Donald Trump n'est plus un incontestable faiseur de rois
Plusieurs des candidats qu'il soutenait pour les législatives du 8 novembre prochain ont perdu les primaires du Parti républicain ou sont en grande difficulté.

- Publié le 25-05-2022 à 13h06
- Mis à jour le 26-05-2022 à 12h44

Une des inconnues, pour estimer les chances de succès des Républicains aux législatives américaines du 8 novembre prochain, concerne l'influence que conserve, ou non, Donald Trump. S'il pouvait passer hier encore pour un faiseur de rois, en apportant un soutien décisif aux candidats qui avaient l'heur de lui plaire, il semble que le pouvoir de l'ancien Président ne soit plus aussi considérable, comme le suggèrent les primaires organisées ces derniers jours. Si l'un de ses poulains, J.D. Vance, a remporté l'investiture pour un siège au Sénat dans l'Ohio, un autre, Mehmet Oz, est en ballottage dans la course sénatoriale en Pennsylvanie. Et les primaires de mardi soir, dans plusieurs États du Sud, ont livré à leur tour des résultats mitigés, avec plusieurs grosses déconvenues pour lui.
C'est principalement le cas en Géorgie, un enjeu électoral crucial depuis que Joe Biden a créé la surprise en enlevant ce bastion jadis solidement républicain, qui a par ailleurs envoyé deux Démocrates au Sénat à Washington – de quoi y priver les Républicains de leur majorité. On s'y battra sur tous les fronts, le 8 novembre, et notamment pour le poste de gouverneur. La Démocrate Stacey Abrams avait manqué de peu, en 2018, d'écrire l'Histoire en devenant la première femme noire à occuper un tel poste. Elle sera de nouveau opposée, cette année, à Brian Kemp, puisque le gouverneur sortant a gagné haut la main la primaire républicaine, face à l'ancien sénateur David Perdue.
Règlement de comptes en Géorgie
Trump n'a jamais pardonné à Kemp d'avoir résisté à ses nombreuses pressions pour qu'il invalide la victoire de Biden en Géorgie. Il avait donc jeté son dévolu sur Perdue, quand bien même des poids lourds du Parti républicain, comme l'ex-gouverneur du New Jersey Chris Christie et le gouverneur de l'Arizona Doug Ducey, faisaient campagne pour Kemp. Il n'est pas jusqu'à l'ancien vice-président Mike Pence qui ne soit venu jeter son poids dans la balance en faveur de ce dernier. Perdue ne paraissait plus avoir aucune chance et Trump l'a finalement abandonné. Le candidat malheureux a prestement concédé sa défaite, se forçant à en rire. "J'espère que vous avez réservé un resto", a-t-il lancé à ses partisans, en espérant qu'ils puissent ainsi meubler cette soirée électorale qui tournait court.
Une autre bête noire de Donald Trump devait également l'emporter mardi en Géorgie : le secrétaire d'État sortant Brad Raffensperger, qui avait lui aussi choisi d'ignorer les intimidations de l'ancien Président, lequel l'avait sommé de "trouver" 11 780 votes, de manière à lui assurer la victoire. Candidat à sa réélection à ce poste (l'équivalent d'un ministre de l'Intérieur), il affrontait le député Jody Hice, un ultra-conservateur soutenu par Trump, hostile aussi bien aux musulmans qu'aux homosexuels, et qui, entre autres propos déroutants, avait attribué la tuerie de l'école de Sandy Hook, 2012, au manque de piété chrétienne des Américains.
Le blasphème de Mo Brooks
Ailleurs, Donald Trump n'a pas eu davantage de motifs de satisfaction. Les deux candidats républicains à la succession du sénateur Richard Shelby, en Alabama, Mo Brooks et Katie Britt, se retrouveront plus que probablement en ballottage. Brooks était l'un des plus ardents défenseurs de l'ancien Président – il harangua même la foule à Washington, le 6 janvier 2021, peu avant le funeste assaut donné au Capitole. Mais il est tombé en disgrâce après avoir invité les électeurs à passer à autre chose, plutôt que de ressasser encore et toujours des regrets à propos de la défaite de 2020. Blasphème aux oreilles de Trump, qui lui a retiré illico son appui, sans l'accorder pour autant à sa rivale.
Finalement, c'est d'Arkansas qu'est venue pour l'ex-Président la meilleure nouvelle de la soirée, avec la victoire annoncée de Sarah Sanders. Celle qui fut la porte-parole de la Maison-Blanche, de juillet 2017 à juillet 2019, brigue le poste de gouverneur, qu'occupa déjà son père, Mike Huckabee, deux fois candidat à l'élection présidentielle. Investie par le Parti républicain, elle n'aura sans doute pas beaucoup de soucis à se faire au soir du 8 novembre, dans un État que Donald Trump a remporté avec 27 % d'écart en 2016 et 28 % en 2020.
