Olivier Dimidschstein, celui qui ne se lasse pas de marbres : "On parle d'une matière naturelle, certes chère, mais d'une longévité exceptionnelle"
- Publié le 03-07-2020 à 11h23
- Mis à jour le 03-07-2020 à 11h24

Libre Immo | La personnalité Cela pourrait être la définition du Liégeois Olivier Dimidschstein, à la tête d'une équipe de six personnes spécialisées dans la découpe et le placement du marbre, dont les activités s'étendent sur trois continents.
C'est dans le pied-à-terre qu'il occupe dans le splendide hôtel Warzée, de style néoclassique, édifié vers 1780 et rénové par l'architecte Pascal Dumont (p. HD), qu'Olivier Dimidschstein nous reçoit avant une balade qui nous emmènera en divers lieux de Liège (Bar à Lunettes by Thibaut ou restaurant Riva) portant la patte de ce marbrier, porteur d'un savoir-faire précieux. "En Belgique, il existe des formations à la taille de pierre mais pas à proprement parler à la marbrerie. J'ai aussi fait une spécialisation en technique et génie civil. À l'époque, se posait un problème pour la restauration du Concert Noble, à Bruxelles. On a fait appel à moi pour la façade et l'intérieur. Marbre blanc, marbre vert de Domodossola et gris quartzite rendaient la masse de pierres monstrueuse et il fallait faire des calculs d'ancrage, de contreventement… : ma spécialité."
Il enchaînera d'autres chantiers complexes : Bourse du Diamant à Anvers, loge royale et grand vestibule de la Monnaie, Smap à Liège. "La marbrerie, je l'ai apprise sur le tas. Contrairement au béton ou à un produit fabriqué, les caractéristiques mécaniques de chaque marbre diffèrent. Et les caractéristiques techniques aussi : fissurées, gélives…"
Très vite, il prend goût au marbre. "J'ai beaucoup voyagé pour me familiariser avec les spécificités de chacun. Pour parler du plus connu, le marbre blanc de Carrare, il en existe une infinité, selon les points d'extraction, eux-mêmes en mutation constante. On sait que la carrière est exploitée depuis 2500 ans et semble inépuisable. Par extension, on appelle marbre toute pierre calcaire susceptible d'être polie. Si ce n'est pas le cas, on parle de pierres (pierre de France par exemple). Puis vous avez les roches éruptives (les granits) et les pierres siliceuses, les grès, beaucoup plus durs à exploiter."
Dans la foulée, il est sollicité à l'étranger, à New York notamment ou encore au Cameroun où, avec Pascal Dumont, ils sont appelés à restaurer le palais présidentiel de Yaoundé.
Ce qui l'amène à se montrer sévère envers certaines restaurations. "Il peut y avoir un côté fumisterie. Qu'on cherche à restaurer en gardant le maximum de choses possible, très bien. Mais quand un bois est pourri, il est remplacé et la pièce, refaite en se rapprochant du travail initial. Restaurer un tableau en cherchant les mêmes pigments, très bien. Pour le marbre, je rigole quand des ayatollahs veulent scier le marbre d'origine en deux plaques plus fines. Or, si on prend un bloc de la même carrière que celui d'origine aujourd'hui, ce marbre est plus ancien puisque extrait plus profondément. On parle d'une matière naturelle, certes chère, mais d'une longévité exceptionnelle. Malheureusement aussi, le savoir-faire se perd ; l'aspect sacerdotal de ce métier rebute les jeunes ouvriers capables de tailler le marbre. De plus, les techniques artisanales sont sacrifiées sur l'autel de la rapidité ; on singe, mais sans âme."
Des marbres d'ici et d'ailleurs
Les techniques d'extraction ont évolué, ce qui permet d'exploiter des marbres inconnus, ou presque, jusque-là. "J'ai le souvenir de la restauration d'une maison patricienne, à Uccle. Il y avait dans le hall un 'arboretum', patchwork de marbres, rares à l'époque de leur placement : marbres du Pakistan, d'Inde ou d'Amérique du Sud, désormais beaucoup plus communs. Le marbre, formé pendant des millions d'années, est une matière inépuisable."
La journée s'achèvera à La Bruyère, chez Cromarbro, grossiste chez qui Olivier se fournit. "J'y trouve une infinité de marbres ; un entrepôt quasi unique en Belgique", situé non loin des carrières de marbre noir de Mazy et de Golzinne. "Mais notre pays a compté d'autres carrières importantes, comme à Vodelée, réputée pour le marbre rose. Et puis, toujours exploités, il y a la pierre bleue et le porphyre ainsi que le calcaire de Vinalmont, le Rouge royal à Haulmont, le Rouge Griotte à Sprimont ou le Rouge belge à Rance."
