"Il est difficile de concilier des ambitions de super intelligence avec les déclarations extravagantes de leurs dirigeants"
Les règles ont changé depuis l'été 2026 : il faut désormais être plus diversifié sectoriellement, estime Brice Prunas, du gestionnaire franco-allemand ODDO BHF Asset Management.
- Publié le 26-10-2026 à 10h17
- Mis à jour le 26-10-2026 à 10h37

Brice Prunas est à la tête d'un fonds spécialisé dans l'intelligence artificielle (IA) chez le gestionnaire franco-allemand ODDO BHF Asset Management depuis décembre 2018, avec des encours sous gestion qui dépassent désormais un milliard d'euros. En partie grâce à une performance annualisée qui a dépassé en moyenne 10 % par an durant les cinq dernières années.
De cette position, il a assisté à l'émergence de cette thématique qui a poussé la croissance des marchés boursiers et il reste foncièrement enthousiaste quant aux perspectives de ces nouvelles technologies pour les prochaines années.
"Les progrès réalisés durant les cinq prochaines années équivaudront à un siècle d'évolutions. technologiques."
"Investir dans l'IA revient aujourd'hui à s'exposer à un découplage inédit entre la création de richesse et le volume de force de travail, relève-t-il. Les avancées mathématiques récentes ouvrent la voie à des découvertes majeures dans la recherche médicale ou scientifique. Les progrès réalisés durant les cinq prochaines années équivaudront à un siècle d'évolutions technologiques."
Mono ou duopole
Suivant la stratégie que Brice Prunas met en oeuvre, le fonds n'investit toutefois pas uniquement dans les groupes technologiques, l'objectif étant de pouvoir être exposé aux entreprises traditionnelles qui vont utiliser l'IA pour augmenter leur productivité et leurs résultats financiers. "Ceci permet à notre stratégie d'avoir un comportement différent des autres fonds IA, avec une meilleure capacité de résistance lors des phases de correction, à l'image de l'année 2022", souligne-t-il.
Les cinq principales lignes du fonds sont toutefois occupées par cinq des Magnificent Seven : Nvidia, Microsoft, Alphabet, Amazon et Meta.
"De même, nous avons eu tendance à renforcer notre exposition vers les acteurs asiatiques et émergents au détriment des acteurs américains."
La sélection de titres vise des entreprises bien établies, avec des marges brutes élevées grâce à une situation de monopole ou de duopole et des équipes de direction de qualité. "En outre, nous répondons aux exigences de l'article 9 de la législation SFDR (Règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers, NdlR); ce qui nous oblige à avoir des règles strictes en matière d'émission de CO2."
Champions sectoriels
Depuis l'été 2026, Brice Prunas estime que les règles ont changé et qu'il faut désormais être plus diversifié sectoriellement, notamment vers les entreprises utilisatrices d'IA, et moins exposé sur les producteurs d'infrastructures. "De même, nous avons eu tendance à renforcer notre exposition aux acteurs asiatiques et émergents (qui représentent désormais 15 % du portefeuille) au détriment des acteurs américains."
S'il investit 85 % de son portefeuille dans une quarantaine de "champions sectoriels", le reste du portefeuille est constitué de petits acteurs innovants dans des domaines de pointe (santé numérique, fibre optique, blockchain, etc.) susceptibles de dégager une performance supérieure durant les prochaines années.
Cinq grands axes
Au niveau sectoriel, il pointe cinq grands axes qu'il utilise pour s'exposer à l'IA.
Premièrement, les infrastructures électriques qui permettent de faire face aux besoins exponentiellement croissants en énergie des centres de données.
Deuxièmement, les producteurs de semi-conducteurs, qui représentent encore 30 % de l'allocation sectorielle (TSMC, ASML, Broadcom, NVidia).
Troisièmement, les géants du cloud (Microsoft, Amazon) qui disposent déjà de modèles économiques rentables et qui peuvent investir massivement sans mettre à mal leur rentabilité.
Quatrièmement, les producteurs de logiciels qui ont une position de marché forte remportent également ses suffrages. "Il faut toutefois ici faire attention aux acteurs d'applications génériques qui risquent d'être fortement concurrencés par des acteurs soutenus par l'IA." Dans ce domaine, il apprécie, par exemple, une société comme Palantir, spécialisée dans l'intégration et l'interprétation de données pour les gouvernements, les forces armées ou les entreprises commerciales. "Nous apprécions également ServiceNow sur lequel nous avons renforcé notre position dans le courant 2026."
"Il est difficile de concilier des ambitions de super-intelligence avec les déclarations parfois extravagantes de leurs dirigeants."
Cinquièmement, Brice Prunas se montre nettement plus prudent sur les modèles économiques proposés par les créateurs de modèles (Anthropic, OpenIA, etc.). "Même s'il s'agit d'une rupture technologique historique avec des revenus récurrents qui ont atteint des sommets en un temps record, ils sont exposés à une standardisation rapide et à une concurrence forte et féroce avec l'émergence constante de nouveaux modèles concurrents (en Chine, en Europe et aux États-Unis)", indique-t-il.
Il pointe également les risques de gouvernance et les risques au passif du bilan en cas de problème majeur de sécurité. "Il est difficile de concilier des ambitions de super intelligence avec les déclarations parfois extravagantes de leurs dirigeants", conclut-il.