Peine de mort requise contre un Belge en République démocratique du Congo
Jean-Jacques Wondo est accusé d'avoir fomenté un coup d'État le 19 mai dernier.

- Publié le 27-08-2024 à 22h25

La peine de mort a été requise ce mardi 27 août contre le Belge Jean-Jacques Wondo et 49 autres prévenus poursuivis pour une rocambolesque tentative de coup d'État, le 19 mai dernier, en République démocratique du Congo. Seul un des prévenus, atteint de "troubles psychologiques", échappe au réquisitoire du lieutenant-colonel Innocent Radjabu, représentant du ministère public, qui a appelé les juges à "condamner à la peine capitale" tous les prévenus pour "attentat", "terrorisme", "tentative d'assassinat", "association de malfaiteurs" et "meurtre".
"Incompétence du juge militaire"
"La cour peut évidemment ne pas suivre le réquisitoire du ministère public", explique maître Laurent Onyemba, avocat au Barreau de Kinshasa, "mais dans cette affaire tout est tellement surréaliste qu'il faut s'attendre au pire. Jean-Jacques Wondo et les autres prévenus n'ont rien à faire devant un juge militaire. La jurisprudence est limpide, si une infraction est commise par 10 000 militaires et un civil, c'est la juridiction civile qui est compétente. Le juge militaire devait donc se déclarer incompétent dès le premier jour de ce procès."
"Nous avons affaire à un ministère public qui n'est pas objectif,", explique Me Carlos Ngwapitshi, l'avocat de Jean-Jacques Wondo. "On a vu différents experts expliquer que mon client avait effacé des messages compromettants. Quand on les interroge sur le contenu de ces messages, ils ne peuvent rien en dire. Ils nous expliquent aussi que M. Wondo a utilisé un tiers pour échanger des messages qualifiés cette fois de subversifs. Une fois de plus, quand je leur demande le contenu de ces messages, ils nous disent qu'ils n'y ont pas eu accès. C'est surréaliste. En quoi ces messages sont-ils une charge contre M. Wondo ? En quoi ces échanges font de M. Wondo un criminel ?"
L'homme qui dérange
Jean-Jacques Wondo, expert militaire formé à Bruxelles, à l'École royale militaire (ERM), était rentré en République démocratique du Congo au mois de février dernier. Il rejoignait ainsi un de ses anciens camarades de l'ERM, le colonel-médecin Daniel Lusadisu, de nationalité belge lui aussi, placé à la tête des services de renseignement (ANR) le 31 août 2023 par le président Félix Tshisekedi avec mission d'" humaniser" ce service souvent considéré comme le bras armé chargé des basses besognes du pouvoir congolais. Jean-Jacques Wondo était un des experts engagé pour remodeler le service. "Ses conseils, les pistes avancées pour modifier le mode de fonctionnement de l'ANR ne faisait pas que des heureux", explique un officier des renseignements.
Coup d'État ?
Le 19 mai 2024, bien avant le lever du jour, une troupe bigarrée pénètre dans une des artères les plus cossues du centre Kinshasa. Pas très loin de la résidence de l'ambassadrice belge. Les hommes en armes tentent d'abord de pénétrer au domicile de l'ancien ministre de l'Économie et futur président de l'Assemblée nationale, Vital Kamerhe. Deux gardes commis à la sécurité de l'homme politique sont tués. Les "mutins" n'insistent pas et foncent ensuite sur le Palais de la nation, immeuble historique, jadis lieu de résidence du gouverneur général, le plus haut fonctionnaire belge au temps de la colonie. Là, les assaillants ne rencontrent aucune difficulté alors que le bâtiment, symbole du pouvoir, est logiquement sous haute surveillance.
Le meneur, qui se fait appeler Général Malanga et qui porte une tenue militaire rehaussée du drapeau du Zaïre, se fait filmer en train de mettre en scène la descente des couleurs congolaises, avant de hisser le drapeau du Zaïre. Autour de lui une dizaine d'hommes dégingandés sont visibles. Quelques heures plus tard, au début de la matinée, les autorités annoncent que le "coup d'État" est maîtrisé. Le "général Malanga a été abattu. Son bras droit aussi. Des images de son exécution, alors qu'il tente de surnager dans le fleuve Congo apparaissent rapidement sur les réseaux sociaux.
Deux jours plus tard, Jean-Jacques Wondo est entendu. Une vieille image a rapidement circulé qui le montre en compagnie de Malanga. Après une nuit au cachot, il est remis en liberté et se prépare à revenir pour quelques jours en Belgique où il est attendu pour donner cours à l'ERM. Il n'arrivera jamais. Il est arrêté quelques heures avant le décollage de son avion après une convocation au siège de l'OUA, où Félix Tshisekedi a établi sa résidence. Wondo est accusé d'être un des responsables du coup d'État et d'avoir prêté son véhicule de fonction à Malanga et d'avoir cherché à effacer sur son portable les conversations qu'ils auraient entretenues.
Trois mois plus tard, sans avoir démontré la véracité de ces accusations, le ministère public réclame la peine de mort contre lui et les autres prévenus de ce dossier.
