"Non´ à la mainmise militaire américaine
Ils sont des dizaines de milliers à manifester au départ du marché public de Porto Alegre, en guise de préambule au troisième Forum social mondial. Plus de cent mille peut-être. Les couleurs arborées sont clairement antiaméricaines. Organisations non gouvernementales, syndicats, réseaux en tous genres: tous ont dénoncé jeudi soir la probable guerre contre l'Irak
- Publié le 23-01-2003 à 00h00
ENVOYÉ SPÉCIAL À PORTO ALEGRE
Ils sont des dizaines de milliers à manifester au départ du marché public de Porto Alegre, en guise de préambule au troisième Forum social mondial. Plus de cent mille peut-être. Les couleurs arborées sont clairement antiaméricaines. Organisations non gouvernementales, syndicats, réseaux en tous genres: tous ont dénoncé jeudi soir la probable guerre contre l'Irak.
De l'avenue Glemio Perez jusqu'au stade, la foule ondule sous une chaleur mâtinée de pluies intermittentes. On chante, on danse, mais on rugit surtout contre le nouvel impérialisme de George W.Bush. Fustigés en tant que principal artisan d'un néolibéralisme honni, contestés pour ne pas se plier à un minimum de discipline environnementale, voilà les Etats-Unis prêts à partir en campagne contre un régime dont, dit-on ici, rien ne prouve qu'il possède des armes de destruction massive.
"Pas très glorieux...´
"Jusqu'à preuve du contraire, ce sont les Américains qui possèdent le plus d'armes de destruction massive. Et ils n'hésitent pas à les utiliser, eux.´ Samir Amin est directeur du Forum du Tiers-monde, un organisme qui fédère les énergies alternatives d'Afrique, d'Asie et d'Amérique latine. Ce vendredi, il participe à une conférence contre la guerre organisée dans le lieu central du Forum, la salle de sports du Gigantinho. Depuis le grand hôtel du centre où il réside, il opère une répétition générale dont le ton est musclé. "Le seul objectif des Américains, c'est le contrôle militaire de la planète´, dit-il. "Ce n'est pas un projet politique très glorieux.´ La règle générale dictant cette "vision´ n'est autre, selon lui, que le profit. Et pour ce faire, il faut abattre tous les obstacles se présentant sur cette route. "C'est une logique dangereuse au nom de laquelle on tue beaucoup de gens´, s'exclame-t-il. Elle empêche aussi toute justice sociale et nie toute gestion négociée de la vie commune. "Tous les Américains se retrouvent derrière cette politique´, insiste-t-il. "Autant Clinton le play-boy que Bush le cow-boy.´ Et si l'Irak est désormais en première ligne, c'est pour le contrôle du pétrole, bien sûr, afin de "vassaliser les soi-disant alliés européens et japonais´. Mais l'Irak est aussi une des clés permettant d'assurer une présence militaire permanente au centre du monde. "De la sorte, les Etats-Unis pourraient frapper n'importe où´, assure-t-il. La Chine, l'Inde, la Russie, l'Iran, la Syrie... Une alternative? La réflexion menée au sein des différents Forums sociaux de par le monde en constitue une, dit-il. Mais elle doit trouver des relais.
"Une véritable Europe sociale, par exemple´, explique-t-il. Histoire de faire contre-poids. Une régulation par l'Etat, de vrais services publics et une politique extérieure davantage tournée vers le Tiers-monde. Selon lui, il n'est pas trop tard. Mais le temps presse...
Inutile de dire que cette option est partagée par l'immense majorité des participants de la gigantesque messe alternative de Porto Alegre. Ici, le drapeau américain, il arrive régulièrement qu'on le brûle, qu'on le transperce de poignards. "Que Bush aille en enfer´, lâche, en souriant, un octogénaire portant un vieux tee-shirt saluant... le retour d'Hong-Kong à la Chine. Lentement, la foule se dirige en direction du stade, slogans hostiles en nombre. Ce vendredi, le ton sera différent. Au même endroit, un nouvel héros des altermondialistes s'exprimera: le nouveau Président brésilien.
© La Libre Belgique 2003
