Un an après l'attentat de Berlin, les familles estiment que Merkel ne fait rien pour éviter un nouveau drame
- Publié le 19-12-2017 à 09h50
- Mis à jour le 19-12-2017 à 09h53

Pour les familles des victimes du marché de Noël, la chancelière Merkel n'a "rien fait" pour lutter contre le terrorisme.C'est comme une cicatrice qui ne se referme pas. Une sculpture de cuivre sur le sol suit le trajet du camion qui a tué 12 personnes et en a blessé 70 autres, sur le marché de Noël de la Breitscheidplatz, au cœur de Berlin, le 19 décembre 2016. Un an plus tard, la chancelière Angela Merkel et le président de la République allemande, Frank-Walter Steinmeier rendent hommage aux victimes lors d'une commémoration sous haute surveillance ce mardi à Berlin.
Les noms des victimes sont désormais inscrits sur les marches de l'église du Souvenir qui domine la place. Mais pour quoi faire ? "Qu'est-ce qu'un nom sur une marche face au manque de respect des fonctionnaires allemands ?" s'interroge dans le quotidien "Bild" Henryk Urban, le père de Lukas, le chauffeur tué par Anis Amri qui a ensuite utilisé son camion.
Manque d'accompagnement après l'attentat, suivi bureaucratique ensuite… les critiques des familles des victimes pleuvent sur l'administration. Dans une lettre à la chancelière, elles lui reprochent son manque personnel d'empathie et surtout de ne rien avoir fait pour lutter contre le terrorisme en Allemagne. Elle n'a "ni augmenté les moyens, ni réformé des structures officielles chaotiques", écrivent-elles.
Angela Merkel a tenté de désamorcer leur colère avant la cérémonie en les invitant lundi à la chancellerie. Elle mettra "toutes ses forces" dans la balance pour améliorer le sort des familles et que la lumière soit faite sur le "cas Amri", leur a-t-elle promis.
Rien n'aurait donc changé au royaume d'Angela depuis un an ? L'atmosphère s'est en tout cas alourdie. A un an des élections législatives de septembre dernier, l'attentat "a contribué à créer l'amalgame entre les questions d'immigration et de sécurité", constate Olaf Kleist, de l'Institut de recherche sur les migrations à Osnabrück.
Il a également relancé le débat sur les reconductions aux frontières vers les pays du Maghreb considérés comme "sûrs". Ce week-end, une enquête de l'hebdomadaire "Welt am Sontag" a confirmé que Anis Amri était surveillé étroitement par la police depuis novembre 2015. Peu après l'attentat, il avait été révélé qu'un ordre de reconduite vers la Tunisie avait déjà été émis contre lui. Un ordre qui n'avait pu être appliqué faute de coopération avec Tunis.
"Le débat sur les pays d'origine existait déjà avant l'attentat. L'Europe a conclu depuis longtemps des accords avec les pays méditerranéens, Maroc, Tunisie, Algérie…", remarque Olaf Kleist, mais il y a eu ensuite une instrumentalisation de la question.
Autosatisfaction
Après l'attentat, le gouvernement Merkel a tenté de donner des gages face au discours sécuritaire des conservateurs mais surtout de l'AfD, le parti d'extrême droite qui a remporté 93 sièges aux élections.
Depuis, les procédures d'expulsion ont été accélérées, même si le débat sur les pays d'origine "sûrs" n'est toujours pas clos en Allemagne. Depuis un an, cinquante personnes ont été renvoyées et une centaine de dossiers sont en cours de traitement. Selon le ministre de l'Intérieur, Thomas de Maizière, trois attentats ont aussi été déjoués depuis un an.
"Nous avons fait du bon travail", se félicite le chef de la Sécurité intérieure en Allemagne, Hans-Georg Maaßen, dans une interview au "Berliner Zeitung", "mais nous avons aussi eu de la chance". Il y a, à l'heure actuelle, "plus de 1 900 personnes considérées comme de potentiels terroristes islamistes en Allemagne", relève-t-il.