Bush fait monter la pression sur l'Irak
Le président américain George W. Bush a fait monter la pression sur Bagdad, en demandant une réunion du Conseil de sécurité de l'Onu le 5 février pour montrer les preuves que l'Irak possède des armes de destruction massive, alors que l'UE a appelé à "éviter une catastrophe".
- Publié le 29-01-2003 à 00h00

Le président américain George W. Bush a fait monter la pression sur Bagdad, en demandant une réunion du Conseil de sécurité de l'Onu le 5 février pour montrer les preuves que l'Irak possède des armes de destruction massive, alors que l'UE a appelé à "éviter une catastrophe".
i<> "Les Etats-Unis vont demander au Conseil de sécurité de se réunir le 5 février pour examiner des preuves montrant comment l'Irak continue de défier le monde", a déclaré M. Bush lors de son discours sur l'état de l'Union, affirmant par ailleurs que Washington avait la preuve de liens entre le régime irakien et des terroristes, "y compris des membres d'Al-Qaïda".
"Le secrétaire d'Etat Colin Powell présentera des informations et éléments provenant du renseignement sur les programmes illégaux d'armements de l'Irak, ses tentatives pour cacher ces armes aux inspecteurs, et ses liens avec des groupes terroristes", a ajouté le président américain, en rappelant que les Etats-Unis étaient prêts à mener une coalition pour désarmer par la force Saddam Hussein si celui-ci refusait de le faire volontairement.
En réponse à cette intitiative américaine, le Haut représentant de l'UE pour la politique étrangère Javier Solana a appelé mercredi à Bruxelles à "tout mettre en place pour éviter une catastrophe ou une guerre en Irak" en soulignant que le Conseil de sécurité de l'Onu devait rester "le centre de gravité" de toute solution.
Mercredi la Russie a réaffirmé qu'il fallait faire tout ce qui est "possible pour que la guerre n'ait pas lieu", a dit le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov.
Pour sa part, la France s'est "réjouie" de la décision américaine. "Je me réjouis de cette décision américaine, cela fait plusieurs semaines que nous demandons à tous ceux qui disposent d'informations particulières (...) qu'ils donnent ces informations aux inspecteurs" de l'ONU, a affirmé le chef de la diplomatie française Dominique de Villepin sur une radio.
La Russie a elle aussi dit être "prête à écouter attentivement et à analyser les informations supplémentaires que le secrétaire d'Etat américain (Colin Powell) prévoit de présenter au Conseil de sécurité de l'ONU", le 5 février prochain.
"Le potentiel du règlement politico-diplomatique n'est pas épuisé et nous croyons qu'il faut donner la possibilité aux inspecteurs de poursuivre leur travail", selon un communiqué du ministère des Affaires étrangères russe estimant "impérative" une coopération russo-américaine pour lutter contre le terrorisme et la prolifération d'armes de destruction massive, Bagdad avait mis au défi les Américains de prouver leurs accusations en matière de développement d'armes chimiques et biologiques et menacé d'attaquer le Koweït en cas de guerre.
"Si les Etats-Unis ont des preuves, qu'ils les fournissent à la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection de l'Onu" (Cocovinu), avait déclaré un conseiller du président irakien Saddam Hussein, le général Amer Rachid.
L'absence de preuves des Américains tend à "prouver que les allégations du gouvernement américain et ses justifications (pour frapper l'Irak) sont erronées", avait-il ajouté lors d'une conférence de presse.
L'Irak avait accusé les chefs des inspecteurs de l'Onu, Hans Blix et Mohamed ElBaradei, d'avoir "amplifié" les points négatifs et minimisé les points positifs dans leur rapport de lundi, mais s'est néanmoins engagé à "continuer à coopérer activement" avec les inspecteurs, dans une lettre du chef de la diplomatie Naji Sabri au secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan. Les inspecteurs de l'Onu ont demandé à interroger en privé 16 responsables irakiens, mais aucun entretien privé n'a pu encore avoir lieu, a déclaré le porte-parole des Nations Unies à Bagdad, Hiro Ueki.
A Bruxelles, les ministres des Affaires étrangères de l'Union européenne (UE) ont réaffirmé leur soutien aux inspecteurs de l'Onu, appelant à la poursuite et à "l'intensification" des inspections.
Hans Blix "accueillerait positivement" une prolongation de la mission des inspecteurs de l'Onu en Irak, mais "ne l'a pas directement demandée" au Conseil de sécurité, a souligné pour sa part le président du Parlement européen, Pat Cox, après une vidéoconférence avec M. Blix. Les bourses asiatiques ont chuté en raison du renforcement des craintes d'un conflit contre l'Irak suscité par le discours du président américain George W. Bush sur l'état de l'Union. Mercredi, le Conseil de sécurité de l'Onu devait se réunir pour des consultations à huis clos qui, selon l'ambassadeur britannique à l'Onu Jeremy Greenstock, porteront sur la marche à suivre et ne "déboucheront pas forcèment sur une conclusion".
Le chef d'état-major américain, le général Richard Myers, avait pour sa part déclaré mardi que le Pentagone pouvait maintenir "sans problèmes" ses troupes dans le Golfe pendant des mois, et que la chaleur accablante en Irak à partir d'avril ne les empêcherait pas de combattre si nécessaire.
