"La défense aérienne ukrainienne craint d'être submergée par la multiplication des frappes russes"
Après avoir reconstitué ses stocks de missiles et de drones, la Russie tente d'adapter sa stratégie en submergeant les défenses aériennes ukrainiennes, pour mieux frapper ensuite des cibles militaires et civiles.
- Publié le 19-01-2024 à 06h34

Tandis l'arsenal russe a été récemment passablement renforcé par l'apport de missiles nord-coréens et de drones en provenance d'Iran, la défense aérienne ukrainienne, bien qu'efficace, se trouve à la croisée des chemins. En l'absence de livraisons d'armes supplémentaires par ses alliés, elle pourrait en effet se retrouver submergée par la multiplication des vagues de frappes massives ordonnée par le Kremlin. "Les systèmes de défense aérienne fonctionnent efficacement, et les "Patriot" sont particulièrement remarquables, explique l'analyste militaire ukrainien Oleksandr Musiyenko. Mais nous n'en avons pas assez, il nous en faudrait plus, ainsi qu'un stock important de missiles. "
Des frappes russes plus nombreuses et plus efficaces
Le 7 janvier dernier, l'Ukraine n'est ainsi parvenue à abattre que 18 des 59 missiles tirés par la Russie, bien loin du taux habituel d'interception, d'environ 80 %. Un semi-échec qui alimente les craintes des autorités et de la population ukrainienne que les défenses aériennes du pays ne soient à terme débordées.
De surcroît, les missiles tirés par la Russie ne sont pas seulement plus nombreux, ils sont également plus sophistiqués qu'au début de l'invasion. "Les missiles de croisière Kh-101 sont complètement différents de ceux utilisés en 2022, a ainsi détaillé Vadym Skibitsky, l'adjoint du chef du renseignement militaire ukrainien. Ce missile est désormais équipé d'un système actif de guerre électronique, d'une protection active avec les leurres thermiques, etc. " Des leurres qui trompent et saturent les systèmes antiaériens, permettant à ces frappes de gagner en efficacité.
L'ingéniosité ukrainienne ne suffit plus
Face à la multiplication de ces attaques et la sophistication grandissante des armes russes, les Ukrainiens sont contraints d'innover. Le 17 janvier dernier, l'armée ukrainienne a ainsi fait usage pour la première fois du système de défense hybride – baptisé "FrankenSAM" – pour abattre un drone Shahed. Développé conjointement par le Pentagone et le ministère ukrainien de la Défense, celui-ci combine à la fois des radars et des éléments d'anciens systèmes soviétiques, tels que le Buk, et des missiles de fabrication américaine, tels que les RIM-7 Sea Sparrow ou les missiles air-air AIM-9M. En marge du Forum économique mondial à Davos, le ministre ukrainien des Industries stratégiques, Oleksandr Kamychin, s'est félicité de l'efficacité de ces systèmes, déclarant que cinq d'entre eux auraient déjà été déployés par l'Ukraine.
Mais l'ingéniosité ukrainienne seule pourrait ne pas suffire si la Russie maintient le rythme et l'ampleur de ses frappes contre les infrastructures civiles et militaires du pays. Selon le président ukrainien Volodymy Zelensky, les forces russes auraient tiré près de 300 missiles et plus de 200 drones entre le 29 décembre et le 3 janvier dernier. Depuis, de nouvelles frappes de grande ampleur ont visé le pays à plusieurs reprises : "Plus de systèmes de défense aérienne, plus de missiles de défense aérienne, voilà ce qui sauve directement des vies", avait alors déclaré Zelensky lors de son allocution quotidienne. Un message répété mercredi dernier à l'occasion d'une visite à Vilnius, en Lituanie, durant laquelle le président ukrainien a une nouvelle fois exhorté les alliés occidentaux à fournir davantage de systèmes de défense antiaérienne, "ce qui nous manque le plus". Divers équipements de ce type, pas toujours les plus modernes, ont notamment été promis par la France (Crotale NG), l'Allemagne (Iris-T) ou encore l'Espagne (Hawk). Le temps presse.