Midterms : la menace d'une "élection volée", pire cauchemar des marchés
Si un Congrès divisé ou le débat sur l'IA restent des scénarios intégrés par Wall Street, une contestation des résultats par le camp Trump ferait régner une incertitude redoutée par les investisseurs.

- Publié le 28-10-2026 à 08h08

Dans une semaine, les États-Unis se réveilleront sans doute dans une nouvelle configuration politique. Les élections de mi-mandat (midterms) auront renouvelé le Congrès, complètement pour la Chambre des représentants (435 sièges) et partiellement pour le Sénat (35 sièges sur 100). C'est au Sénat que la bagarre s'annonce la plus serrée, les Démocrates devant reprendre quatre sièges pour y devenir majoritaires.
La plupart des instituts prédisent un renversement de tendance à la Chambre en faveur des Démocrates. Ceci dit, le suspense reste entier, les sondages étant de plus en plus souvent démentis dans les urnes ces derniers temps. Mais sur quoi vont se jouer les élections et quel sera l'impact sur les marchés de ces midterms ? Voici l'avis de deux spécialistes.
"The caddy, stupid"
Voilà qui pourrait paraphraser le slogan qui ressort à chaque élection depuis Bill Clinton : il rappelle les préoccupations prioritaires des électeurs américains : l'économie, l'emploi et le pouvoir d'achat. Cette fois encore, ce slogan sera d'actualité : "Certes, depuis 2020, le patrimoine total des Américains a grimpé de plus de 65 000 milliards de dollars, ce qui est énorme. Mais environ 40 000 milliards sont arrivés dans la poche des 10 % les plus riches. Donc, tout le monde n'en a pas profité. Voilà pourquoi l'inflation, le coût de la vie et le prix des carburants et de leur caddy vont encore déterminer le vote des Américains", estime Wim D'Haese, Head Investment Strategist chez Deutsche Bank Belgique.
L'IA s'invite dans la campagne
Mais un autre élément pourrait peser sur les élections : l'intelligence artificielle (IA). "Les Américains sont très impactés par son développement : certains considèrent que l'IA vole leur job, que les data centers consomment beaucoup d'eau et d'électricité et en rendent le prix plus cher. Et ils se posent aussi des questions sur le caractère durable de ces technologies, souligne Wim D'Haese. Or les investissements dans l'IA sont devenus hyper importants pour l'économie américaine, représentant plus de 5 % du PIB. Donc, il faudra que la tendance se poursuive pour continuer à soutenir la croissance aux États-Unis".
Jérôme van der Bruggen, Chief Investment Officer Private Banking chez Degroof Petercam, considère également que l'IA a pris une place importante dans la campagne : "Or la question de la régulation de ces technologies est au cœur de l'actualité sur les marchés financiers. Et en fonction des résultats des élections, il pourrait y avoir des tentatives de réguler davantage le secteur si les Démocrates sortent gagnants. Non seulement au niveau fédéral mais aussi dans les différents États du pays où la question de l'installation des data centers fait de plus en plus débat".
Les 3 scénarios possibles
Avec un président républicain qui reste en place, il n'y a évidemment que 3 scénarios possibles pour mardi prochain : une victoire totale des Démocrates, un Congrès divisé – sans doute avec une Chambre démocrate et un Sénat républicain – et un maintien d'un Congrès complètement républicain, ce qui est très improbable cependant.
"Pour le moment, il y a un climat d'investissement assez unique et inédit. Et il n'y a pas de raison pour que cela s'arrête brutalement".
Pour Wim D'Haese, le scénario le plus probable est celui d'un Congrès divisé. "C'est une situation qui n'est pas défavorable pour les marchés d'actions : la combinaison d'un président républicain avec un Congrès divisé aboutit, historiquement, à un très beau rendement pour le S&P 500 (les 500 principales valeurs américaines cotées en Bourse, NdlR), de 13,7 % par an en moyenne. Par contre, historiquement, le plus mauvais scénario est celui d'une victoire totale des Démocrates au Congrès".
Ce que confirme Jérôme van der Bruggen : "Pour le marché d'actions une victoire totale des Démocrates aux midterms est le scénario le moins positif".

