Avec Tioga Capital, la Belgique se dote d'un premier fonds d'investissement 100 % dédié à la blockchain
Tioga Capital, créé par quatre Belges, est en train de clôturer son premier fonds. La cible ? Des start-up de la blockchain.

- Publié le 06-07-2020 à 18h35
- Mis à jour le 06-07-2020 à 18h36

Si on en parle moins depuis quelques mois, l'écosystème technologique bâti autour de la blockchain poursuit son développement. Le rythme s'est même accéléré puisque, chaque année, on évalue entre 300 et 400 projets, directement liés à la "chaîne de blocs", levant du capital à risque en Europe.
La blockchain est une technologie encore très jeune. La première application, qui a donné naissance au bitcoin, n'a qu'une dizaine d'années. Une blockchain peut être décrite comme une base de données distribuée (entre plusieurs serveurs et ordinateurs) et cryptée, dont l'intégrité et l'inviolabilité sont assurées par chaque utilisateur. Cette infrastructure est utilisée pour stocker des données et gérer des applications logicielles.
Les champs d'application de cette nouvelle technique - que les experts du sujet comparent, en termes d'impact sociétal, à Internet - dépassent largement celui des cryptomonnaies. On la retrouve dans les chaînes d'approvisionnement, l'immobilier, l'industrie pharmaceutique, le secteur de l'énergie, etc.
Nicolas Priem, un Belge de 33 ans qui a travaillé dans la Silicon Valley de 2009 à 2017, connaît bien la blockchain. "J'ai pu suivre l'émergence de cette technologie aux États-Unis, à la fois du côté des fonds d'investissement et des start-up. C'est une industrie de fonds qui pèse plus de 20 milliards de dollars", explique-t-il. De retour en Belgique, il se rend compte que l'activité entrepreneuriale autour de la blockchain y est devenue aussi importante qu'aux États-Unis. Avec deux gros bémols : un manque flagrant de moyens financiers et d'expertises pour accompagner ces projets. "Ce déséquilibre massif du marché crée une opportunité pour financer et soutenir les entrepreneurs européens de la blockchain, indique Nicolas Priem. Les start-up de la blockchain, elles ont besoin de 'smart money', c'est-à-dire d'argent et d'expertise. C'est sur cette base que nous avons décidé de créer Tioga Capital Partners."
Une équipe de choc
Les fonds de capital à risque dédiés aux start-up de la blockchain sont encore assez rares en Europe. On en trouve un à Londres et un autre en Allemagne. C'est à peu près tout. La grosse majorité des start-up, elle, se concentre dans quatre lieux : Londres (avec plus de 800 start-up), Berlin et Francfort (environ 400) et le canton de Zoug en Suisse (entre 500 et 600). En Belgique, on parle d'une vingtaine de start-up actives dans la blockchain (on peut citer, notamment, Settlemint, Keyrock, Arkane, Bit4You).
Dans cet environnement, Tioga Capital, fonds luxembourgeois dont l'équipe de gestion est basée à Bruxelles, fait office de premier fonds de "venture capital" 100 % consacré à la blockchain au sein du Benelux. Outre Nicolas Priem, Tioga compte trois fondateurs : Patrick Van de Mosselaer (fondateur de DocBook, qu'il a cédée à Doctena en 2016), Michiel Lescrauwaet (investisseur dans la blockchain depuis 2012) et Olivier Lefebvre (expert fiscal). Le quatuor s'est également entouré de quelques belles pointures pour son "Advisory Board", comme Bart Preneel (responsable du centre de recherche Cosic de la KU Leuven, où on trouve plus de 100 cryptographes), Stijn Bijnens (CEO de Cegeka) et Kyle D'Souza (président du Stanford Blockchain Club).
Last but not least, Tioga Capital Partners a conclu, en fin de semaine dernière, un partenariat stratégique avec Jürgen Ingels, le fondateur de SmartFin Capital (fonds de "private equity" qui investit dans des entreprises technologiques en croissance). Personnalité à la fois très expérimentée et influente dans le monde de la "tech" en Flandre, M. Ingels siégera au comité d'investissement de Tioga Capital.
Dix premiers millions d'euros
Tioga Capital travaille actuellement à la première clôture de son premier fonds. "Il s'agit d'une levée exclusive de 10 millions d'euros, financée essentiellement par des investisseurs belges, avance Nicolas Priem. Nous projetons d'augmenter le capital pour un total de 50 millions par la suite."
La stratégie de Tioga Capital sera d'investir dans des start-up européennes qui construisent des infrastructures innovantes en matière de blockchain. "On a déjà vu près de 200 dossiers et, après une première évaluation, on est en discussion avec une dizaine de start-up. L'idée est de commencer à faire nos premiers investissements fin de l'année." Ces investissements se feront dans des start-up "early stage", c'est-à-dire de jeunes pousses qui ont déjà un business model et des premiers clients. Le "ticket" moyen sera de l'ordre de 1 million d'euros pour des start-up valorisées à environ 5 millions. "Nous pourrons monter jusqu'à un total de 5 millions par start-up", précise encore Nicolas Priem, qui reste discret, à ce stade, sur l'identité des premières start-up dans lesquelles Tioga Capital pourrait investir.
