Donald Trump concentre sa guerre commerciale contre l'Inde : "Il faut que l'on décide de ne plus acheter le moindre objet étranger"
Les États-Unis ont frappé mercredi les deux tiers des importations indiennes de 50 % de droits de douane. Aucun pays n'est taxé ainsi à part le Brésil. Washington accuse New Delhi de financer la machine de guerre de Poutine en important du pétrole russe.

- Publié le 27-08-2025 à 15h54
- Mis à jour le 27-08-2025 à 16h25

C'est devenu l'obsession de Donald Trump : mettre fin à la guerre en Ukraine. Le plus rapidement possible. Mais huit mois après sa prise de fonction, il n'a toujours pas réussi à organiser une rencontre entre Volodymyr Zelensky et Vladimir Poutine, lui qui promettait durant sa campagne de régler le conflit en un jour.
Son vice-président JD Vance a relayé cette impatience sur la chaîne NBC le 24 août : "Le président a mis une pression économique intense (sur Moscou), par exemple via les droits de douane sur l'Inde pour essayer de gêner les Russes qui s'enrichissent grâce à leur économie pétrolière."
L'Inde a en effet importé 2 millions de barils russes par jour début août, selon le cabinet Kepler. Moscou est devenu son premier fournisseur après l'invasion de l'Ukraine.
Trump veut changer cela. Depuis ce mercredi 27 août, les deux tiers des exportations indiennes vers les États-Unis sont frappées de 50 % de droits de douane. Avec ce coup de matraque, Washington entend forcer New Delhi à ne plus acheter de pétrole russe ou presque.
Posture nationaliste
Problème : le gouvernement nationaliste hindou est déterminé à ne pas se laisser faire. Car l'offensive commerciale de Donald Trump ne vise pas que le pétrole. Elle a pour but de tordre le bras des diplomates indiens dans les négociations sur le traité de libre-échange lancées en février. Washington exige que l'Inde ouvre son marché agricole, aux OGM en particulier. New Delhi a fait quelques concessions mais ne peut aller plus loin sans risquer la colère des agriculteurs. Le secteur primaire emploie 46 % des travailleurs indiens. Contrarier les paysans serait un suicide politique pour le Premier ministre Modi.
Le chef du gouvernement a déployé une rhétorique nationaliste pour signifier à l'opinion publique que le pays n'avait pas besoin des Américains. "La meilleure route à suivre pour l'Inde est celle de l'autosuffisance", a-t-il prétendu le 24 août. Avant d'enfoncer le clou : "Il faut que l'on décide de ne plus acheter le moindre objet étranger."
Narendra Modi a aussi appelé les commerçants à poser un écriteau dans leur boutique indiquant : "Ici, on ne vend que des produits indiens." Sauf que le géant démographique importe 718 milliards de dollars de marchandises par an. L'autosuffisance n'est pas une solution à long terme.
Pivot vers la Chine…
Face à cette réalité, l'Inde se tourne vers Pékin, en attendant que Trump calme son courroux. Les deux puissances nucléaires ont entamé un dégel l'an dernier lorsqu'elles ont commencé à réduire les troupes déployées le long de la ligne de démarcation au Ladakh, dans l'ouest de l'Himalaya. Les deux armées s'y étaient brièvement affrontées en 2020 alors que Pékin et New Delhi n'ont jamais réussi à résoudre ce contentieux frontalier.
Le dégel s'est accéléré ces dernières semaines. Narendra Modi a rencontré le ministre des Affaires étrangères Wang Yi à Delhi le 19 août. Si l'entretien n'a pas offert beaucoup de concret, il a envoyé un signal positif à Pékin avant un probable tête-à-tête avec Xi Jinping en marge du sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai prévu ces 31 août et 1er septembre. Les deux pays vont aussi reprendre les vols directs stoppés depuis cinq ans, accélérer les délivrances de visas et rouvrir plusieurs postes-frontières.
Surtout, l'Inde travaille à faciliter les investissements chinois. Le gouvernement commence à autoriser au compte-goutte les coentreprises sino-indiennes. Le quotidien économique Mint révélait mi-août que le pouvoir fédéral préparait une liste de secteurs non stratégiques où les groupes chinois seraient encouragés à investir.
… et le reste du monde
New Delhi tente également de trouver d'autres débouchés pour remédier à la fermeture de facto du marché américain pour la plupart de ses exportations aux États-Unis. La tâche s'annonce ardue. L'Inde ne fait pas partie des grandes zones de libre-échange comme le RCEP qui regroupe quinze pays d'Asie-Pacifique. Elle négocie des accords dans ce sens avec l'UE et la Nouvelle-Zélande, entre autres. Elle en a officialisé un avec le Royaume-Uni en juillet.
Quant au pétrole russe, le régime indien reste droit dans ses bottes. "Nos entreprises continueront d'acheter du pétrole là où elles auront le meilleur prix", a déclaré son ambassadeur à Moscou le 25 août. Tant que le pétrole russe est vendu au rabais, l'Inde continuera donc d'en acheter.
Selon l'agence Bloomberg, les raffineurs envisageraient de se fournir un peu plus auprès du Golfe, réduisant leurs achats en Russie entre 1,4 et 1,6 million de barils par jour au mois d'octobre. Mais pas davantage pour l'instant.
