Le gouverneur de New York n'a plus qu'un choix: démissionner ou être démis
Un rapport accablant a sans doute scellé le sort d'Andrew Cuomo, accusé de harcèlement par onze femmes.

- Publié le 04-08-2021 à 18h26
- Mis à jour le 06-08-2021 à 19h46

Andrew Cuomo, le gouverneur démocrate de l'État de New York, comptait briguer l'an prochain un quatrième mandat et, il y a six mois encore, tout l'autorisait à penser qu'il le remporterait facilement : sa gestion de la crise sanitaire paraissait jusque-là sans tache et avait même fait de lui un héros national, au gré de points de presse sur l'épidémie qui éclipsaient ceux de Donald Trump. Las ! Des accusations de harcèlement sexuel ont rattrapé Cuomo et la publication mardi d'un rapport d'enquête accablant paraît signer son arrêt de mort politique. Pire : cet homme de 63 ans, fils de l'ancien gouverneur Mario Cuomo, pourrait bien échanger son palais d'Albany contre une prison new-yorkaise.
Dès mardi soir, Joe Biden - un ami de longue date pourtant - déclarait qu'Andrew Cuomo devait démissionner. Un sentiment partagé par Nancy Pelosi, speaker de la Chambre des représentants, et par de nombreux élus démocrates, mais également par les gouverneurs, démocrates eux aussi, de Pennsylvanie, du New Jersey, du Connecticut et de Rhode Island. L'Assemblée de l'État de New York, à majorité démocrate, a entamé une procédure de destitution qui pourrait déboucher sur un vote dès le mois prochain et un procès devant le Sénat de l'État en octobre. Dans l'intervalle, des poursuites judiciaires au civil et peut-être au pénal vont être lancées.
Une atmosphère de travail toxique
Depuis février, Andrew Cuomo est accusé par des collaboratrices et des employées de son administration à Albany, la capitale de l'État, de propos déplacés et de comportements inappropriés. En tout, onze femmes ont dénoncé des faits qu'elles jugent inacceptables et humiliants, décrivant une atmosphère de travail "toxique" dans laquelle de tels agissements sont tolérés et banalisés. Un climat dans lequel la résignation, sinon la soumission, était la règle sous peine de sanctions.
Le gouverneur avait balayé ces accusations d'un revers de la main, non sans devoir consentir à une enquête sous la houlette de la procureure générale de l'État de New York, Letitia James, une Démocrate qui est la première femme à occuper ce poste. Elle a remis son rapport mardi : 165 pages qui font la synthèse de 179 témoignages et de milliers de documents. Le texte livre une description détaillée des faits reprochés à Andrew Cuomo, y compris de nouvelles plaintes dont celle d'une policière affectée à la sécurité du gouverneur à la demande de ce dernier.
Pas pire que Bush, Obama ou Biden
Réflexions grivoises et questions embarrassantes sur la vie privée, voire intime, de son entourage féminin, plaisanteries douteuses et pour le moins inattendues (notamment la proposition d'organiser un strip-poker lors d'un déplacement professionnel en jet privé), baisers non sollicités sur les joues et quelquefois sur la bouche, mains fréquemment baladeuses et parfois très entreprenantes (sur le bas-ventre, les fesses, le dos, les seins)… Le gouverneur n'apparaît pas exactement sous son profil le plus flatteur.
Dans une réplique préenregistrée, Andrew Cuomo conteste toujours les faits. Criant à la cabale, il assure vouloir seulement mettre les gens à l'aise en les embrassant ou en les serrant dans ses bras. Et, dans un document de 85 pages diffusé parallèlement, il va jusqu'à inclure des photos montrant les présidents Bush, Obama et Biden tout aussi expansifs.
Une gestion de l'épidémie réévaluée
L'argument risque, cependant, de ne pas convaincre grand-monde, alors que la procureure et son équipe d'enquêteurs disent accorder le plus grand crédit au récit des plaignantes. À un peu plus d'un an des législatives de la mi-mandat qui s'annoncent périlleuses, les Démocrates n'ont, par ailleurs, pas envie de traîner un scandale qui fait exulter les Républicains, et à plus forte raison qu'Andrew Cuomo traîne d'autres casseroles.
Jadis loué pour sa gestion de la crise, le gouverneur se voit aujourd'hui reprocher d'avoir caché l'impact réel de l'épidémie dans les maisons de retraite pour dissimuler l'éventuel échec de sa stratégie. On l'accuse aussi d'avoir fait profiter ses proches de passe-droits pour le dépistage du Covid-19. Il aurait enfin utilisé abusivement le personnel et les ressources de l'État pour écrire, l'été dernier, un livre qui lui aurait rapporté cinq millions de dollars.
D'un Cuomo à l'autre
Les déboires d'Andrew Cuomo pourraient faire des victimes collatérales. Ils éclaboussent notamment Chris Cuomo, journaliste vedette de CNN et volontiers donneur de leçons sur cette chaîne qui, en soirée, préfère souvent le pugilat politique à l'information. On ne lui pardonne guère d'avoir prodigué ses bons conseils en matière de communication pour aider son frère à se tirer d'affaire.