Quand un archéologue créatif mise sur le trésor découvert dans une villa romaine pour financer son chantier
À San Gimignano, Marco Cavalieri, professeur à l'UCLouvain, a lancé un partenariat original avec un vigneron du coin.

- Publié le 21-02-2026 à 14h08
C'est en 2005 que Marco Cavalieri, archéologue et professeur à l'UCLouvain, débarque à la villa romaine d'Aiano, dans la commune de San Gimignano, en Toscane. Ou plutôt sur le site d'une "monumentale villa de l'Antiquité tardive qui fut construite au IVe et sera fréquentée jusqu'à la fin du VIe siècle après Jésus-Christ, à la chute de l'empire romain d'Occident, raconte Marco Cavalieri. J'étais en quête d'un site pour mes recherches et pour la formation de mes étudiants. Comme j'ai fait une partie de mes études à Florence, je connaissais la région et je savais, par un texte datant des années 1930, qu'il y avait à San Gimignano des traces d'une villa que personne n'avait jamais fouillée."
Un des plus grands celliers
Après un an de prospection et d'analyses géophysiques sur le terrain, le chantier est lancé. Mais comment financer l'aventure… ? Une question, épineuse, qui reste plus que jamais d'actualité "à l'heure où les subventions allouées aux universités et aux établissements d'enseignement supérieur pour leurs actions en faveur du patrimoine viennent d'être supprimées par le gouvernement wallon", comme le souligne le professeur. "Les subventions pour les projets à l'étranger étaient déjà supprimées depuis 2 ans", poursuit-il. Il faut donc de faire preuve de créativité.
Il devait y avoir une cinquantaine de jarres, ce qui signifie une production gigantesque qui alimentait sûrement le marché de Rome."
Ce qu'a fait Marco Cavalieri au fil du temps : soutien de l'UCLouvain, du FNRS (qui poursuit d'ailleurs sa collaboration pour 2026 et 2027), mais aussi de la Fondation Monte dei Paschi de Sienne ; partenariats privés, avec Fiat notamment ; et aide de la commune de San Gimignano, propriétaire du terrain. "Il faudrait permettre aux entreprises qui nous soutiennent de profiter d'un retour en termes d'image, mais aussi de fiscalité, comme c'est le cas aux États-Unis", glisse-t-il en passant.
Aujourd'hui, Marco Cavalieri, qui a fait deux doctorats, à Florence et à Pérouse, avant de tomber "en 2003, sur une offre de poste en archéologie romaine et étruscologie à Louvain-la-Neuve", lance un nouveau partenariat, très original. Le but : permettre l'ouverture au public de la villa d'Aiano située le long de l'ancienne via des Francs, "la voie des pèlerins reliant Canterbury à Rome".
Il part d'un trésor qu'il a découvert dans la villa en 2021 : un des plus grands celliers datant de l'époque romaine. "Une salle de 30 m sur 9, la cella vinaria, où était produit et conservé le vin dans des jarres enterrées. Il devait y en avoir une cinquantaine, ce qui signifie une production gigantesque qui alimentait sûrement le marché de Rome."
Cette initiative vise à démontrer que l'archéologie peut participer au cercle vertueux d'une économie rentable, environnementale et culturellement enracinée."
L'archéologue s'est donc associé à un vigneron de l'endroit afin de proposer une cuvée spéciale, produite en amphore comme jadis, avec une étiquette spéciale, célébrant les méthodes ancestrales de vinification de la région. Une manière de lier production et dimension historique, culturelle. Avec l'ambition d'entraîner d'autres vignerons de la commune dans ce projet "d'économie de la culture" et d'arriver à des milliers de bouteilles si tout va bien. De quoi générer "un peu de moyens" pour conserver un patrimoine commun. Et le montrer.

Ouverture au public en 2028 ?
"Cette initiative vise à démontrer que l'archéologie peut participer au cercle vertueux d'une économie rentable, environnementale et culturellement enracinée", évoque-t-il dans un français parfait, lui qui a acquis la nationalité belge. Il y tenait vraiment. "Pour me sentir psychologiquement un peu chez moi ici." Et d'ajouter en souriant : "Ma femme me trouve très 'belgicisé'." Même s'il fait toujours l'aller-retour entre la Belgique et Modène où vit sa famille…
L'ouverture du chantier au public, Marco Cavalieri l'espère, en croisant les doigts, pour 2028. Ouverture gratuite toute l'année.
Fin février, il participera à une foire du tourisme culturel à Florence et y présentera son "projet archéologie et production : Archeo-Vinum". L'ouverture du chantier au public, Marco Cavalieri l'espère, en croisant les doigts, pour 2028. Ouverture gratuite toute l'année. Le plan pour l'aménagement d'une passerelle, les tablettes avec QR codes et restitution en 3D de la villa, un projet de valorisation initié par la Région Toscane : tout est prêt. "Il faut juste… trouver les moyens financiers et obtenir l'approbation technique du ministère italien de la Culture", précise celui qui a aussi collaboré en tant que référent scientifique à l'expo Retour à Pompéi qui se tient à Tour & Taxis, à Bruxelles.
Marco Cavalieri désire ensuite passer la main. Plus de 20 ans après le début de l'aventure…
Un chantier loin d'avoir dévoilé toutes ses richesses
Jusqu'ici, les fouilles ont permis d'étudier 5 000 m2 d'un site dont on estime la superficie totale à 15 000 m2. C'est dire que le travail n'est pas terminé.
"Je fouille lentement car il faut être prudent et attentif", explique le professeur Cavalieri qui a déjà procédé à des fouilles en Italie (et tout dernièrement à Ostie, un projet financé par la Fédération Wallonie-Bruxelles qui se termine cette année), Grèce et Albanie. Il ne s'agit pas d'extraire des vestiges que l'on ne pourra pas conserver et valoriser faute de moyens. Il vaut alors mieux que d'autres les découvrent plus tard et mieux."
Il reprend : "Les fouilles coûtent cher. Les restes de la villa se trouvent à 1,5 mètre de profondeur. Il faut balayer le terrain, financer le chantier et loger les étudiants qui viennent travailler et se former en été quand le chantier est ouvert. Dans une région, la Toscane, très convoitée par le tourisme…"
Reste évidemment l'immense joie des découvertes. Dans la villa d'Aiano, "le cellier, bien sûr, mais aussi une salle trilobée entourée d'un jardin circulaire, un cas unique dans l'architecture romaine de l'époque".
Marco Cavalieri en quelques dates :
28 janvier 1972 : naissance de Marco Cavalieri à Parme, en Italie.
15 septembre 2003 : après un double doctorat à Florence et à Pérouse, il est recruté à l'UCLouvain en tant que chargé de cours.
2005 : il débute un chantier de fouilles à la villa romaine d'Aiano à San Gimignano où il met au jour un cellier extraordinaire.
2025-2026 : il crée un partenariat avec un vignoble local. Objectif : ouvrir le site au public.