Brexit : Le Labour veut que le Parlement puisse rejeter l'accord... sans entraîner un second référendum
- Publié le 26-03-2018 à 19h10
- Mis à jour le 26-03-2018 à 19h13

Le compte à rebours a commencé : vendredi, le Royaume-Uni entamera sa dernière année au sein de l'Union européenne, dont il ne sera pas plus membre le 29 mars 2019 à 23 h heure de Londres.
Visiblement, l'imminence du Brexit interpelle les élus du parti travailliste et provoque de sacrés remous politiques. Lundi, son responsable en charge du Brexit Keir Starmer a dévoilé que son parti présentera dans "les prochains jours un amendement à propos du vote des députés sur l'accord du Brexit".
Cette initiative découle d'une déclaration la semaine dernière du secrétaire d'Etat au Brexit Martin Callanan, qui a expliqué que si l'accord était rejeté par les députés "ce serait une instruction pour sortir sans accord". Pour le responsable travailliste, cette interprétation "est totalement inacceptable. Si le Parlement rejette l'accord obtenu par la Première ministre, cela ne peut pas lui donner le droit, ou donner le droit aux partisans radicaux du Brexit de son parti, d'autoriser une sortie catastrophe sans accord. Ce sera le pire des mondes possibles". Keir Starmer estime en effet qu'en imposant une telle voie de sortie, le gouvernement donne la main libre aux Brexiters radicaux de son parti. Les partisans d'un Brexit modéré seraient en effet obligés d'accepter n'importe quel accord négocié avec l'Union européenne, aussi restrictif soit-il, sous peine d'en sortir sans accord. Afin d'empêcher cette éventualité, l'amendement présenté par les travaillistes indiquera que si l'accord est rejeté par le Parlement, ce sont les députés qui détermineront la ligne à suivre au gouvernement. Ils pourraient ainsi lui signifier de retourner négocier avec les Européens.
Cette option est-elle crédible ? En visite à Londres, le Premier ministre luxembourgeois Xavier Bettel avait déjà indiqué le 14 décembre dernier que Theresa May ne pourrait pas revenir avec de nouvelles demandes en cas de rejet des députés britanniques. Nul doute que son avis, et celui de ses homologues européens, n'a pas changé depuis. Le Labour se donne en tout cas bonne conscience et tente de montrer aux Brexiters qu'ils n'ont pas la mainmise sur la stratégie de négociations.
Owen Smith écarté pour n'avoir pas suivi la ligne officielle
Enième preuve de la frustration du Labour, Owen Smith, en charge de la politique nord-irlandaise du parti, a officiellement réclamé vendredi dernier l'organisation d'un second référendum à la fin des négociations avec les vingt-sept. Cette prise de position va à l'encontre de la ligne officielle du parti et Owen Smith a ainsi rapidement été écarté par son dirigeant Jeremy Corbyn, contre qui il s'était porté candidat au lendemain du référendum du 23 juin 2016, avant de se faire balayer par les militants. "Il ne peut pas être assis au sein de la direction du parti et soutenir une position qui n'est tout simplement pas celle du parti", a expliqué sa collègue Diane Abbott, proche de Jeremy Corbyn. "Il pourra cependant continuer à contribuer au débat."
Seuls les membres du parti opposés à la ligne politique de Jeremy Corbyn se sont indignés de cette expulsion, pourtant somme toute assez logique. Elle démontre en tout cas le trouble provoqué par le Brexit dans un parti travailliste toujours partagé entre le libéralisme économique de Tony Blair, favorable au maintien dans le marché unique, et l'anticapitalisme de son chef actuel, Jeremy Corbyn, opposant historique des lobbies bruxellois.