Brexit: Theresa May subit un coup très dur
Le souci de Theresa May est que les Vingt-Sept refusent de rouvrir l'accord. Le Brexit est dans dix jours.

- Publié le 18-03-2019 à 21h35
- Mis à jour le 19-03-2019 à 09h36

Le souci de Theresa May est que les Vingt-Sept refusent de rouvrir l'accord. Le Brexit est dans dix jours.Il n'y aura pas de nouveau vote ces prochains jours ou même la semaine prochaine sur l'accord de retrait du Royaume-Uni de l'Union européenne. Sauf au cas, très hautement improbable, où les Vingt-Sept accepteraient de le modifier, ce qu'ils ont catégoriquement refusé de faire jusqu'ici. Lundi en fin de journée, le président de la Chambre des communes, John Bercow, a en effet rappelé la convention qui régule le fonctionnement des Communes : "Le gouvernement ne peut pas resoumettre à la Chambre la même proposition ou la proposition similaire en substance à celle de la semaine dernière, rejetée par 149 votes." Le coup est très dur pour la Première ministre, Theresa May, qui espérait parvenir à faire enfin adopter l'accord qu'elle a conclu en novembre avec l'UE.
La juriste Brigid Fowler nous a précisé qu'"il n'est pas possible de réclamer un vote sur une motion similaire lors d'une même session parlementaire, sauf si le texte a été modifié". Ce qui avait été le cas entre le premier vote sur l'accord le 15 janvier et le second vote le 12 mars puisque Theresa May avait obtenu deux modifications cosmétiques (ne changeant rien au contenu de l'accord). Trois documents avaient été annexés à celui-ci garantissant que l'UE n'a pas l'intention d'emprisonner le Royaume-Uni dans une union douanière si aucune solution autre que celle du "filet de sécurité" (backstop) n'est trouvée pour éviter le retour d'une frontière dure sur l'île d'Irlande, à la fin de la période de transition, fin 2020. Le souci pour Theresa May est que la session parlementaire actuelle s'achèvera cet été et que le Brexit est toujours programmé à la date du 29 mars.
La sortie de John Bercow doit avoir amusé le brexiter Boris Johnson. L'ancien ministre des Affaires étrangères a en effet suggéré qu'il y avait "peut-être" une voie vers l'avant : "Il y a un sommet européen cette semaine. Il n'est pas trop tard pour obtenir un véritable changement du filet de sécurité" - une déclaration qui ne tient aucun compte des messages envoyés par l'UE.

Incontournable parti nord-irlandais DUP
S'il veut une solution à court terme, le gouvernement doit chercher à modifier l'accord pour convaincre le Parti démocratique unioniste (DUP). L'élu conservateur Jacob Rees-Mogg, président du Groupe de recherche européen (ERG), fort d'une cinquantaine de députés brexiters radicaux, a en effet précisé lundi l'importance de ce parti nord-irlandais : "J'attends de savoir ce que le DUP va faire." Pourquoi ? "Parce que, au final, le Royaume-Uni est plus important pour moi que l'UE. Si le DUP sent que le Royaume-Uni serait divisé par cet accord, cela signifie donc qu'il serait impossible de voter pour cet accord en n'importe quelle circonstance."
L'opposition du DUP n'est pas récente. Dès décembre 2017, le premier parti d'Irlande du Nord a fait connaître son rejet total du fameux backstop. Malgré ses avantages considérables pour les entreprises et pour la préservation de l'accord du Vendredi saint de 1998, le DUP refuse catégoriquement que l'Irlande du Nord dispose d'un statut différent des autres pays qui composent le Royaume-Uni (l'Angleterre, l'Écosse et le pays de Galles). Le DUP a en effet comme principale raison d'existence l'union britannique et en particulier le rattachement de l'Irlande du Nord à la couronne britannique. Il craint qu'une différenciation soit le premier pas vers la réunification de l'Irlande.
Les radicaux poussent pour un "no deal"
Pour s'assurer son soutien parlementaire en raison de la perte de sa majorité en juin 2017, Theresa May avait promis le versement de 1,12 milliard d'euros supplémentaires à l'Irlande du Nord. Pour obtenir le soutien à son accord de retrait de l'UE, elle serait prête à remettre la main à la poche et s'engagerait à ce que toute législation européenne que devrait respecter l'Irlande du Nord, pour garder la frontière ouverte avec l'Irlande, prenne également effet dans le reste du Royaume-Uni.
Le soutien du DUP ne sera malgré tout pas forcément suffisant. Lundi, vingt-trois brexiters radicaux ont indiqué dans une lettre ouverte qu'ils feront tout pour pousser le pays vers un no deal, sans préciser comment cela pourrait être réalisé. La rumeur laissait entendre que, pour rallier ce groupe à sa cause, le gouvernement leur aurait promis la tête d'Oliver Robbins, le négociateur en chef britannique, détesté des brexiters. C'était en omettant de préciser que celui-ci a déjà fait part il y a quelques mois de sa volonté de quitter son poste.