de 2022. Aujourd'hui c'est encore plus… Ça pose question. Il y a une forme d'injustice dans le fait de faire supporter à tout le monde une augmentation d'impôt alors que la fraude a pignon sur rue", termine-t-il.
