Tshisekedi tient enfin son gouvernement
Une équipe de 54 ministres avec beaucoup de nouvelles têtes.

- Publié le 29-05-2024 à 19h19
- Mis à jour le 29-05-2024 à 19h22
On annonçait une cure d'amaigrissement dans les effectifs gouvernementaux, il n'en est rien. L'équipe chargée d'épauler la Première ministre Judith Suminwa, et présentée sur le coup de deux heures du matin, mercredi, à la télévision congolaise, compte encore 54 ministres ou vice-ministres.
Les Kasaïens, ethnie du président Tshisekedi, sont les mieux servis avec, notamment, les maroquins de la Justice, des Mines et de la Défense.
Deux ministres sortants conservent leur poste : Patrick Muyaya, l'homme du "changement de narratif", conserve la communication et les médias, tandis que Jean-Pierre Lihau prolonge son bail à la tête du ministère de la Fonction publique et de la réforme de l'administration publique.
Jeu de chaise musicale
La plupart des cadors de la précédente législature sont renvoyés à leurs études. On pense notamment au tout-puissant ministre des Finances Nicolas Kazadi, rattrapé par un scandale de forages et de lampadaires surfacturés, à son homonyme de l'Intérieur, Peter Kazadi, mais aussi inévitablement à Jean-Pierre Bemba, qui conserve son titre de vice-Premier ministre mais est contraint de délaisser le très fructueux ministère de la Défense pour celui du Transport. "Une gifle pour Bemba", explique un diplomate africain qui rappelle "le poids du doute vis-à-vis de l'ancien prisonnier de la CPI qui n'a jamais tout à fait rangé ses ambitions présidentielles". Pour d'autres observateurs, "il paie aussi les tensions répétées avec les généraux kasaïens".
"En fait, si le gouvernement n'est pas resserré, il s'est racrapoté", lance Franck Diongo, compagnon de lutte d'Étienne Tshisekedi qui se présente comme un "opposant radical" et peut se targuer "d'avoir été emprisonné pour ses opinions par tous les régimes du pays". Pour lui, ce gouvernement est "celui de la continuité et des complices de la mascarade électorale. Ce sont aussi des hommes et des femmes qui ont accepté de tout faire pour obtenir une révision de la constitution qui doit permettre à Félix Tshisekedi de s'asseoir à vie au pouvoir".
Un avis tranché, partagé parmi nos interlocuteurs, même au sein de la majorité présidentielle où un vent de grogne souffle depuis l'est du pays où deux poids lourds sont laissés à quai : Modeste Bahati, ancien président du Sénat, et Antipas Mbusa Nyamwesi, ancien ministre de l'Intégration régionale.
Autre surprise de taille, l'inexpérience des ministres qui se retrouvent en première ligne dans la guerre de l'Est et la personnalité du nouveau ministre de la Justice, Constant Mutamba qui, la semaine dernière encore cherchait à se positionner comme le représentant de l'opposition à l'Assemblée nationale.
