Israël/Palestine: Une commission "indépendante"

Alors que de nouvelles flottilles étrangères se pointent déjà à l'horizon, Benjamin Netanyahou a déclaré lundi que "des forces de l'ombre moyenâgeuses se dressent contre nous et des jours difficiles nous attendent encore".

Renée-Anne Gutter
Israël/Palestine: Une commission "indépendante"
©AP

Correspondante à Jérusalem Alors que de nouvelles flottilles étrangères se pointent déjà à l'horizon, Benjamin Netanyahou a déclaré lundi que "des forces de l'ombre moyenâgeuses se dressent contre nous et des jours difficiles nous attendent encore". Mais selon lui, la commission qu'Israël vient de mettre sur pied au sujet de l'abordage de la flottille d'aide humanitaire le 31 mai dernier, "prouvera au monde entier qu'Israël agit dans la légalité, avec transparence et entière responsabilité".

L'opinion israélienne reste toutefois sur sa faim. Après deux semaines de tractations avec l'administration Obama, le Premier ministre israélien a obtenu la bénédiction américaine pour une "commission publique indépendante" qui "vérifiera certains aspects des actions prises par Israël en vue d'empêcher l'arrivée de bateaux à Gaza". Ce lundi, le gouvernement israélien y a donné le feu vert à son tour.

L'abordage du Mavi Marmara en eaux internationales, rappelons-le, a fait 9 morts et une quarantaine de blessés parmi les passagers. Et cela, après que certains de ces passagers aient réservé un accueil violent au commando naval israélien qui ne s'y était pas préparé et qui a riposté par des tirs. La commission sera israélienne, mais avec des observateurs étrangers. Le président sera Jacob Turkel (75 ans), juge retraité de la Cour Suprême israélienne. A ses côtés siégeront Amos Horev (86 ans), général de réserve et ancien président du Technion (l'institut polytechnique d'Israël), et Shabtaï Rosen (93 ans), diplomate et juriste, lauréat du Prix Israël en Jurisprudence et du Prix de La Haye en Droit international.

Les observateurs seront le juriste et général à la retraite canadien Ken Watkin, ex-procureur général militaire qui a participé à diverses enquêtes en Afrique, et le politicien nord-irlandais David Trimble, Prix Nobel de la Paix 1998 pour avoir œuvré à la réconciliation en Ulster.

Leur seul mandat : examiner la légalité des actions entourant l'affaire de la flottille. La commission se penchera, selon le communiqué israélien, non seulement sur la légalité internationale du blocus naval contre Gaza et des actions israéliennes visant à le maintenir, mais aussi sur "les actions de ceux qui ont organisé la flottille et y ont participé, ainsi que leurs identités". Sous-entendu, les organisations turques et leurs militants pro-palestiniens qui étaient parmi les assaillants du commando israélien sur le Mavi Marmara.

La commission pourra convoquer quiconque elle désire, y compris M. Netanyahou, le ministre de la Défense, Ehoud Barak, et le chef d'état-major Gaby Achkenazi. Mais elle ne pourra pas interroger d'autres militaires israéliens que ce dernier. Elle aura accès aux documents de la commission de l'armée qui enquête déjà sur les aspects opérationnels du fiasco sur le Mavi Marmara.

En établissant cette commission, M. Netanyahou dit vouloir "apaiser" la communauté internationale. Mais il espère aussi désamorcer tout risque de déstabilisation personnelle sur la scène domestique. La commission s'abstiendra en effet d'enquêter sur la façon dont les dirigeants du pays ont pris les décisions concernant la flottille.

Or, c'est là précisément que le bat blesse, aux yeux des Israéliens. Car pour la plupart d'entre eux, les aspects légalistes de l'affaire importent peu. Ce pour quoi "des têtes doivent tomber", c'est pour les erreurs d'évaluation et de préparation en Israël même, qui ont précipité l'armée dans le piège du Mavi Marmara et le pays dans l'opprobre international.

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