Les négociations fédérales patinent : "Il est temps de s'enfermer en conclave et de passer les nuits"
Le Premier ministre Bart De Wever pourra-t-il présenter les grandes lignes de sa politique et ses perspectives budgétaires, mardi prochain, à la Chambre ? C'est de moins en moins probable. Les discussions entre les cinq partenaires de la majorité Arizona n'avancent guère…

- Publié le 17-10-2025 à 14h41
- Mis à jour le 17-10-2025 à 15h46
Bart De Wever l'avait laissé entendre : au vu de l'état des négociations budgétaires, il redoute de ne pouvoir se présenter devant la Chambre, mardi prochain, afin d'y exposer les grandes lignes de sa politique en 2026. La semaine dernière déjà, il avait dû reporter cet exercice solennel – son discours sur "l'état de l'union". Depuis lors, le climat s'est encore alourdi. Jeudi après midi, un nouveau round de discussion n'a rien donné.
"Tout le monde a tellement peur des fuites qu'aucun partenaire n'ose dire le fond de sa pensée", confie une source fédérale. Pour les vice-Premiers ministres représentants les cinq partis de la coalition, le jeu a consisté ces derniers jours à laisser à un autre le soin de rejeter les idées sur la table. En politique, il peut être délicat d'apparaître comme le négociateur qui bloque et de recevoir le "Valet noir" – le "Zwarte Piet", en néerlandais.
Où se situent les points de blocage ? À plusieurs étages. Selon nos confrères de VTM, le malaise des socialistes flamands dans le cadre des négociations actuelles est très important. "Toutes les vaches sacrées, toutes les raisons qui ont poussé Vooruit à entrer dans ce gouvernement, sont attaquées", affirmait la journaliste Hannelore Simoens. Et de citer la norme de croissance des dépenses en soins de santé, un éventuel saut d'index, certaines mesures dans les pensions…
Pas de nouvelles taxes ? "Intenable"
Les postures se figent, ce qui n'est jamais bon. Au MR, par exemple, le rejet de toute nouvelle taxe a été martelé dans les médias. Le président Georges-Louis Bouchez et ses ministres fédéraux réclament à la place des économies drastiques afin de réaliser l'effort attendu de 10 milliards d'euros supplémentaires pour la fin de la législature. Une position jugée "intenable" par certains partenaires du MR au sein de l'Arizona. Y compris parmi les libéraux, des informateurs reconnaissent qu'il faudra consentir, d'une manière ou d'une autre, à utiliser le levier fiscal.
La question de la modification des taux de TVA est un problème. Notamment, la transformation du taux à 21 % en un taux à 22 % suscite un blocage. "Cela rapporterait beaucoup aux caisses de l'État sans faire trop mal au portefeuille des gens, affirme un expert fédéral. Ce qui est frappé par le taux à 21 % ne relève pas de la consommation de première nécessité. Et je vois mal les commerçants répercuter cette hausse sur leurs clients. Ils auront tendance à maintenir leurs prix de vente."
Au total, ce glissement dans le taux de TVA pourrait ramener 3,5 milliards d'euros de plus par an, glisse notre source. David Clarinval, vice-Premier ministre MR, reste toutefois opposé à la hausse de la TVA. Le chef de file des libéraux au fédéral a par ailleurs rejeté tout saut d'index qui toucherait les personnes qui travaillent. Selon un "arizonien", le saut d'index que proposait le Premier ministre (qui toucherait également les diverses prestations sociales) pourrait permettre une économie de 2,5 milliards annuellement.
Une "taxe des millionnaires" ?
Les Engagés, Vooruit et le CD&V veulent quant à eux faire contribuer davantage "les épaules les plus larges", un volet absent des propositions du Premier ministre pour l'instant. Il est question d'une augmentation de la taxe sur les comptes-titres, une mesure mise en place par le gouvernement Michel. Mais les socialistes flamands veulent aller encore plus loin et instaurer une taxation des fortunes, une forme de "taxe des millionnaires". Cette exigence fait resurgir les vives tensions qui avaient marqué la formation de la majorité Arizona autour de la taxe sur les plus-values. Le CD&V a de son côté réclamé que l'on restreigne le régime des sociétés de management qui pèse sur les finances de l'Etat.
Bref, on est encore loin du grand accord pour le budget 2026 et sur la trajectoire d'assainissement des finances publiques jusqu'à la fin de la législature. "Il est temps de s'enfermer en conclave et de passer les nuits", tranche un habitué des cabinets ministériels. Ce vendredi après-midi, une nouvelle discussion budgétaire des poids lourds de l'Arizona est prévue.
