Le départ des soutiens ultra-orthodoxes de Netanyahou ne change pas la donne : "Personne en Israël ne s'émeut vraiment de cet événement"
Le parti Judaïsme unifié de la Torah et le parti Shas claquent la porte pour protester contre le service militaire obligatoire. Mais cette défection spectaculaire ne remet pas en cause la survie de la coalition de Benjamin Netanyahou.
- Publié le 17-07-2025 à 18h45

Le parti Judaïsme unifié de la Torah (UTJ) a annoncé lundi son départ des postes gouvernementaux et du Parlement israéliens. Mais son allié ultra-orthodoxe, le parti Shas, a fait un autre choix. Mercredi soir, il a annoncé qu'il ne quittera pas la coalition du gouvernement Netanyahou. Il désertera seulement ses postes ministériels. "À cet égard, parler de gouvernement minoritaire après cette démission est à mon sens artificiel, juge Denis Charbit, professeur de sciences politiques israélien. Personne en Israël ne s'émeut vraiment de cet événement. Un parti peut aisément continuer de soutenir la coalition sans avoir de ministère."
Sans danger réel pour le gouvernement de droite en place, ce départ sonne donc davantage comme un effet d'annonce. Les citoyens israéliens y sont habitués.
Mardi déjà, plusieurs responsables haredi du parti Shas avaient fait fuiter à la presse leur intention de quitter le gouvernement israélien. Ces juifs ultra-orthodoxes ne sont traditionnellement pas des ennemis de Benjamin Netanyahou. Leur politique est dictée par le Conseil des sages de la Torah. Il semble pourtant que ses membres se soient lassés de buter contre la pierre d'achoppement que représente pour eux le service militaire obligatoire. L'ex-ministre des Affaires religieuses et député du parti Shas Michael Malkieli le qualifie de "terrible persécution continue du gouvernement contre les étudiants de yeshiva" (lieu d'étude de la Torah et des enseignements rabbiniques, NDLR).
Coalition toujours stable
Si ce nouvel épisode fragilise en apparence un socle politique chancelant, il est difficile de croire à un effet négatif plus profond sur la coalition de Benjamin Netanyahou. Depuis le départ du parti UTJ lundi, elle compte encore 61 législateurs au Parlement sur 120 sièges au total. Une courte majorité, certes. Mais le Premier ministre pourra en profiter pour éviter la tenue d'élections anticipées. Le parti Shas a de son côté annoncé en même temps que son départ du gouvernement refuser de "collaborer avec la gauche", laissant ainsi entendre qu'il ne voterait pas une éventuelle motion de dissolution de la Knesset qui sonnerait le glas du gouvernement. Ajouté aux vacances parlementaires qui débutent le 27 juillet pour trois mois, ce soutien contre l'opposition devrait permettre à l'exécutif de se maintenir au pouvoir.
Si cela se confirme, le plus probable est qu'un calendrier électoral soit fixé en octobre, à la fin des congés des députés. Des élections seraient ensuite organisées trois mois plus tard, courant janvier ou février 2026. "À ce moment-là, Netanyahou pourra dire que son gouvernement aura tenu bon sur toute la durée de son mandat ou presque, explique encore Denis Charbit. Malgré le 7 octobre, malgré la guerre interminable, malgré la composition problématique de la coalition, sans avoir été mis à terre par l'opposition ou la contestation."
Exemption impopulaire
Benjamin Netanyahou gagne, grâce au maintien de sa coalition, du temps pour traiter la question épineuse du cadre de l'exemption militaire dont jouissent les étudiants ultra-orthodoxes. Cette communauté compte environ 30 000 personnes. Le débat est présent de longue date dans la société israélienne. Mais il est rendu plus urgent par la longévité de la guerre du 7 octobre (22 mois), alors que 458 soldats ont trouvé la mort dans l'enclave palestinienne, selon le dernier décompte de l'AFP.
"Bibi" se trouve en la matière pris dans un étau entre l'opinion publique et une minorité religieuse. D'un côté, des parents israéliens envoient depuis 22 mois leur progéniture au combat. De l'autre, une minorité religieuse refuse de troquer du temps d'étude rabbinique contre des mois passés au sein de l'armée. "On ne peut pas imaginer de chose plus laide que dire d'un côté que la guerre continue, et donc qu'Israël a besoin de réservistes, et de l'autre côté en dispenser certains, résume Denis Charbit. Mais si au retour des députés en octobre, la guerre à Gaza s'arrête, alors ce projet de loi choquera beaucoup moins l'opinion publique."
Netanyahou pourrait alors contenter ses alliés ultra-orthodoxes sans craindre de nouvelle fronde.

