Guerre en Ukraine : dopée par des armes iraniennes et nord-coréennes, "la campagne de missiles de la Russie a deux objectifs"
Depuis la fin du mois de décembre, la Russie a enclenché une nouvelle campagne de bombardements intensifs contre l'Ukraine, après avoir reconstitué son arsenal avec l'aide de l'Iran et de la Corée du Nord.
- Publié le 19-01-2024 à 06h34
- Mis à jour le 19-01-2024 à 10h20

Au matin du 2 janvier, les habitants de plusieurs villes d'Ukraine ont à nouveau été réveillés par une série d'explosions alors que s'abattait sur le pays une véritable pluie de missiles et de drones russes. "J'ai été réveillée par l'alerte aérienne vers 6 heures du matin et j'ai consulté mon téléphone pour savoir ce qui se passait, raconte Mariika Lobyntseva, une artiste et résidente de Kiev, la capitale ukrainienne. J'ai vu que plusieurs avions [russes, NdlR] avaient décollé et je me suis dit 'ça va être une grosse attaque'. C'était relativement calme depuis quelques semaines, donc le nombre d'avions qui venaient de décoller m'a tout de suite paru assez suspect. " Originaire d'Odessa, la jeune femme a alors contacté les membres de sa famille résidant dans la cité portuaire, qui l'ont informé que celle-ci était également la cible de ces bombardements. "Peu de temps après, les Russes ont tiré une salve de missiles de croisière et de missiles balistiques, se souvient-elle. J'ai entendu quatre ou cinq explosions. Les dernières étaient très, très puissantes. Les murs de mon appartement ont tremblé. "
Kiev, Odessa, Zaporijia, Kharkiv… Pas une seule des grandes agglomérations du pays n'est épargnée par les frappes de Moscou depuis le début de cette année. La semaine précédente, un déluge de feu et d'acier s'était déjà abattu sur l'Ukraine, tuant 30 personnes et en blessant plus de 140 autres. Au cours d'une attaque menée le 29 décembre, la Russie a tiré 122 missiles et des dizaines de drones kamikazes contre l'infrastructure civile et militaire de son voisin. La plus importante opération du genre depuis le début de l'invasion, le 24 février 2022.
Un recours accru aux missiles hypersoniques
Si ces bombardements sont d'une ampleur sans précédent, tant le gouvernement que la population ukrainienne se préparaient déjà depuis plusieurs semaines à de nouveaux temps difficiles. L'année précédente, en octobre 2022, les Russes avaient en effet enclenché une campagne de frappes hivernales de plusieurs mois, ciblant les infrastructures énergétiques du pays afin de saper le moral de la population et de paralyser l'économie ukrainienne. Celle-ci n'était pas parvenue à entamer la détermination de la population, mais elle avait mis hors-service près de 50 % du secteur énergétique, causant des dommages estimés à 8,8 milliards de dollars.
"La campagne de missiles de la Russie a deux objectifs : terroriser la population civile et affaiblir les capacités de défense et la résilience de l'Ukraine, explique Oleksandr Musiyenko, analyste militaire et directeur du Centre de recherche juridique militaire. La campagne de frappes de cette année ne diffère de celle de l'année dernière que par le nombre plus important d'attaques contre des installations industrielles." Selon notre interlocuteur, les récentes frappes russes se distinguent également par un recours croissant aux missiles hypersoniques "Kinjal", réputés presque impossibles à arrêter. "C'est une arme conséquente, mais avec la même ogive que n'importe quel autre missile lancé", avait déclaré à leur propos le président américain Joe Biden après la destruction d'un dépôt d'armes ukrainien en mars 2022. Avant d'ajouter que le Kinjal était, à l'époque, le seul missile de l'arsenal russe qui pouvait traverser les défenses aériennes de l'Ukraine avec une "certitude absolue".
Des capacités de production augmentées et l'aide de pays amis
L'envoi à l'Ukraine de systèmes de défense antiaérienne sophistiqués, tels que les "Patriot" américains, a cependant remis en question l'infaillibilité supposée du Kinjal. Ce 2 janvier, les autorités ukrainiennes ont ainsi affirmé avoir abattu chacun des 10 Kinjal tirés par la Russie. Mais si l'Ukraine bénéficie aujourd'hui de meilleurs moyens de défense, ceux-ci sont en nombre limité, et les munitions pourraient venir à manquer si la campagne de bombardements s'intensifie. Consciente de ce danger, la France a annoncé ce jeudi le lancement par les alliés d'une coalition "artillerie" pour répondre aux besoins criants des Ukrainiens.
De son côté, la Russie serait en mesure, selon Oleksandr Musiyenko, de produire entre "100 et 120" missiles de croisière par mois, et elle tenterait d'augmenter sa production de drones "Lancet", des drones souvent équipés d'une charge explosive et utilisés comme kamikazes. À l'arsenal russe se sont en outre récemment ajoutés des drones "Shahed" iraniens, ainsi que des missiles de croisière fournis par la Corée du Nord. Des livraisons d'armes dénoncées dans un communiqué conjoint des États-Unis et de l'Union Européenne et signé par près d'une cinquantaine de pays : "Le transfert de ces armes accroît les souffrances du peuple ukrainien, soutient la guerre d'agression de la Russie et sape le régime mondial de non-prolifération", peut-on y lire. Les signataires accusent explicitement la Russie d'avoir utilisé des missiles balistiques nord-coréens à deux occasions, y compris lors de l'attaque du 2 janvier.