Un gros coup d'arrêt pour les actions ?
Mais cela veut-il dire, pour autant, que l'ambiance pourrait changer d'un coup sur les marchés américains ? Jérôme van der Bruggen ne le pense pas : "Les fondamentaux des marchés américains restent solides. Pour le moment, il y a un climat d'investissement assez unique et inédit : les entreprises investissent dans leurs opérations parce qu'elles sont en confiance. Cela crée un cycle de croissance des bénéfices dans les secteurs qui profitent de ces investissements. Et il n'y a pas de raison pour que cela s'arrête brutalement".
Le responsable de Deutsche Bank ne croit pas non plus à un changement profond d'ambiance sur les marchés : "Si la victoire des Démocrates est totale, il est possible qu'il y ait une réaction assez négative des marchés à court terme. Mais après deux ou trois mois, les marchés vont à nouveau regarder les fondamentaux".
Après les élections, un secteur continuera en tout cas à attirer tous les regards : la technologie. "Il faudra voir si les Démocrates pourront et voudront œuvrer dans le sens d'une plus grande régulation de l'IA, note Jérôme van der Bruggen. Mais, surtout, une autre question se posera : va-t-on générer suffisamment d'applications pour rendre les investissements dans les infrastructures rentables ? Les signaux plutôt positifs sont là mais il faudra voir quels seront les acteurs les plus solides et qui passeront l'épreuve du temps dans cette vague IA".
"Si l'on atteint un niveau de 7 % voire 8 % pour les obligations américaines, un déclic pourrait se produire au détriment des marchés d'actions."
Pour le reste, les secteurs qui pourraient bénéficier d'une victoire des uns ou des autres ne changent pas vraiment au fil des élections : "Une victoire totale des Démocrates profiterait certainement à des secteurs comme l'énergie renouvelable, la santé, l'électrification, rappelle Wim D'Haese. Et une victoire totale républicaine, improbable, pousserait plutôt le secteur financier, la défense et, évidemment, la technologie".
Et quid des obligations ?
Les taux des obligations aux États-Unis vont-ils continuer à monter après les midterms, après avoir déjà franchi le palier des 5 % récemment – pour les bons du Trésor américain à 10 ans ? "Si les Démocrates gagnent à la Chambre, une certaine discipline budgétaire devrait redevenir d'actualité, contrairement à ce qui se passe depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, imagine Wim D'Haese. Les Démocrates devraient notamment freiner la volonté du président d'augmenter de 50 % – de 1 000 à 1 500 milliards de dollars – le budget de la Défense ainsi que sa volonté de baisser encore les taxes. Malgré cela, les taux devraient toutefois rester à un niveau élevé. Mais tant qu'ils montent doucement et qu'il n'y a pas d'évolution chaotique des taux, cela peut être le signal d'une croissance saine et d'une évolution des actions montant au même rythme".
Ceci dit, on se rapproche malgré tout de seuils qui pourraient provoquer un basculement, selon le responsable de la stratégie chez Deutsche Bank : "Si l'on atteint un niveau de 7 % voire 8 % pour les obligations américaines, un déclic pourrait se produire au détriment des marchés d'actions car il deviendrait bien moins risqué d'investir en obligations qu'en actions. Mais on n'en est pas encore là !".
Le pire ? Des élections "volées"
Difficile, évidemment, de tirer une conclusion définitive sur ce qui se passera après le 4 novembre. Mais les analystes et experts semblent d'accord sur le fait que les élections ne devraient pas constituer un tournant majeur pour les marchés. "En général, avant les midterms, il y a beaucoup d'incertitude et de volatilité. On l'a encore constaté cette fois-ci, certains secteurs ont vu leur progression s'arrêter, voire ont reculé. Mais après les élections, cette incertitude sera levée et la progression des marchés d'actions pourrait reprendre", estime Jérôme van der Bruggen.
Son collègue de la Deutsche Bank signale toutefois un grain de sable qui pourrait vraiment gripper la machine : une contestation des résultats – par le camp Trump. "Si le président américain prétend que les élections ont été "volées", s'il dénonce des fraudes et si la période d'incertitude se prolonge au-delà des midterms, ce sera très mauvais à la fois pour les actions et le marché obligataire, avec un risque d'une hausse supplémentaire des taux. Car les marchés ont ceci de particulier : ils préfèrent encore une mauvaise nouvelle à l'incertitude". Et avec le président américain, ce risque ne doit certainement pas être ignoré.