La princesse Margarita de Roumanie s'enracine dans son pays retrouvé
C'est l'histoire d'une Princesse héritière, Margarita de Roumanie. Depuis le retour d'exil du roi Michel Ier et de la reine Anne en 1997, la Famille royale, désormais installée dans le palais Elisabeta de Bucarest, s'enracine de manière croissante dans son pays retrouvé. La princesse Margarita, fille aînée du couple royal, a ainsi créé sa fondation dès la chute de Nicolae Ceausescu.
- Publié le 09-07-2009 à 00h00
C'est l'histoire d'une Princesse héritière, Margarita de Roumanie. Depuis le retour d'exil du roi Michel Ier et de la reine Anne en 1997 (LLB du 7 juillet 2009), la Famille royale, désormais installée dans le palais Elisabeta de Bucarest, s'enracine de manière croissante dans son pays retrouvé. La princesse Margarita, fille aînée du couple royal, a ainsi créé sa fondation dès la chute de Nicolae Ceausescu.
Avec sa sœur, la princesse Sophie, elle s'était envolée pour la Roumanie "immédiatement après les événements de 1989. Je ressentais beaucoup de joie et d'espoir, mais j'avais une vive inquiétude quand même. Avant notre arrivée, on tirait dans les rues, des jeunes gens mouraient et nous ne savions pas comment nous allions être accueillis", se souvient-elle. "C'était une occasion unique de récupérer notre identité, mais nous ne savions pas ce qui allait se passer". Accompagnées de spécialistes, elles ont "commencé à explorer", "à voir où étaient les problèmes", "c'était dramatique à l'époque". "Les personnes âgées étaient complètement traumatisées, les orphelinats étaient inhumains, je n'ai plus jamais été la même après avoir vu ce que j'ai vu. Les enfants étaient maigres, ils se tapaient la tête contre les murs Mais cela m'a donné la force de lutter pour eux", relate-t-elle.
"J'ai tout de suite employé une secrétaire, parce que les gens commençaient à nous écrire, à demander de l'aide, à vouloir nous voir. Nous faisions le lien avec le secrétariat du Roi en Suisse." La Princesse a aussi jeté les bases de sa fondation, pour répondre aux situations d'urgence, dans les domaines de la santé et de l'enfance abandonnée, avant de se diversifier davantage, vers l'éducation, l'art, le développement rural ou l'aide aux personnes âgées. Elle s'est ensuite recentrée sur le développement des communautés locales, inspirée par "un projet intergénérationnel extraordinaire en Belgique". "Les personnes âgées donnent des cours de langues aux enfants, vont parfois les chercher à l'école pour éviter qu'ils ne traînent dans la rue, les aident à faire leurs devoirs. Ils font de l'aérobic aussi et les petits apprennent aux plus anciens comment utiliser Internet pour combattre la solitude."
Trouver sa place dans son pays n'est pas évident pour la Famille royale. A fortiori pour la princesse Margarita, héritière du trône, née en Suisse et maniant bien mieux l'anglais et le français que le roumain en 1989. "J'ai parlé jusqu'à l'âge de 5 ans avec des gens qui avaient suivi mon père, mais lentement ils sont partis et j'ai oublié. Bien sûr, on nous a critiqués pour cela, c'était toute l'ancienne propagande communiste " Mais elle a su se faire apprécier. "Plus de 75 % des gens disent que la Famille royale doit s'impliquer dans le développement de la Roumanie", rapporte-t-elle. Mais il n'a jamais vraiment été question de restaurer la monarchie, malgré les affiches appelant à son retour lors des manifestations sur la place de l'Université en 1990 ou la ferveur de l'accueil réservé au roi Michel à son retour en 1992 - qui lui a valu d'être interdit de séjour pendant cinq ans par le président Ion Iliescu. "Mon père avait été éloigné illégitimement du pouvoir" en 1947 "et l'on aurait pu dire qu'il était toujours le chef d'Etat légitime. Après plusieurs élections, c'est plus difficile". Selon un sondage datant de 2008, seuls 16 % des Roumains seraient favorables aujourd'hui au rétablissement de la monarchie. "On a reproché à mon père de ne pas être venu en 1989, mais s'il l'avait fait, on l'en aurait empêché ou cela aurait pu être dangereux ! Il est facile d'attendre l'homme providentiel sans rien faire. Mon père a toujours dit : c'est à vous de faire quelque chose. S'il y a une volonté politique et populaire, cela peut marcher, sinon non. Ce n'est pas à lui d'arriver en disant "moi je suis, moi je fais", cela ne marche pas comme cela !"
Certains monarchistes ont bien accueilli la décision du prince Radu de Roumanie, l'époux de la princesse Margarita, de se porter candidat à la prochaine élection présidentielle avec la bénédiction de son beau - père, le roi Michel. D'autres ont mal réagi à cette candidature qui signait la fin de leur rêve. Car elle "n'a pas pour but la restauration de la monarchie", a déclaré le prince Radu le 9 avril dernier. "Dans une démocratie, le changement de la forme de gouvernement n'est pas la prérogative du chef de l'Etat. Une telle possibilité ne peut être déterminée que par la Nation tout entière". Rien ne dit cependant qu'il accédera au second tour de l'élection. "Si les gens le veulent vraiment, ils sortiront. S'ils sont juste intellectuellement ou émotionnellement intéressés, cela ne va pas marcher. Mais c'est très bien pour nous de voir où l'on en est", explique la Princesse, qui trouve "sain" pour la société que "les griefs remontent aussi à la surface" à l'occasion.
Son père, le roi Michel, n'a jamais envisagé, lui, de se présenter, comme l'avait fait Siméon II devenu Premier ministre de Bulgarie. "Il ne peut pas : il est le Roi !"
