"Nous sommes alliés, pas alignés"
- Publié le 18-09-2001 à 00h00
N ous sommes alliés, pas alignés." Cette remarque, faite hier à Bruxelles par l'eurodéputé vert Daniel Cohn-Bendit, résume bien la pensée des Européens, au-delà de la solidarité qu'ils entendent exprimer "en paroles comme en actes", selon la formule de son collègue démocrate-chrétien allemand, Elmar Brok. "Si vous êtes liés par un contrat de solidarité, confirme le ministre belge de la Défense, André Flahaut, ce n'est pas pour foutre le camp quand ça va mal!"
Les deux eurodéputés et le ministre participaient, mardi après-midi, à une réunion rassemblant à huis clos - autour de Louis Michel, du Haut représentant de la politique étrangère des Quinze Javier Solana et du commissaire Chris Patten - les parlementaires européens et nationaux spécialistes des Affaires étrangères et de Défense, pour discuter de ce qui occupe le monde depuis une semaine; une initiative du président du Sénat, Armand De Decker, visant, de manière générale, à impliquer les Parlements dans la politique étrangère et de défense européenne.
"Il ressort de la réunion un élément constant", nous a rapporté M. Flahaut, à la sortie de l'hémicycle: "Nous sommes solidaires des Etats-Unis, mais qu'ils nous disent à quoi nous attendre!" Pour M. De Decker, ils saisiront l'opportunité de la visite de MM. Michel, Solana et Patten jeudi à Washington pour informer les Européens de leurs projets. Mais Daniel Cohn-Bendit réclame, lui, plus qu'une information, la "codécision" entre Européens et Américains. "Prenons la tragédie dans ce qu'elle a de purificatrice pour remettre en cause des tas de choses!", s'exclame-t-il.
"L'Union doit commencer par parler d'une seule voix dans le cadre de l'Otan, notamment pour bien faire comprendre les spécificités de la diplomatie européenne", estime M. De Decker. "La vision du monde des Etats-Unis n'est pas en tout point pareille à la vision du monde de l'Europe. Nous avons une volonté absolue de défendre les valeurs communes mais, sur les moyens à mettre en oeuvre et sur les conséquences des opérations, il y aura sans doute matière à discussion."
Cela dit, les Européens n'imaginent pas les Etats-Unis se lancer dans une opération meurtrière de grande envergure. "Aucun Européen n'apprécie la terminologie guerrière utilisée par George W. Bush, déclare M. Flahaut, mais il n'est pas tout seul: autour de lui, certains maintiennent le couvercle sur la marmite." Alors "ne tirons pas des plans sur la comète", réagit l'eurodéputée socialiste française, Catherine Lalumière.
"La seule chose qu'ils (NdlR: les Américains) puissent faire, c'est mener une opération aéroportée, essayer de prendre Ben Laden, estime Daniel Cohn-Bendit. La seule autre stratégie possible, c'est créer les conditions qui permettront de l'intérieur d'en finir avec le régime des Taliban, armer l'alliance du Nord", même si son chef, le commandant Massoud, est décédé. "Après la mort de Jean Moulin, on a continué."
De toute façon, quoi que les Américains décident de faire, conclut Mme Lalumière, "eux, c'est eux et nous, c'est nous". "Nous gardons une capacité de jugement. Nous n'allons pas suivre n'importe quoi, n'importe comment, pour n'importe quelle raison."
© La Libre Belgique 2001
