La question irakienne débattue à Davos
Invité du Forum économique mondial à Davos (Suisse), le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a assuré -sans plus de détails- que le régime de Saddam Hussein était lié au terrorisme international et notamment à Al-Qaïda. Cela à la veille d'une réunion cruciale à l'Onu où les chefs des inspecteurs comptent demander plus de temps pour leur travail.
- Publié le 26-01-2003 à 00h00

Invité du Forum économique mondial à Davos (Suisse), le secrétaire d'Etat américain Colin Powell a assuré que le régime de Saddam Hussein avait "des liens clairs" -qu'il n'a pas précisés- avec la nébuleuse terroriste, en particulier avec l'organisation d'Oussama ben Laden, commanditaire désignée des attentats du 11 septembre 2001. M. Powell a estimé que l'Irak avait "raté le test" de la déclaration sur son arsenal, remise en décembre à l'Onu. "Nous approchons probablement du moment où nous aurons à passer à l'étape suivante", a-t-il dit, renforçant la thèse d'un recours à la force à brève échéance contre Bagdad.
Alors que la France et l'Allemagne affichent leur opposition à une intervention militaire contre Bagdad en l'état actuel des choses, M. Powell a souligné que les Etats-Unis étaient "prêts à agir même si d'autres ne sont pas disposés à nous rejoindre"
LUNDI, L'ONU
L'intervention de M. Powell survient à la veille de la présentation par les chefs des inspecteurs en désarmement, Hans Blix et Mohamed ElBaradei, d'un rapport très attendu sur le déroulement de leur mission, qui pourrait décider de la paix ou de la guerre, Washington guettant le moindre faux pas de Bagdad.
La présentation du rapport devant le Conseil de sécurité de l'Onu, qui sera publique, devrait commencer lundi à 15h30 GMT (16h30 heure belge) et ne pas dépasser une heure.
M. ElBaradei a annoncé qu'il recommanderait la poursuite des inspections, qui ont repris fin novembre après quatre ans d'interruption, et ajouté que son rapport ne contenait pas de surprises.
Déplorant que l'Irak n'ait pas encore pleinement coopéré avec les inspecteurs, M. ElBaradei a pressé dimanche l'Irak de convaincre ses scientifiques de se laisser interroger en privé. Il est "regrettable", selon lui, que trois scientifiques irakiens l'aient refusé samedi.
REACTIONS
Aux yeux du roi de Jordanie Abdallah II, il est désormais "trop tard" pour trouver une solution diplomatique à la crise entre les Etats-Unis et l'Irak. "Tout peut arriver et j'espère que ce sera rapide et le moins douloureux possible", a-t-il déclaré à Davos, alors que les Etats-Unis ont massé des dizaines de milliers de soldats aux portes de l'Irak.
Fidèle soutien des Etats-Unis, mais contraint de composer avec les réticences des Britanniques à une intervention unilatérale contre l'Irak, le Premier ministre britannique Tony Blair s'est officiellement rangé dimanche à l'idée de donner davantage de temps aux experts, et même "autant de temps qu'il faudra". Selon le quotidien allemand Die Welt citant des sources proches du gouvernement britannique, Washington et Londres comptent laisser jusqu'au 1er mars aux inspecteurs.
Lundi, à l'initiative de la présidence grecque, le Conseil des ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne doit se réunir à Bruxelles pour essayer de forger une position commune des pays membres sur l'Irak. Le ministre belge des Affaires étrangères Louis Michel a évoqué "une série impressionnante d'incohérences" dans les arguments américains. "Pourquoi l'Irak et pas la Corée du Nord?", a-t-il notamment demandé.
DANS DES SACS
En Irak, Saddam Hussein a présidé dimanche une réunion conjointe du Conseil de commandement de la révolution (CCR, plus haute instance dirigeante) et du commandement du parti Baas au pouvoir, consacrée à l'examen "de la situation".
Bagdad a promis aux Etats-Unis et à la Grande-Bretagne qu'en cas d'attaque ils rapatrieraient leurs soldats "dans des sacs en plastique".
Sur le terrain, les experts en désarmement ont visité dimanche une dizaine de sites, notamment un centre de contrôle de la peste bovine et un centre de recherche sur la tuberculose à Bagdad.
L'armée américaine, en manoeuvres dans le désert koweïtien, devait lancer dimanche soir un exercice conçu sur le modèle de l'offensive lancée en janvier 1991 et qui avait permis de bouter les troupes irakiennes hors du Koweït.
Des boucliers humains belges Quelque 60 militants pacifistes, dont des Belges, décidés à servir de "boucliers humains" en cas d'attaque militaire contre l'Irak, ont quitté Londres pour Bagdad samedi à bord d'un convoi d'autobus londoniens à étage. Ils doivent parcourir quelque 4.800 kilomètres avant de rallier la capitale irakienne, le 8 février, selon l'organisation HumanShield, qui a monté l'opération en moins d'un mois. Les volontaires comptent rester en Irak si une opération armée est lancée contre ce pays, pour "faire pression" sur les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, qui se trouveraient contraints de bombarder leurs propres citoyens. Un tiers des volontaires partis samedi sont britanniques, selon Stefan Simanowitz, l'un des organisateurs. D'autres viennent d'Australie, de Nouvelle-Zélande, des Etats-Unis, d'Espagne, de Belgique ou encore du Brésil. A leur tête, un ancien Marine et vétéran de la guerre du Golfe, Ken O'Keefe (notre cliché). Ce dernier a annoncé qu'il entamerait une grève de la faim en Irak et qu'il la prolongerait jusqu'à ce que 10.000 volontaires aient rallié sa cause. "Si nous n'obtenons par le ralliement de 10.000 personnes, je pense que ce monde sera difficile à vivre pour nous tous", a-t-il déclaré peu avant le départ du convoi. "Ce conflit va nous mener à la Troisième guerre mondiale. Nous devons arrêter cette guerre avant toute chose, sinon, honte à nous et pitié pour nous tous", a-t-il ajouté. Les organisateurs espèrent prendre d'autres volontaires sur le chemin. Les volontaires devraient ensuite être répartis dans des écoles, hôpitaux et centres médicaux de la capitale irakienne.
