"Une arme très puissante" : Canada et Chine ripostent face aux taxes douanières de Donald Trump
Ce mardi 4 mars, une guerre commerciale est amorcée par les États-Unis. Tandis que le Canada, la Chine et le Mexique répliquent face aux taxes douanières américaines.

- Publié le 04-03-2025 à 15h13
- Mis à jour le 04-03-2025 à 16h19

Les taxes douanières promises par Donald Trump à la Chine, au Canada et au Mexique sont entrées en vigueur ce mardi 4 mars. "Rien ne justifie ces mesures", se révolte le premier ministre canadien Justin Trudeau, qui a dès lors mis en place des taxes de 25 % sur "155 milliards de dollars canadiens (soit 102,19 milliards d'euros) de marchandises américaines". Des contre-mesures qui demeureront en place jusqu'à ce que "les États-Unis éliminent leurs taxes contre le Canada", affirme Ottawa.
Côté chinois, même chanson. Pékin a annoncé des droits de douane de 15 % sur une série de produits agricoles en provenance des États-Unis, tout en déplorant une décision "unilatérale" de Washington. "Si Washington persiste à mener une guerre commerciale, la Chine sera prête à l'accompagner jusqu'au bout", a renchéri le ministère des Affaires étrangères chinois.
"Le tout est d'essayer de riposter sur ce qui fait le moins de mal aux consommateurs."
Lutter contre le fentanyl, vraiment ?
Depuis son investiture, Donald Trump l'affirme : les droits de douane sont ses "mots favoris", "une arme très puissante". Et cette arme, le président veut s'en servir. Officiellement pour sanctionner ses voisins mexicains et canadiens, mais aussi la Chine, qu'il accuse de ne pas lutter suffisamment contre le trafic du fentanyl, puissant opioïde responsable de la mort de dizaines de milliers de personnes aux États-Unis. Ce mardi 4 mars, la Maison-Blanche a donc imposé 25 % de droits de douane sur l'ensemble des produits canadiens et mexicains, pourtant théoriquement protégés par un accord de libre-échange signé durant le premier mandat du président républicain.
"Tous les accords internationaux interdisent en principe ces augmentations de droits de douane. Sauf en cas d'extrême d'urgence. La situation du fentanyl sert donc d'argument pour Donald Trump, qui contourne les règles en pointant un problème de sécurité nationale", explique Eric Dor, professeur à l'IESEG School of Management (Paris et Lille). La Chine s'est plaint de cette situation. Mais elle se voit tout de même imposer 10 % de droits de douane supplémentaires (ajoutés aux 10 % déjà en application depuis février) sur ses exportations vers l'Amérique. "Cette façon de faire peut être contestée en justice, mais ça prend du temps. Pendant ce temps, Trump agit comme il l'entend", ajoute Eric Dor.

Les motivations de Donald Trump sont donc plus profondes qu'une lutte douanière contre le fentanyl. "Les États-Unis se désindustrialisent depuis plusieurs années. Donald Trump veut lutter contre cela. L'arme des droits de douane lui permet de rendre chers les biens étrangers pour les Américains afin qu'ils se rabattent sur les biens produits localement et d'inciter les entreprises à reconstruire des usines sur le sol américain", complète Eric Dor. Une lutte protectionniste, en somme, qui donne lieu à une guerre commerciale.
La guerre commerciale est bel et bien lancée
Pour Eric Dor, il n'est pas étonnant que Donald Trump vise le Canada, le Mexique et la Chine. Ils sont les trois principaux partenaires commerciaux des États-Unis, représentant plus de 40 % des imports et exports américains l'an dernier. "Le rapport de force est en faveur de Donald Trump, et il peut tenter d'influencer les politiques de ces pays avec ses menaces douanières", ajoute-t-il. "Il faudra juste voir si on assistera à un effet domino. Si d'autres pays vont commencer à batailler en généralisant ce protectionnisme". Mais "on n'en est pas là", estime encore le professeur.
Depuis l'annonce du président Donald Trump, Pékin et Ottawa ont décidé de riposter. Tandis que le Mexique annonce "un plan A, un plan B, un plan C et un plan D" contre ces nouvelles taxes, sans donner plus de précisions. Le Canada impose ainsi 25 % de taxe douanière aux importations américaines. "Le Canada a publié deux listes de produits concernés. La première comprend 30 milliards de dollars canadiens de produits importés : fruits, boissons alcoolisées, légumes, vêtements etc. Et la seconde entrera en vigueur d'ici 21 jours si la situation reste identique. Elle portera sur 125 milliards de dollars canadiens. Les automobiles seront, par exemple, concernées", ajoute Eric Dor, pour qui la posture canadienne reste sujette à débat. "Riposter leur permet de montrer leur désaccord à Donald Trump. Le tout est d'essayer de riposter sur ce qui fait le moins de mal aux consommateurs, là où le Canada peut trouver des biens de remplacement facilement."
La Chine, pour sa part, mise sur des taxes de 10 et 15 % sur une série de produits agricoles américains, comme le poulet, le blé, le maïs, le coton, le soja, le porc ou encore les fruits. Les nouvelles taxes chinoises ne concernent ainsi que 14 % de l'ensemble des produits américains importés en Chine, selon Pinpoint Asset Management. La Chine semble donc rester prudente, évitant de provoquer une escalade. En Europe, on attend toujours l'annonce officielle de taxes douanières concernant le Vieux Continent. Pour l'instant, la seule victime reste les marchés boursiers, en recul depuis ce mardi.