Deux sommets, deux visions de la vie (Davos)
Le président brésilien Luis Inacio Lula da Silva s'est posé dimanche en héraut d'un"nouvel ordre économique plus juste´, devant l'élite du capitalisme réunie au Forum économique mondial de Davos qui l'a chaudement et longuement applaudi. Le président brésilien a appelé à la levée des barrières entre le Nord et le Sud.
- Publié le 26-01-2003 à 00h00

Le président brésilien Luis Inacio Lula da Silva s'est posé dimanche en héraut d'un "nouvel ordre économique plus juste´, devant l'élite du capitalisme réunie au Forum économique mondial de Davos qui l'a chaudement et longuement applaudi. Venu directement de Porto Alegre (Brésil), où se déroule le Forum social mondial qui se veut l'anti-Davos, le président brésilien, en invitant les deux forums à coopérer plus étroitement, a lancé aux centaines de responsables politiques et économiques présents: "Je vous invite tous sur cette montagne magique à regarder le monde avec d'autres yeux´, en référence au roman de Thomas Mann,"La Montagne magique´, qui a pour cadre Davos. Dans un discours tour à tour revendicatif et lyrique, le chef de l'Etat brésilien, ancien syndicaliste et fondateur du Parti des travailleurs, a tenu à faire entendre la voix des "milliards de personnes qui vivent en marge´ du développement.
"Si vous voulez être cohérents, vous ne pouvez pas et vous ne devez pas opposer des barrières aux pays en développement´, a-t-il déclaré, avant de fustiger les subventions des pays riches en faveur de leurs agriculteurs et le protectionnisme vis-à-vis des produits des pays émergents. Il s'en est pris à la spéculation financière: "Il faut plus de discipline dans les mouvements de capitaux qui circulent sur la base de rumeurs. Nous n'acceptons pas l'idée que le libre échange soit bon seulement pour les pays développés. Nous ne voulons pas être traités comme des citoyens de seconde zone (mais) en égaux´, a-t-il ajouté, déclenchant des applaudissements nourris.
Pour le nouveau président brésilien, il est désormais urgent de "construire un nouvel ordre économique avec davantage de justice´, de mettre au point "un nouveau programme pour un développement mondial partagé´ et d'instaurer "une nouvelle éthique´. Moralisateur mais aussi opportuniste, Luis Ignacio Lula da Silva en a aussi profité pour vanter les mérites du Brésil aux investisseurs étrangers, soulignant que son pays "a une main-d'oeuvre qualifiée prête à relever les défis´.
Sans mentionner explicitement l'Irak et les menaces de guerre, le chef de l'Etat brésilien a souligné que la politique étrangère de son pays "est fermement orientée vers la paix´ et que "toute controverse doit être résolue par la négociation sous l'égide des Nations unies´.
Il s'exprimait peu après le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, autre invité vedette de Davos dimanche, qui a appelé à la mobilisation internationale contre l'Irak tout en avertissant que l'heure d'une offensive contre Bagdad approchait.
Il a dénoncé la course aux armements et les dépenses inutiles dans certains pays industrialisés. Sans oublier d'affirmer que la première priorité était de "donner aux autres la possibilité de faire trois repas par jour. Voila un défi pour le Forum de Davos´, a-t-il lancé. (AFP)
© La Libre Belgique 2003
