Les voitures électriques vont-elles enfin être intéressantes pour les particuliers ?
Des offres bien plus abordables arrivent en 2024 et 2025. De quoi convaincre les nombreux réticents ?

- Publié le 12-01-2024 à 09h16
- Mis à jour le 12-01-2024 à 10h49

Libre Eco | Le dossier
Les dernières statistiques de Mobia sont sans appel : les particuliers restent frileux à l'égard des véhicules 100 % électriques, qui sont plus que jamais le terrain de chasse privilégié des voitures de société.
Mobia, qui regroupe les trois fédérations (Traxio, Febiac et Renta) de mobilité, table d'ailleurs sur une proportion de 60 % de voitures électriques immatriculées cette année dans le segment professionnel. Or, il représente un peu plus de deux-tiers de l'ensemble du marché.
Il n'y a pas de secret : l'engouement des entreprises pour les voitures électriques s'explique avant tout par un changement de fiscalité qui favorise la déductibilité des véhicules sans émission de CO2.
Les particuliers, quant à eux, ne bénéficient pas du moindre coup de pouce fédéral à l'achat d'un véhicule électrique, comme tel a été le cas dans plusieurs pays européens et l'est toujours en France.
Cela explique la faiblesse récurrente des achats de voitures électriques neuves par les ménages. Elles ont à peine représenté 5,3 % du total des immatriculations particuliers. Aucune voiture électrique ne figure d'ailleurs dans le Top 10 des voitures immatriculées en 2023 par les particuliers.
Lorsqu'ils achètent une voiture électrique, c'est le plus souvent une Tesla ou dans une moindre mesure une Audi, Volvo ou BMW, qui ne sont pas à la portée de toutes les bourses. Comme quoi, la démocratisation de la voiture électrique est encore bien loin d'être acquise.
Comme c'est le cas depuis plusieurs années, ces mêmes particuliers privilégient les hybrides auto-rechargeables lorsqu'ils s'aventurent dans l'électrification. Ils ont été 14,1 % à se tourner vers ce modèle, soit presque autant que les chiffres cumulés des électriques, hybrides rechargeables et diesel (16,9 %).
Toyota place trois modèles (Yaris, Corolla, CH-R) dans le Top 5, en compagnie de Renault (3e avec l'Austral) et de Nissan (5e avec le Qashqai), dans ce segment largement dominé par les particuliers pour une bonne et simple raison : leur recharge s'effectue via la décélération et le freinage et n'a pas besoin d'un accès à une borne. Toyota revient d'ailleurs en force avec son offre "hybride au prix de l'essence" en ce mois de janvier.

