Est-ce possible d'investir de façon durable dans des sociétés productrices de minerais stratégiques?
Si le secteur est… stratégique, y investir est un vrai défi environnemental et social. Analyse.
- Publié le 17-03-2025 à 09h07

La transition vers une société bas carbone requiert des investissements en infrastructures mais aussi, par exemple, dans l'électrification verte, les voitures électriques ou les centres de données (data centers).
"Cette évolution exige l'utilisation de matériaux et minerais tels que le cuivre, le cobalt, le lithium ou l'aluminium. Ces minerais ne se trouvent pas en abondance et leur exploitation est relativement concentrée d'un point de vue géographique en Amérique Latine, en Afrique et en Australie", pointe Daniel Wild, Chief Sustainability Officer à la Banque J.Safra Sarasin.
Il existe une opportunité certaine d'investir dans ces minerais et matériaux stratégiques car la demande est importante face à une offre parfois incertaine.
Il existe une opportunité certaine d'investir dans ces minerais et matériaux stratégiques car la demande est importante face à une offre parfois incertaine. Si l'on se place d'un point de vue de durabilité, ce type d'investissement est un véritable défi. "En effet, ces défis sont d'abord environnementaux avec une pollution des sols et un traitement des eaux qui doivent être gérés. Ensuite, d'un point de vue social, il convient de veiller à ce que les populations soient respectées en matière de droit du travail et de protection face à la dangerosité des tâches", ajoute Daniel Wild.
Le dilemme classique
Les investisseurs se trouvent alors face au dilemme classique : on a besoin de ces matériaux stratégiques mais ils ne remplissent pas un ensemble de critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) et devraient dès lors être exclus de ce type de portefeuilles. Il est cependant possible de mettre en place une stratégie qui permette de concilier ces deux aspects.
A la Banque J. Safra Sarasin, ce type de fonds, tout en répondant à l'article 8 du règlement SFDR (Sustainable Finance Disclosure Regulation), s'appuie sur trois piliers.
Le premier pilier consiste à sélectionner les sociétés qui ont les meilleures pratiques par rapport à leurs pairs notamment en matière de pollution et de droits humains. "Ensuite, nous nous attachons à couvrir toute la chaîne de valeur en regardant des critères comme le traitement des eaux, la sécurité des travailleurs ou le recyclage, relève le gestionnaire. Comme troisième pilier, nous développons la notion de stewardship dans les sociétés dans lesquelles nous investissons ou comptons investir."
Le "stewardship"
Le stewardship consiste à accompagner les entreprises en dialoguant avec le management, le département chargé de la durabilité et, parfois, le conseil d'administration sur la manière d'améliorer les critères environnementaux et sociaux de l'entreprise. Cette approche permet alors d'aborder ces secteurs sensibles de façon plus durable.
Bien sûr, cette approche concerne essentiellement les grandes compagnies qui sont cotées en bourse. Le gestionnaire veillera cependant à ce que les sous-traitants locaux qui travaillent souvent de façon artisanale en fournissant les grandes sociétés soient traités de façon correcte dans le respect des droits humains en contrôlant notamment que l'entreprise n'utilise pas le travail des enfants.
Nous estimons qu'il s'agit d'un secteur dans lequel il faut entrer et dont il ne faudrait pas sortir."
Alors, faut-il ou non se positionner sur ce secteur des minerais stratégiques ? "Nous estimons qu'il s'agit d'un secteur dans lequel il faut entrer et dont il ne faudrait pas sortir. Si l'on veut appuyer la transition par les investissements, il faut considérer toute la chaîne de valeur en ce compris le secteur minier. Nous investissons alors dans toute la chaîne et notamment dans les véhicules électriques qui sont les utilisateurs ultimes de ces matériaux rares", conclut Daniel Wild.
Si le secteur de ces matériaux est effectivement stratégique, il convient d'y entrer avec prudence en ayant une bonne visibilité à la fois sur la stratégie du fonds mais aussi en essayant d'avoir une vue sur la composition complète du portefeuille.
