Rien ne sera plus comme avant

AFP

A 8H48 locales (12H48 GMT) mardi, à New York, à la Maison Blanche et un peu partout aux Etats-Unis, des milliers d'Américains ont observé une minute de silence à la mémoire des victimes de l'attaque contre l'Amérique, dont le nombre dépasse les 5000, la plupart encore portées disparues.

Le 11 septembre, exactement à la même heure, un Boeing 767 détourné par des terroristes heurtait de plein fouet l'une des tours du World Trade Center à New York. Dix-huit minutes plus tard, un second avion de ligne frappait l'autre tour. Puis, les deux gratte-ciel, symbole de la puissance financière américaine, s'effondraient comme des chateaux de cartes, défigurant Manhattan à jamais.

Dans le même temps, à Washington, un avion, également détourné, frappait le Pentagone, l'immense complexe où bat le "coeur" de la défense américaine. Enfin, un avion s'écrasait peu après 14h00 GMT en Pennsylvanie (est), apparemment après que des passagers eurent tenté de maîtriser les pirates de l'air.

Mais même si la vie reprend peu à peu dans une normalité retrouvée ponctuée par les cours de la bourse, l'onde de choc de l'attaque la plus meurtrière jamais lancée sur le sol américain est loin d'être apaisée. Dans les petites choses comme dans les grandes, après le 11 septembre "le menu des priorités américaines a été bouleversé", note le magazine Time dans une édition spéciale, ajoutant que "ce qui semblait important il y a quelques jours est devenu instantanément dérisoire".

Hollywood repense les scénarios de ses films, où l'hémoglobine et les explosions en tous genres ne semblent plus tout à coup de mise. Les compagnies créatrices de jeux videos ou électroniques ont également gelé leurs projets.

Les amuseurs publics n'ont plus le coeur à rire. Ainsi la vedette humoristique de la chaîne de télévision CBS, David Letterman, a éclaté en sanglots lors de la reprise de son émission quotidienne lundi soir depuis son studio new-yorkais.

Honni, accablé de scandales il y encore quelques jours, le maire de New York Rudy Giuliani, baptisé par certains le Winston Churchill de New York pour sa gestion exemplaire de la crise, est soudain plébiscité et ses ennemis d'hier demandent une clause exceptionelle pour qu'il puisse être réélu.

Le désarroi, l'incertitude, la perspective d'une guerre aux contours flous dans un monde transformé, a coupé les ailes aux sentiments de sécurité et de prospérité qui composaient l'"american way of life".

"Il est possible qu'il y ait des risques accrus associés à des actes contre le peuple américain", a averti l'Attorney general (ministre de la Justice) John Ashcroft.

Outre les mesures de securité visibles notamment dans la capitale américaine et autour des monuments et des bâtiments publics, les Américains doivent maintenant affronter des contrôles draconiens durant plusieurs heures dans les aéroports. L'aéroport Reagan-National de Washington, par lequel passent habituellement 16 millions de voyageurs par an et relié à New York par des navettes quotidiennes, est quant à lui fermé pour une durée indéterminée.

Mais beaucoup d'Américains, traditionnellement grands voyageurs, ne veulent tout simplement plus se déplacer, annulant croisières et voyages d'affaires tandis que les agents de voyages assurent que les attentats ont d'ores et déja porté un coup sévère au tourisme à l'intérieur des Etats-Unis.

Dans la vague de patriotisme et de bannières étoilées qui déferle sur les Etats-Unis, une génération entière de "baby-boomers" - 75 millions d'américains nés entre 1946 et 1964 - en appelle désormais à des notions jusqu'ici rarement évoquées: le sacrifice et la patrie.

Les sites de recrutement de l'armée sont envahis et les appels au numéro vert pour le recrutement de Marines ont augmenté de 500% depuis le 11 septembre, indique-t-on de source militaire.

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