"Le particulier n'a aujourd'hui pas vraiment d'avantages à se tourner vers la voiture électrique"
Olivier Sermeus, CEO d'Astara Western Europe (Hyundai, MG, Suzuki,…), estime que l'autonomie est devenue un faux problème.

- Publié le 12-12-2025 à 18h53
- Mis à jour le 15-12-2025 à 12h09

Les temps sont difficiles sur le marché belge, avec des immatriculations de véhicules neufs en baisse de 9,2 % sur les onze premiers mois de l'année par rapport à la même période de 2024. C'est même un déficit de 11,8 % sur le mois de novembre. Les acheteurs potentiels sont dans l'expectative.
"Je ne me souviens pas d'une chute aussi importante du marché", remarque Olivier Sermeus, CEO d'Astara Western Europe (Hyundai, Suzuki, KGM, MG, Maxus et Isuzu), lors de la présentation des résultats 2025. "Cela va dans tous les sens depuis plusieurs mois. Et quand cela va dans tous les sens et que les gens n'ont pas de vue claire, ils attendent. Ce n'est jamais bon".
Tout le monde devrait être fixé en début de semaine prochaine, quand la Commission européenne amendera son projet du tout électrique pour la commercialisation de voitures neuves à partir de 2035.
En cause, un marché des voitures électriques sur lequel les constructeurs chinois ont une longueur d'avance sur leurs concurrents européens. Il s'agit, martèlent ces derniers, d'une question de survie pour tout un secteur qui est l'un des piliers de l'économie européenne.
Frein mental
De quoi, sans doute, soulager les particuliers qui restent bien réticents face à l'offre 100 % électrique. "C'est vraiment un frein mental car ce n'est plus une question de prix aujourd'hui. Il y a des modèles à des prix mêmes inférieurs à 25 000 euros, avec des autonomies pouvant aller vers les 350 ou 400 kilomètres. Tout cela est une question de mentalité, les gens ne font quand même pas 400 kilomètres par jour. Ce type de voitures s'adresse à un public qui fait 30, 40, 50 kilomètres par jour. C'est alors une recharge par semaine. Il faut toutefois reconnaître que le particulier n'a aujourd'hui pas vraiment d'avantages à se tourner vers l'électrique. Il ne bénéficie d'aucun incentive alors que les sociétés bénéficient d'une déductibilité fiscale à 100 %". Il plaide aussi pour plus de transparence pour le prix aux bornes de recharge.

Les choses évoluent toutefois lentement mais sûrement vers l'acceptation d'une certaine forme d'électrification. "Aujourd'hui, ce qui se vend peut-être le mieux aux particuliers, c'est de l'hybride. Ils ont compris que ce n'est pas bon de continuer avec les modèles à combustion classique. Il fait donc un effort en se tournant vers l'hybride. C'est un pas dans la bonne direction. Il y a 2-3 ans, le particulier n'en achetait pas".
En belle progression
Dans ce contexte difficile, Astara a en tout cas tiré son épingle du jeu, avec une part de marché en hausse de 0,5 % à 5,64 %. L'objectif est d'atteindre les 7 %. "Nous avons un portefeuille bien conçu pour répondre aux attentes des particuliers et des flottes. Par ailleurs, quand je prends par exemple Hyundai et MG, nous offrons de bonnes solutions à de bons prix dans le milieu de gamme".
La marque Hyundai représente à elle seule plus de la moitié des immatriculations du distributeur Astara (+ 6 % pour une part de marché de 3,18 %). Le modèle Inster a fini par gagner ses galons auprès des particuliers après avoir souffert dans un premier temps de l'attractivité de la Renault 5 électrique.


"Cette voiture électrique est une citadine et se positionne dans un segment où il n'y a pas trop de concurrence", explique Jan Vanhaver, Country Manager. Une série spéciale Pixel sera proposée à l'occasion du salon, proposant une autonomie de 370 kilomètres pour des prix de 24 849 et 27 699 euros selon le modèle. Le Tucson est, par ailleurs, le modèle hybride le plus vendu de sa catégorie.
Les visiteurs du salon pourront également découvrir la Nexo de 2e génération (826 kilomètres d'autonomie au lieu de 666). Hyundai ne s'attend pas à des ventes mirobolantes pour ce véhicule roulant à l'hydrogène. "C'est pour l'image et cela montre que Hyundai n'a pas abandonné cette technologie", remarque Olivier Sermeus.
MG progresse de 13,6 % pour une part de marché de 1,21 %. La marque d'origine anglaise fabriquée en Chine n'a pas souffert de la surtaxe imposée par l'Europe aux véhicules électriques fabriqués dans l'empire du Milieu. "Nos prix n'ont pas augmenté car c'est le constructeur qui prend en charge cette surtaxe et non les clients", remarque Bart Hendrickx, porte-parole.

L'hybride plutôt que l'essence
Les ventes de voitures électriques représentent 30 % du total chez MG, où l'hybride gagne du terrain. "Le particulier commence à s'adapter à l'offre électrique". Exemple avec la MG3, proposée en version essence et hybride. "Cela nous a étonnés, mais nos clients ont préféré mettre quelques milliers d'euros de plus pour acheter le modèle hybride".

Suzuki, par contre, n'a pas été à la fête (-19,7 % à 1,01 % de part de marché) en raison de la fin de la commercialisation de plusieurs modèles. Les ventes devraient reprendre de la vigueur avec l'arrivée du premier véhicule électrique de la gamme, l'e Vitara qui bénéficie de 10 ans de garantie, contre 7 habituellement.

KGM, enfin, est en phase de transition. "Nous avons changé de nom et de logo", rappelle Dieter Hannes, Country Manager, KGM ayant effacé SsangYong. La grande nouveauté, c'est l'arrivée de l'Actyon hybrid, qui étoffe une gamme très diversifiée, dont les modèles essence Tivoli et Korando.