Le grand écart
Less choses vont-elles finir par changer en 2024 ? Les principales raisons pour lesquelles les particuliers n'ont pas encore opté pour un véhicule électrique sont le prix (56 %) et les limites du 100 % électrique (59 %), à savoir le temps de recharge et l'autonomie, selon une enquête Ipsos réalisée pour le constructeur japonais.
Le prix, donc. La voiture électrique la plus vendue est la Tesla Model Y (11 489 immatriculations en 2023), dont les prix vont de 47 970 à 60 970 euros, selon les versions. La voiture la plus vendue auprès des particuliers, la Dacia Sandero (9 355 immatriculations), débute à 11 990 euros.
Ce grand écart s'explique avant tout par le fait que les voitures électriques ont été portées par des constructeurs premium (Tesla, BMW, Audi, Porsche, Volvo, Mercedes) dont les prix sont forcément bien plus élevés que les marques plus grand public. Le coût des batteries pèse de l'ordre de 30 à 40 %, estime-t-on, dans le prix final. Ceci explique cela.
L'année 2024 va toutefois marquer un tournant avec l'arrivée d'une vague de voitures électriques abordables pour plus de particuliers : ce sera la Citroën e-C3 (à partir de 23 300 euros) la Renault 5 (à 25 000 euros) ou encore la Fiat Panda (autour de 25 000 euros). Des VW, Cupra et autre Skoda suivront ensuite, alors même que Citroën et Renault prévoient de commercialiser des voitures électriques à moins de 20 000 euros.
Mais il n'y a pas de secret : le prix abordable ira de pair avec une autonomie limitée. La e-C3 aura 320 kilomètres d'autonomie et la version low cost à 19 900 euros 200 kilomètres d'autonomie.
La prime de 5 000 euros du gouvernement flamand à l'achat d'une voiture électrique neuve de moins de 40 000 euros va doper les ventes. Plusieurs constructeurs ont du coup baissé leur prix pour passer sous la barre des 40 000 euros, toutes régions confondues. C'est le cas de… Tesla, qui propose une poignée de Model Y préconfigurés à 39 990 euros. La Hyundai Kona est actuellement à 39 224 euros. Le Škoda Enyaq 60 Go est désormais affiché à 39 990 euros alors que le prix de base de l'ID.3 et le prix net de l'ID.4 passent sous le seuil de 40 000 chez Volkswagen. De quoi se rapprocher des 32 285 euros de la MG4.
Patience…
MG est le premier constructeur chinois sur le marché belge (4 990 immatriculations, toutes motorisations confondues), loin devant BYD (559 immatriculations) dont la progression pour cette marque 100 % électrique est spectaculaire (+ 1 263 %) sur un an. Il faudra compter avec BYD, qui propose déjà le modèle Dolphin à partir de 29 990 euros et devrait commercialiser dans les mois à venir la Seagull, autour des 20 000 euros, soit le prix de la Dacia Spring (à partir de 20 990 euros).
De quoi, avec cette offre globale plus abordable, convaincre les réticents ? La résistance, en tout cas, est forte. "Si 37 % des Belges souhaitent passer à une voiture électrique d'ici 2029, ils sont 42 % à déclarer ne jamais vouloir faire ce choix", relève une enquête menée pour BNP Paribas Fortis. "Une opposition qui semble croître puisque l'an dernier, ils n'étaient que 35 % à manifester ce rejet. Un pourcentage à la hausse qui peut s'expliquer par le fait que la plupart des early adopters ont déjà fait le choix d'un véhicule électrique, alors que la plus grande partie des Belges doit encore être convaincue."
Surtout, deux Belges sur trois (64 %) estiment même que le véhicule électrique n'est pas la solution d'avenir pour remplacer la voiture thermique, selon cette enquête menée par Profacts, alors que seules les voitures sans émission pourront encore être vendues à partir de 2035 dans l'Union européenne.
D'ici-là, les autonomies auront bondi et les prix auront chuté. Renault anticipe une parité des prix entre les motorisations électriques et thermiques pour ses modèles Megan et Scénic à l'horizon 2026/2027.
Si vous n'êtes pas trop pressé, la patience sera payante : Goldman Sachs prévoit une baisse annuelle du prix des batteries de 11 % d'ici 2030. Et comme c'est la batterie qui fait le prix de la voiture électrique…
-> Lire aussi: Une batterie pour les voitures électriques capable de tenir 500 000 km ?
Des primes… en Flandre
Pour encourager principalement les particuliers à opter pour un véhicule moins polluant, le gouvernement flamand proposera, dès février, une prime (fixe) à l'achat d'une voiture électrique, qui sera dégressive avec le temps : 5 000 € pour une voiture immatriculée en 2024, 4 000 € en 2025 et 3 000 € en 2026. Des primes, moins élevées, sont prévues pour l'achat de voitures d'occasion électriques. Des conditions sont cependant prévues : ne pas avoir de voiture de société ; acheter un modèle neuf de moins de 40 000 euros (TVA comprise) ou de moins de 60 000 euros pour les voitures d'occasion ; ne pas revendre ce véhicule pendant 3 ans… Le budget alloué par la Flandre à cette mesure est de 20 millions d'euros (soit 4 000 voitures neuves).5 000 euros.
Du côté francophone
Un tel système n'existe pas et n'est envisagé ni en Wallonie ni à Bruxelles. Dans ces Régions, on mise sur la baisse attendue des prix d'achat et d'autres mesures dont la réduction de la taxe wallonne de mise en circulation, pour encourager les particuliers à passer à l'électrique.