La peur des élus locaux britanniques : "Quelle que soit la forme de Brexit, il y aura un impact"
- Publié le 17-03-2019 à 13h29
- Mis à jour le 17-03-2019 à 13h31

Les régions les plus impactées sont celles qui ont voté le plus en faveur de ce divorce. "Le Brexit, c'est lose-lose" , a encore déclaré jeudi, le négociateur en chef de l'Union européenne, Michel Barnier, lors du sommet du Comité des régions (CdR), à Bucarest. Mais le Royaume-Uni paiera un plus lourd tribut que les Vingt-sept - selon le CdR, il pourrait y laisser entre 3 % et 6 % de son PIB (l'équivalent de 7 000 livres par foyer/par an) contre 1 % à 2 % pour les États membres.
Alors que le chaos règne toujours à Westminster, certains maires et représentants locaux britanniques appréhendent les effets négatifs du Brexit. "Je ne souhaite à aucun des Vingt-sept de se retrouver dans la situation dans laquelle le Royaume-Uni s'est mis actuellement", a expliqué Albert Bore, membre du City council de Birmingham, ville des Midlands de l'Ouest, lors du sommet du CdR.
"Quelle que soit la forme de Brexit, ma ville sera l'une des plus impactées du pays, notamment son industrie manufacturière, automobile et aérospatiale, son secteur financier et ses services", soupire ce physicien nucléaire qui porte les couleurs du Labour. "J'ai de quoi m'inquiéter pour la stabilité financière à long terme des entreprises dont 50 % des exportations s'effectuent vers l'UE", ajoute-t-il. Sa ville a développé une stratégie pour leur fournir une aide sur mesure, mais ne s'est pas encore préparée au "no deal". "Je n'ai jamais cru qu'on devrait y passer", avoue M. Bore.
Si dans son quartier Ladywood, proche du centre-ville, le "remain" l'a emporté avec près de 70 % des voix "parce que nous avons parlé d'Europe aux gens jusque sur le pas de leur porte", Birmingham s'est prononcé à 50,2 % pour le Brexit. De manière générale, les régions britanniques périphériques, des Midlands et du Nord de l'Angleterre, ont paradoxalement voté en faveur du Brexit alors qu'elles seront les plus affectées.
"Nous sommes redevables à l'Europe"
"En moins de 10 ans, entre la fin des années 1970 et le milieu des années 1980, 200 000 emplois ont été perdus à Birmingham, des entreprises fermaient l'une après l'autre dans le secteur manufacturier. Le gouvernement n'est pas intervenu et nous avons alors mis au point un plan d'action grâce à l'Europe. Nous sommes redevables à l'UE, qui a contribué à la rennaissance de ma ville", rappelle M. Bore. Mais, "nos citoyens ne voient pas, ne ressentent pas" la valeur ajoutée de l'Union.
Même son de cloche du côté d'Andrew Cooper, conseiller municipal depuis plus de 20 ans dans le district de Kirklees (Yorkshire de l'Ouest), où 54,6 % des habitants ont voté en faveur du Brexit. "Grâce au financement de l'UE, on a par exemple doté des logements sociaux de panneaux solaires, pour l'eau chaude et l'électricité", raconte M. Cooper. "Mais les gens n'y prêtent pas attention. Les gens étaient mécontents et le référendum était la seule façon pour beaucoup d'exprimer leur désarroi".
D'après une étude du gouvernement britannique, le Brexit pourrait freiner de 1,5 %, 5 % ou 7 % la croissance de la région de Yorkshire, selon que le Royaume-Uni décide de rester dans le marché unique européen, mette en place un accord de libre-échange avec l'UE ou se retire de l'Union sans aucun accord. Selon M. Cooper, les migrants provenant d'autres pays de l'UE ont longtemps boosté l'économie de la région et y ont apporté "une touche de fraîcheur". Mais un rapport de "Migration Yorkshire" indique que le nombre de nouveaux travailleurs migrants arrivant à Kirklees, notamment de Roumanie ou de Pologne, baisse depuis 2016. Une tendance qui risque de s'accélérer au lendemain du retrait du Royaume-Uni de l'UE. D'autant que M. Cooper pointe la poussée du racisme dans sa région, comme une des conséquences immédiates du Brexit. "Certaines personnes pensent désormais que c'est normal d'être impoli et agressif envers ceux qui ne sont pas du Royaume-Uni".
L'Irlande en première ligne
L'impact du Brexit sur les régions britanniques dépasse le domaine économique, mais aussi les frontières du Royaume-Uni. Du côté des Vingt-sept, Dublin payera le plus cher la facture du divorce. L'étude de l'Université de Birmingham indique que seules les régions irlandaises enregistrent des taux d'exposition au Brexit équivalents aux régions britanniques les moins impactées du Royaume-Uni (autour de 10 % du PIB). "Depuis le référendum britannique, un nuage plane sur toutes les régions d'Irlande, et il devient de plus en plus sombre avec toute cette incertitude", indique Michael Murphy, président de la délégation irlandaise du CdR et conseiller communal du Comté de Tipperary.
Dans cette circonscription du sud-est de l'Irlande, l'industrie agroalimentaire est le premier employeur et exporte 55 % de ses produits dans l'Union. "L'impact sur les emplois, sur les citoyens, est effrayant", explique M. Murphy, appelant Londres à adopter l'accord de retrait négocié avec l'UE. Le cas échéant, les conséquences d'un "no deal" et donc de la réapparition d'une frontière dure entre l'Irlande et la province britannique d'Irlande du Nord seraient "catastrophiques - et je pèse mes mots", met-il en garde. Pour l'économie, mais surtout pour la paix "préservée pendant vingt ans, après plus de trente ans de guerre civile, 3 000 morts et d'autres milliers de blessés".