Comment continuer à investir, face aux politiques de Donald Trump ?
Le dossier de La Libre Eco | Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, le monde est sens dessus dessous. Guerre commerciale, pressions, voire menaces, basculement des alliances, volonté d'expansionnisme… Les bouleversements géopolitiques en cours sont majeurs. Avec quelles conséquences sur vos placements ? Tentatives de réponse.
- Publié le 07-03-2025 à 15h09
- Mis à jour le 07-03-2025 à 15h45

Point de bascule, voire de rupture, grand basculement, nouvelle ère… Depuis quelques semaines, les observateurs rivalisent de formules chocs pour décrire les conséquences de la politique "disruptive" menée par Donald Trump depuis son retour dans le bureau ovale. Mais les grands bouleversements géopolitiques, les velléités et effets de manche de certains chefs d'État ont-ils une réelle influence sur les marchés financiers et l'économie ? Au-delà des faits isolés, il convient de regarder plutôt les grandes tendances structurelles dans lesquelles s'inscrivent ces événements et ce qu'ils engendrent alors comme conséquences sur l'économie. La Libre fait le point avec plusieurs économistes sur cette question.
1. Quels sont les principaux facteurs qui, généralement, influencent les placements ?
La valeur actuelle des actifs, actions ou obligations, varie en fonction de l'actualisation des flux futurs. Mais qu'entend-on exactement par flux futurs ? "Il y a deux facteurs essentiels à prendre en considération, entame Philippe Ledent, économiste à la Banque ING (Belgique). D'une part, les taux d'intérêt et, d'autre part, l'évolution future de l'économie qui, elle-même, va influencer l'évolution future de l'entreprise." Cependant, certaines entreprises sont moins dépendantes de l'évolution de l'économie. Ce sont les valeurs défensives comme les actions pharmaceutiques. En revanche, les valeurs cycliques, comme le secteur automobile, sont plus sensibles aux aléas et variations économiques. "En ce qui concerne les valeurs de croissance, il faut aussi analyser la capacité de l'entreprise à s'imposer dans l'économie du futur. Il faut comprendre que l'entreprise subit l'économie mais elle est aussi l'économie", relève Philippe Ledent.
2. Quelle est l'influence des facteurs géopolitiques sur l'économie et les placements ?
Selon cet économiste, l'évolution de la géopolitique peut exercer une pression sur l'économie de deux manières. La première est l'impact sur la confiance à la fois des ménages et des entreprises. "Une géopolitique fragile comme nous la connaissons aujourd'hui en Europe constitue un choc négatif sur la confiance. Cela a alors des répercussions sur la consommation des ménages mais aussi sur les investissements des entreprises", constate Philippe Ledent. En marge de la confiance, il y a l'impact direct que la géopolitique peut avoir sur l'économie. Par exemple, les sanctions commerciales peuvent impacter certains secteurs de façon négative. "Mais, dans toute situation, il y a des gagnants et des perdants. Tout le monde ne perd pas dans un environnement tendu. Même si l'impact global sur l'économie est négatif, certaines entreprises peuvent tirer profit d'une situation géopolitique. Il faut donc savoir repérer qui seront les gagnants et les perdants dans un tel scénario."
À noter encore qu'une situation qui paraît positive ou neutre peut se retourner contre certains pans de l'économie. Les barrières douanières que les États-Unis imposent à la Chine vont sans doute amener ce pays à davantage exporter vers l'Europe, engendrant alors une plus forte pression concurrentielle sur les sociétés actives sur le marché européen.
3. Comment ces facteurs ont-ils influencé les marchés dans le passé ?
"Il est très difficile d'établir une relation claire de cause à effet entre un événement dans la sphère politique et l'évolution d'une économie et de dissocier l'effet d'un seul facteur. En général, cet événement est lui-même intégré dans un contexte déjà existant", reconnaît Philippe Ledent.
La guerre en Ukraine a provoqué une envolée des prix des matières premières et a déclenché une hausse de l'inflation. Mais ce choc est arrivé dans une économie déjà fragilisée par la crise du Covid. On ne peut pas minimiser les effets de cette invasion russe mais il est difficile d'isoler son effet sur l'économie dans un contexte où une combinaison de facteurs est en jeu. Cependant, on constate que, depuis les années 2010, la mondialisation qui était communément admise par les marchés a commencé à s'essouffler. "Plusieurs chocs, comme le Brexit ou la guerre commerciale avec la Chine sous le premier mandat de Trump, ont entamé une fissure dans la mondialisation des échanges commerciaux. Aujourd'hui, Donald Trump joue le rôle d'accélérateur de ce mouvement. Il ne casse pas une dynamique dans les échanges commerciaux mondiaux, il accélère la dynamique qui était déjà enclenchée. Il nous faut donc réaliser que nous sommes face à un mouvement structurel dans l'économie mondiale qui est bien plus important que la somme des petits chocs que nous avons connus", ajoute Philippe Ledent.
4. Aujourd'hui, à quoi faut-il être attentifs au niveau géopolitique ?
En admettant que Donald Trump est un accélérateur de tendances préexistantes, on peut considérer quatre niveaux de risque importants. Le premier est bien sûr l'Ukraine avec la politique étrangère des États-Unis qui semble mettre chacun face à ses responsabilités. L'attitude de cet allié fragilise les frontières de l'est de l'Europe et il faudra surveiller les velléités de Vladimir Poutine. "Le deuxième niveau concerne les ambitions de Donald Trump sur le Groenland ou le canal de Panama. S'agit-il d'un coup de bluff ou d'un élément majeur ? De la même façon, le troisième niveau concerne les velléités de Xi Jinping sur Taïwan. Enfin, la situation au Moyen-Orient ne peut être négligée", estime Philippe Ledent.
En considérant ces quatre niveaux de risque, le constat s'impose avec encore plus d'acuité : le monde continue d'avancer vers moins de mondialisation et davantage d'alliances bilatérales. C'est une situation qui n'était pas envisagée il y a 25 ans. L'économie s'est fondée depuis des décennies sur la mondialisation et, tel un lourd paquebot, elle ne peut pas changer de cap en 2 ans. L'industrie est fortement exposée à ce changement et il faudra savoir discerner les perdants et les gagnants.
