"J'ai eu l'occasion de visiter une école où l'usage du GSM a récemment été réautorisé pendant les récréations, c'était horrible"
Alors que d'autres pays européens réglementent l'usage du smartphone, le choix est laissé aux directions en Fédération Wallonie-Bruxelles.

- Publié le 20-02-2024 à 07h00
- Mis à jour le 20-02-2024 à 07h03

La gestion des téléphones dans les écoles relève du règlement d'ordre intérieur de chacune d'entre elles. En Fédération Wallonie-Bruxelles, les règles en vigueur varient donc d'un établissement à l'autre. Paul Leblanc a dirigé l'Institut Saint Boniface-Parnasse, à Ixelles, de 2013 à l'année passée. "D'aussi loin que je m'en souvienne, l'usage des téléphones y a toujours été interdit", rapporte-t-il. C'est le cas également à l'Institut de la Providence (Champion) dont il est directeur aujourd'hui. "Concrètement, les téléphones doivent être éteints dans les sacs pendant toute la journée. Les élèves ne peuvent s'en servir que quand ils sortent de l'école."
Pour le responsable, il y va bien sûr de la concentration en classe, mais pas seulement. "J'ai eu l'occasion de visiter un établissement où l'usage du GSM est interdit pendant les cours mais où il a récemment été réautorisé pendant les récréations : c'était horrible ! Tous les jeunes étaient sur leur écran, chacun de son côté, plus aucune relation entre eux, aucun contact." La raison de ce changement de cap ? "On m'a expliqué que les éducateurs n'en sortaient pas, qu'ils devaient punir sans arrêt…", précise-t-il. À La Providence, si un élève est pris en classe en train d'utiliser son téléphone, l'appareil doit être remis à l'accueil de l'école pour une semaine.
Pendant les récréations et les temps de midi
D'autres établissements adaptent leurs mesures à l'âge des élèves. C'est le cas du collège Cardinal Mercier à Braine-l'Alleud. L'interdiction est valable de 8h25 à 15h35 dans les bâtiments, pour tout le monde. Mais de la 3e à la 6e secondaire, les élèves peuvent utiliser leur GSM "durant les récréations, les intercours et les temps de midi, mentionne le règlement. Il y est toutefois précisé que "la prise de photographies, l'enregistrement de films ou de sons, les appels téléphoniques et l'utilisation d'un haut-parleur externe sont interdits".
Pour éviter que la gestion des téléphones ne détourne les équipes et les enseignants de leur première mission, une école privée a franchi une étape supplémentaire. L'école du Bois Sauvage, située à Ixelles elle aussi, a investi dans des pochettes aimantées. Une par élève, à trente euros/pièce. À son arrivée, chacun est invité à y enfermer son téléphone éteint. Impossible de le récupérer sans passer par l'aimant situé à la sortie de l'école. Pas de tentation de lire un message ou de consulter une notification, pas de surveillance ou d'éventuelles punitions, tout le monde est plus concentré.
Parfois dans le cadre d'un cours
Parmi les écoles qui réglementent l'utilisation des smartphones, toutes ne se privent pas pour autant d'introduire les nouvelles technologies dans les cours. "Il arrive qu'on les utilise dans le cadre d'un cours pour une recherche, par exemple, ajoute Paul Leblanc, même si ce sont plutôt les portables ou les tablettes qui servent généralement à cela." Avec toujours le même objectif : éloigner les élèves de ce qui pourrait les distraire.
Tout le monde n'est pas de cet avis. "Au lieu d'interdire le téléphone portable, pourquoi ne pas l'intégrer ? Le mobile est un des outils préférés des jeunes. En l'acceptant en salle de classe, on pourrait privilégier son utilisation pédagogique encadrée", estime au contraire Rachel Panckhurst, enseignante et chercheuse en linguistique informatique.
C'est certain, la question est appelée à encore évoluer. Et pas seulement en secondaire ! "Bien sûr qu'elle se pose aussi en primaire, indique Isabelle Chrispreels, directrice de l'école fondamentale Saint Léon à La Hulpe. On sait que le téléphone est là pour rassurer les parents, mais il doit rester éteint dans le cartable. L'usage du téléphone est interdit par notre règlement, y compris pendant les récréations, temps de midi, voyages scolaires et autres classes de neige ou de ski."